Les 10 remèdes du Leem pour la vitalité du secteur de la santé en France

Le constat du Leem est clinique. Alors que l'innovation change progressivement le pronostic de pathologies autrefois incurables ou lourdement invalidantes, le délai médian d'accès aux nouveaux médicaments atteint 520 jours en France, soit environ dix fois celui observé en Allemagne. Des patients attendent donc des mois un traitement déjà disponible ailleurs en Europe.
En amont de la chaîne, le pouls de la recherche s'affaiblit aussi. La France, autrefois parmi les pays européens les plus actifs en recherche clinique, est désormais quatrième derrière l'Espagne, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Et 82 % des Français jugent que le recul de la recherche clinique aggravera encore ce déficit d'accès. À cette difficulté s'ajoutent les déserts médicaux, les inégalités territoriales, les tensions budgétaires et les risques de rupture d'approvisionnement.
Le médicament : d’une dépense à un investissement de santé
L'argument central du Leem est que la maîtrise des dépenses ne peut pas être pensée uniquement à court terme. Le médicament n'est pas seulement une ligne budgétaire. Il peut éviter des hospitalisations, réduire certaines complications, préserver l'autonomie et permettre aux patients de reprendre une activité professionnelle.
Cette approche prend une importance particulière face au vieillissement démographique. Le Leem estime que plus de 20 millions de Français auront plus de 65 ans en 2050 et qu'un Français sur quatre sera atteint d'une affection de longue durée d'ici 2035. Ces pathologies représentent déjà près des trois quarts des dépenses de l'Assurance maladie.
Comment dès lors traiter davantage de patients, avec des besoins croissants, sans augmenter indéfiniment les ressources consacrées au système ? Pour le Leem, la réponse passe notamment par l'innovation et la prévention. Cette dernière ne représente que 2,6 % de la dépense courante de santé, alors qu'elle pourrait contribuer à éviter des complications et des soins plus lourds. Dépistage, vaccination et détection précoce des maladies deviennent donc des instruments de soutenabilité autant que de santé publique.
Une thérapie de choc en trois priorités et 10 propositions
Le Leem aspire donc à ce que le prochain quinquennat prenne en considération ces enjeux. « La santé est un enjeu de cohésion nationale, de souveraineté et de compétitivité. C'est un investissement pour la France, au même titre que la défense, l'énergie ou le numérique. Elle ne doit plus être traitée comme un sujet secondaire », soutient Jean‑François Brochard, son président. Son organisme a donc formulé 10 propositions regroupées en 3 priorités avec l'ambition de « zéro perte de chance » pour les patients.
Première priorité : moderniser la politique de santé. Le Leem propose une gouvernance plus unifiée, une planification renforcée de l'État et l'identification d'un responsable politique clairement chargé de la politique du médicament.
Il prescrit aussi une loi de programmation pluriannuelle en santé pour offrir aux pouvoirs publics, aux industriels, aux établissements de soins et aux patients une visibilité à plusieurs années.
Le Leem propose également un dispositif d'« horizon scanning », c'est-à-dire une veille prospective à cinq ans permettant d'anticiper l'arrivée de nouveaux traitements, les besoins de financement et les échéances de brevets. L'évaluation du médicament devrait être refondée autour des bénéfices cliniques ou des hospitalisations évitées, via un tableau de bord national, et non plus réduite à son seul coût.
Souveraineté et financement soutenable
Selon le rapport du WifOR Institute pour l'EFPIA publié en juin 2026, chaque euro investi en France sur les médicaments innovants génère 5,2 euros de retombées socio-économiques pour le pays. « Dans une compétition mondiale aiguë pour attirer les investissements et renforcer les souverainetés, la France doit défendre et valoriser les entreprises qui choisissent l'Hexagone et l'Europe, quelle que soit leur nationalité », défend Jean‑François Brochard.
La proposition du Leem repose sur une logique de donnant-donnant entre l'État et les entreprises. Simplification des procédures, incitations fiscales, soutien aux productions critiques, meilleure prise en compte de la production européenne dans les appels d'offres et environnement réglementaire plus prévisible figurent parmi les pistes avancées. Le Leem souhaite également élargir les mécanismes d'accords entre l'État et les industriels afin que les investissements dans la recherche et les essais cliniques puissent être davantage valorisés, au même titre que certains investissements productifs.
Mais alors que le déficit de la Sécurité sociale a atteint 21,6 milliards d'euros en 2025 et pourrait atteindre 23,2 milliards en 2026, comment financer toutes ces propositions ? L'approche du Leem consiste notamment à chercher des marges ailleurs dans le système. Génériques et biosimilaires doivent ainsi permettre de dégager des économies susceptibles d'être réinvesties dans les innovations. Le « bon usage » constitue un autre levier : adaptation des conditionnements, réduction du gaspillage, meilleure conciliation médicamenteuse, lutte contre les prescriptions inutiles et amélioration de l'observance.
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