«Nitassinan», ou comment partager l’amour profond du territoire
Nitassinan, c’est « notre terre » en innu-aiman. Et c’est peut-être le mot qui revient le plus souvent dans le film de la poète Joséphine Bacon qui porte ce titre. Avec « Nutshimit », aussi, qui signifie « intérieur des terres ». Pour partager et faire comprendre Nitassinan, le film tente d’en capter la magie, la beauté et la rudesse tout autant que son exploitation, en allant dans le même élan à la rencontre d’aînés innus qui partagent leurs gestes, mots, souvenirs et pensées sur ce territoire.
Joséphine Bacon, réalisatrice ? La très aimée poète (Bâton à message, Un thé dans la toundra…) fait ici un grand saut tardif vers un autre art. Elle se trouve par moments des deux côtés de la caméra.
Kim O’Bomsawin coréalise, et Sarah Fortin est à la « réalisation additionnelle ». Mme O’Bomsawin coproduit également. Elle poursuit ainsi son engagement dans la création d’une « souveraineté narrative » autochtone, comme entamée dans ses documentaires Ce silence qui tue (2018), Ninan Auassat. Nous, les enfants (2025) ou Je m’appelle humain (2020). Ce dernier film mettait d’ailleurs Joséphine Bacon en vedette.
Comment filmer, montrer, partager Nitassinan ? C’est l’une des questions que pose le film présenté comme un long métrage documentaire, mais dont la forme est assurément plus hybride.
Les réalisatrices ont misé sur de très nombreux plans de nature, très souvent aériens, avec ce typique travelling des caméras sur drone ou avion. Les saisons et les heures changent d’une image à l’autre, les plans passent, souvent au ralenti. Se décèle peut-être l’intention de susciter la contemplation. Les images seules arrivent toutefois mal à traduire la force sensorielle et les effets calmants d’un réel bain de forêt.
La caméra s’arrête, le temps d’une ou deux conversations, sur quelques aînés. On les voit dans leur quotidien, dans la préparation de la tente ou la confection d’un braisé de castor. Ils témoignent de ce que veut dire pour eux Nitassinan. Aussi des manières dont le territoire a changé, dévalisé de sa nature même, avec la construction de Manic 5 et l’industrie forestière, entre autres. Ils parlent de leurs difficultés, des moments où ils se sont politisés, de leur âme qui appartient au territoire et y revit, de ce lien spirituel.
Se glissent aussi, à l’appui, de formidables extraits d’archives documentaires de Radio-Canada, du fonds Jean-Claude Labrecque, des productions Manitou et de l’Office national du film du Canada. Se déploie dans ces images le mode de vie d’avant et les joies et les rires qu’il semblait engendrer. Outre ces témoignages, on entend régulièrement des poèmes en voix hors de champ signés Joséphine Bacon, Rita Mestokosho, Carole Labarre et Marie-Andrée Gill.
« C’est ça le futur : retrouver Nutshimit. Parce que Nutshimit nous attend », conclut Joséphine Bacon.
Nitassinan se définit comme « un message d’amour à notre Territoire, qui nous a vus naître et qui nous accompagne encore aujourd’hui, jusque dans nos rêves ».
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