Trois initiatives inspirantes pour le logement hors marché
On ne pourra pas régler la crise du logement en reproduisant les mêmes modèles que par le passé, a dit cette semaine la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, dans son discours d’ouverture au Sommet de l’habitation. « On doit penser différemment », a-t-elle affirmé. En marge du sommet, Le Devoir a rencontré trois acteurs du milieu de l’habitation qui ont des solutions innovantes à proposer.
Anthony Thériault-Marghem, fondateur de LÜDIQ
Ancien promoteur immobilier dans le secteur privé, Anthony Thériault-Marghem a déchanté en voyant à quel point les jeunes familles devaient s’endetter pour accéder à la propriété. C’est pourquoi il a fondé LÜDIQ, un OBNL qui va offrir des logements destinés aux familles, sous la valeur marchande, de façon pérenne.
« Le but de LÜDIQ, c’est de s’assurer qu’aucun enfant ne subisse la crise du logement », résume M. Thériault-Marghem. Pour atteindre son objectif, il a rassemblé autour de la même table architectes, ingénieurs, entrepreneurs et gestionnaires afin de trouver un moyen de construire à bas coûts des logements qui répondent vraiment aux besoins des familles. Résultat de cette synergie : un coût de construction prévu de 250 000 $ pour un six et demie.
Le premier immeuble de LÜDIQ verra le jour à Trois-Rivières et la construction pourrait commencer au printemps prochain. « Le montage financier est prêt, on a nos permis de construction. On est prêts, mais on est bloqués dans le financement depuis un an et demi. »
Malgré les embûches, Anthony Thériault-Marghem demeure ambitieux. D’ici 2050, il veut créer des logements dans 25 villes de 50 000 habitants et plus pour accueillir 10 000 familles.
Edith Cyr, directrice générale de Bâtir son quartier
Mener à bien un projet immobilier hors marché relève du parcours du combattant. Les procédures sont très complexes, prennent du temps et impliquent une multitude d’intervenants.
C’est pour accompagner les citoyens, les organismes, les municipalités et les promoteurs privés dans leurs démarches que Bâtir son quartier a vu le jour. « On va faire les montages financiers, on va coordonner l’ensemble des professionnels de la construction, de la rénovation et de la transformation sociale », illustre-t-elle.
Depuis sa fondation, il y a une cinquantaine d’années, l’organisation a contribué à la réalisation de plus de 16 000 logements. Aujourd’hui, elle est « en accélération », avec 12 500 logements dans les cartons, explique sa directrice générale, Edith Cyr.
« Le nerf de la guerre, c’est le financement », dit Mme Cyr. Les subventions, les fonds de démarrage, les prêts à taux avantageux et l’allègement réglementaire sont tous des avenues qui mériteraient d’être explorées pour accélérer le développement de projets de logements abordables, selon elle.
Louis-Philippe Myre, directeur général d’Interloge
« Interloge, c’est un OBNL d’habitation spécialisé dans le développement, la gestion et la location de logements sociaux et abordables », souligne son directeur général, Louis-Philippe Myre. « 63 % de nos locataires gagnent moins de 30 000 $ par année. »
« On opère sur la base des coûts », ajoute-t-il. En d’autres mots, les locataires paient un loyer qui correspond aux coûts d’occupation. Grâce à un loyer qui exclut la notion de profit, les locataires d’Interloge économisent en moyenne 6500 $ par année par rapport au coût du loyer pour un logement comparable dans le secteur privé, estime M. Myre.
Cela est rendu possible grâce à un modèle de « détention à long terme, explique-t-il. On contrôle les dépenses et on augmente les loyers moins rapidement que le marché, ce qui fait en sorte que cette abordabilité-là se construit au fil du temps ».
Interloge a accumulé environ 900 logements au fil du temps et poursuit sa croissance. Mais là aussi, un écueil : « La prévisibilité du financement. »
Ce reportage a été financé grâce au soutien de la Caisse d’économie solidaire de Desjardins, et a été rédigé en toute indépendance éditoriale.
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