Pourquoi la crise politique et sociale pourrait peser sur la capacité d’emprunt de la France

Les scènes de dégradations et de pillages du week-end dernier ont en partie éclipsé les revendications et les manifestations pacifiques du 17 octobre. Alors qu'un « acte II » du mouvement a été annoncé pour samedi prochain, l'impact pourrait largement dépasser celui des commerces saccagés.
Trois mille commerces ont été touchés selon le gouvernement dont certains entièrement pillés et ravagés. La facture pourrait s'élever « à plusieurs centaines de millions d'euros » d'après les professionnels du secteur, même s’il est un peu tôt pour préciser ce chiffre. La facture s'annonce salée pour les Assureurs comme pour l'État mais ce n'est que la partie immergée de l'iceberg. Les images de ces « rues entières » « méthodiquement ravagées », pour reprendre l’expression du maire de Paris, sans qu'intervienne le moindre policier ont fait le tour du monde. Tout comme, à l'inverse, les cas documentés de violences policières à l'encontre des cortèges de lycéens réclamant d'étudier dans des conditions décentes. Le ministère de l'Intérieur a promis de renforcer la protection des centres villes samedi prochain et de davantage encadrer les manifestations. Dans les deux cas le gouvernement semble donc impuissant à proposer une réponse autre que sécuritaire à la situation.
La charge de la dette déjà supérieure au budget de l'Éducation Nationale
Alors que l'Assemblée nationale est en plein débat sur le budget 2027, ses marges de manœuvre sont très limitées. Les finances publiques sont sous pression : l'augmentation des prix de l'énergie du fait de la situation au Moyen-Orient pèse sur les entreprises, ralentit l'activité et donc les recettes de l'État. Dans le même temps, la hausse du prix de l'essence a poussé les ex-gilets jaunes à rejoindre le mouvement des lycéens pour remettre sur la table la question du pouvoir d'achat. Mais comment leur répondre alors que l’exécutif affiche toujours l'ambition de ramener le déficit à 5% en 2027 et qu'il cherche pour cela à faire 43 milliards d'euros d'économie. D’autant qu’il se refuse à toucher aux aides publiques aux entreprises qui, d'après les chiffres tout juste publiés par Bercy, ont représenté 166 milliards d'euros en 2024, presque autant que le déficit public.
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Dimanche la Cour des comptes a pourtant prévenu que si elle ne maîtrisait pas « la trajectoire de la dette » la France courrait le risque « d'un étouffement financier » rappelant que la charge de la dette dépassera 90 milliards d'euros l'an prochain. Davantage, donc, que le budget de l'Éducation nationale. Si on enlève la part de ce budget consacrée à payer les retraites, on peut même dire que la France consacre une fois et demie le budget de l'École à simplement rembourser les intérêts de sa dette. Sans majorité et en pleine année présidentielle parvenir à un compromis semble impossible.
Le début d'un cercle vicieux
Les marchés regardaient déjà la dette française avec inquiétude depuis la dissolution en 2024, les images du week-end dernier, surtout si elles devaient se reproduire dans les semaines à venir, pourraient avoir un effet dévastateur. Vu de l’étranger, l’impression - même très exagérée - d'un pays à feu et à sang et hors de contrôle pourrait peser lourd. Moins sur le tourisme – le mouvement des gilets jaunes en 2018, les émeutes de 2023 après la mort de Nahel Merzouk, jeune homme tué par un policier n’avaient eu qu’un impact relativement marginal – que sur l’image du pays auprès des investisseurs.
Or d'après les chiffres de la Banque centrale européenne plus de la moitié de la dette française est détenue par des investisseurs à l'étranger. L’instabilité réelle ou supposée du pays pourrait les faire hésiter à prêter. Déjà depuis plusieurs mois ils demandent des taux d'intérêts de plus en plus élevés. Le début d'un cercle vicieux : le pays devant emprunter davantage pour rembourser des intérêts dont la hausse provoquera mécaniquement un ralentissement de l'activité et la baisse des recettes de l'État. Le point de départ d’une situation particulièrement grave sur le plan économique... et sur le plan social.
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