Après les accidents ferroviaires, l'Espagne se veut solidaire mais a peur du train

En Espagne, l'émotion reste vive après l'un des plus graves accidents ferroviaires de l'histoire récente du pays, survenu mercredi 28 octobre, qui a fait au moins 69 morts et une centaine de blessés. Alors que la colère et l'indignation s'accompagnent d'une peur grandissante de prendre le train, un important élan de solidarité se manifeste dans plusieurs villes, où les dons de sang se multiplient pour venir en aide aux blessés.
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Avec notre correspondant à Madrid, François Musseau
À la Fondation Jiménez Diaz, dans l'ouest de Madrid, des dizaines de personnes se présentent au service de don du sang, situé au bout de l'un des longs couloirs de cet hôpital connu pour son excellence. Parmi elles, il y a Carlos, dessinateur industriel, qui donne régulièrement son sang. « Dans un moment de nécessité comme celui-ci, je ne me suis pas posé la question, car c'est quelque chose que je fais habituellement. Alors, cela tombait encore plus sous le sens, c'est tout », explique-t-il. Pour lui, cette démarche allait d'autant plus de soi après le terrible accident ferroviaire du 28 octobre. Carlos est encore marqué par cette catastrophe. Selon lui, toute l'Espagne devrait réclamer qu'un tel accident « n'arrive jamais ».
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Une mobilisation record dans les hôpitaux
Selon l'infirmière responsable du service, 188 personnes sont venues donner leur sang dans la seule journée du mercredi 28 octobre, contre une quarantaine habituellement. Jeudi, les donneurs continuaient de se présenter. José Daniel a lui aussi décidé de se déplacer, après avoir vu de nombreux appels sur les réseaux sociaux. « Pour moi, venir n'a pas été quelque chose d'immédiat, mais il y a eu beaucoup de mouvement sur les réseaux sociaux. Je l'ai vu et je me suis dit : "c'est vrai, il faut donner du sang" », raconte-t-il. Son groupe sanguin, O positif, est plutôt courant. « Mais même s'il est assez commun, j'espère qu'il peut aider des gens », poursuit José Daniel.
À Madrid, Séville, Tolède ou Cordoue, les hôpitaux connaissent le même mouvement de solidarité. L'Espagne est réputée pour le nombre de personnes qui donnent leur sang par altruisme. Ces derniers jours, la mobilisation bat des records, au point que les autorités ont indiqué que les quantités recueillies étaient largement suffisantes.
La peur de reprendre le train
Dans le centre de Madrid, l'inquiétude concernant la sécurité du réseau ferroviaire est très présente après cette nouvelle catastrophe. Elle touche particulièrement les trains à grande vitesse, longtemps considérés comme l'une des grandes fiertés espagnoles. Jaime, agent commercial, fait part de sa défiance : « Prendre le train, et tout spécialement le train à grande vitesse, susciterait en moi une grande incertitude » après les accidents survenus cette année. « Aujourd’hui, le train provoque un sentiment d’insécurité jusqu’à ce que des mesures soient prises, qu’il y ait une inspection de tout le réseau ferroviaire et que les déficiences identifiées soient réparées », insiste-t-il.
Il y a donc eu deux accidents ferroviaires majeurs en moins d'un an sur la ligne Madrid-Séville : celui d'Adamuz en janvier, qui a coûté la vie à 46 personnes, et cette collision non d'Urda qui a fait, selon le dernier bilan, au moins 69 morts. Ces drames provoquent une angoisse indéniable au sein de la population espagnole. Beaucoup ne comprennent pas comment des systèmes de signalisation aussi modernes ne peuvent pas garantir la sécurité des voyageurs.
José Antonio, électricien, refuse désormais de prendre le train. « Ce n'est pas normal. Il doit y avoir des mécanismes de sécurité à l'époque où l'on vit. Il n'est pas acceptable que sur la même voie un train percute un autre train par derrière. Cela n'a pas de sens », dénonce-t-il. Face à cette défiance, le gouvernement de Pedro Sanchez a assuré que l'ensemble du réseau ferroviaire à grande vitesse serait inspecté en détail. Pour l'heure, les réservations de billets d'avion et de bus connaissent une hausse importante dans tout le pays.
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