Dans sa paranoïa, Vladimir Poutine possède un homme de confiance : voici le « Steve Jobs » russe qui fait peur à toute l’Europe


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Il n’a ni le costume austère ni l’attitude figée des habituels dignitaires du Kremlin. Lorsqu’il prend la parole en public, Maksim Orechkine préfère se déplacer sur scène, vêtu de manière décontractée, plutôt que de rester derrière un pupitre. Une façon de communiquer qui rappelle étrangement Steve Jobs, le célèbre fondateur d’Apple décédé en 2011. Mais derrière cette apparence très occidentale se cache un discours qui l’est beaucoup moins.
À 44 ans, cet économiste russe est devenu l’un des hommes qui comptent dans l’entourage de Vladimir Poutine, de plus en plus retranché, protégé, en témoigne les nombreux agents de sécurité ou de surveillance qui ont rejoint son entourage récemment. Et son ascension est spectaculaire. Selon le classement des 100 personnalités politiques russes les plus influentes, publié chaque mois par l’Agence des communications politiques et économiques, Orechkine est passé de la 62e place en 2021 à la dixième en août 2026. Aucune autre personnalité n’a connu une progression aussi importante.
Son parcours est plutôt atypique. Avant de rejoindre les plus hautes sphères du pouvoir russe, Maksim Orechkine a travaillé pour la Banque centrale de Russie, mais aussi pour le groupe bancaire français Crédit Agricole. Il a ensuite occupé le poste de ministre de l’Économie avant de devenir conseiller économique de Vladimir Poutine. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il avait participé au sommet du G20 en 2018. En 2024, il a franchi une nouvelle étape en devenant l’adjoint d’Anton Vaïno, le chef de l’administration présidentielle du Kremlin. Et selon les rumeurs qui circulent dans les couloirs du pouvoir russe, il pourrait même prochainement remplacer son supérieur.
En Europe, son ascension n’est pas vue d’un bon oeil. Depuis octobre 2022, Maksim Orechkine figure sur la liste des personnalités sanctionnées par l’Union européenne. Parce qu’il est membre du Conseil de coordination chargé de répondre aux besoins des forces armées russes. Le Conseil de l’UE considère qu’à travers cette fonction, il contribue à soutenir ou à mettre en œuvre des politiques menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine. Autrement dit, derrière son image d’économiste moderne et de visionnaire, Orechkine participe également à une structure chargée de soutenir l’effort de guerre russe.

Mais c’est surtout sa manière de communiquer qui intrigue. Maksim Orechkine adopte donc les méthodes popularisées par Steve Jobs : il marche sur scène, soigne son apparence et privilégie un style moderne, très éloigné des traditionnelles présentations officielles russes. Lors de ses interventions, il se présente volontiers comme un visionnaire, capable d’anticiper les bouleversements que provoqueront la croissance démographique, les progrès scientifiques ou encore l’intelligence artificielle.
Ses conférences ne sont pourtant pas de simples exercices de prospective. Elles permettent également de comprendre la direction dans laquelle Vladimir Poutine souhaite entraîner la Russie. Et le message est particulièrement clair : pour Orechkine, l’avenir du monde ne se construira plus autour de l’Occident. Et c’est aussi en cela que l’Union européenne craint qu’il ne prenne de plus en plus de pouvoir en Russie.
L’Occident ne compte plus
Selon lui, ce sont désormais les pays des BRICS, un groupe d’économies émergentes auquel appartiennent notamment la Russie, le Brésil, la Chine, l’Afrique du Sud et l’Inde, qui détermineront l’avenir économique et technologique de la planète, comme il l’avait expliqué au G20 à Johannesburg en 2025 (vidéo). Maksim Orechkine défend également l’idée que la Russie peut aider les autres nations à devenir « véritablement souveraines ».
Derrière cette formule se dessine une ambition politique : permettre à ces pays de s’affranchir de l’influence occidentale, tout en renforçant leurs liens avec Moscou. Un discours qui contraste fortement avec l’image moderne et presque occidentale que cultive cet ancien banquier.

La guerre en Ukraine est un échec pour Vladimir Poutine. Pour qu’elle devienne une réussite, elle aurait dû ne durer que quelques mois. Le conflit est devenu extrêmement coûteux en vies humaines, en argent et en perspectives d’avenir pour la Russie. Le 24 février 2027, l’invasion russe en territoire ukrainien devrait pourtant « célébrer » son cinquième anniversaire. Devrait, car il est possible que tout s’accélère d’ici là.
L’échec n’est pas concevable pour le président russe. Raison pour laquelle il faut aujourd’hui s’adapter. « L’objectif de la Russie est de détourner l’attention », rappelait Raoul Delcorde, ancien ambassadeur de Belgique, sur Sudinfo il y a peu. La réalité d’un conflit qui s’enlise doit pousser Vladimir Poutine à chercher une victoire ailleurs. La combat qu’il mène aujourd’hui n’est plus dirigé vers l’Ukraine, mais vers l’Occident tout entier. Ce qui explique notamment les nombreuses provocations contre les pays membres de l’OTAN, à commencer par les plus proches comme les pays baltes et la Pologne.
Selon une large analyse du journaliste Guy Van Vlierden, du quotidien flamand Het Laatste Nieuws, Vladimir Poutine pourrait être tenté de franchir un nouveau palier dans ses attaques contre l’Alliance atlantique, et ce avant même le cinquième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine. Parce que la guerre est devenue une question de survie politique pour le maître du Kremlin.
Selon The Economist, le président russe aurait confié à des proches : « Ils me pendront », en évoquant l’hypothèse d’une défaite. Impossible de savoir précisément qui il désignait, mais cette confidence illustrerait sa crainte de voir ses ennemis intérieurs se retourner contre lui. L’objectif ne serait pas nécessairement de déclencher une guerre totale contre l’OTAN, mais de démontrer que l’Alliance atlantique est incapable de défendre ses propres membres. Vladimir Poutine aurait alors réussi à discréditer l’organisation militaire occidentale sans devoir nécessairement la vaincre sur un champ de bataille.
Pour y parvenir, il lui faudrait une opération suffisamment spectaculaire pour pouvoir s’en vanter, mais suffisamment limitée pour éviter des pertes humaines et matérielles trop importantes. Et un endroit apparaît particulièrement sensible sur la carte européenne : le corridor de Suwalki, un passage stratégique reliant indirectement la grande Russie, via la Biélorussie, à l’enclave de Kaliningrad.
En forçant militairement l’ouverture d’un passage vers Kaliningrad, la Russie pourrait établir une liaison terrestre avec son enclave. Mais elle s’attaquerait aussi directement au territoire de deux membres de l’Alliance atlantique, la Pologne et la Lituanie, qui s’active en coulisses pour renforcer sa défense.
Dans l’autre sens, ce corridor constitue la seule liaison terrestre entre les États baltes et les autres pays de l’OTAN. Une offensive russe dans cette zone placerait donc l’Alliance face à un choix crucial : intervenir militairement ou risquer de perdre sa crédibilité. Ce scénario reste une hypothèse, mais les récentes déclarations de Moscou concernant Kaliningrad lui donnent une résonance particulière. Le Kremlin multiplie les accusations de provocations occidentales visant cette enclave.
Une méfiance devenue obsessionnelle
Cette éventualité s’inscrit dans l’évolution du comportement de Vladimir Poutine depuis le début de la guerre. Selon les rumeurs, le président russe serait devenu toujours plus méfiant et isolé.
La pandémie de Covid avait déjà renforcé sa volonté de se protéger. On se souvient de l’immense table à laquelle il recevait certains dirigeants étrangers, notamment Emmanuel Macron. Aujourd’hui encore, les visiteurs extérieurs à son entourage devraient, selon certaines informations, observer une quarantaine de deux semaines avant de pouvoir l’approcher.

Les attaques de drones ukrainiens en profondeur sur le territoire russe auraient également réduit ses déplacements dans ses résidences secondaires, notamment celle de Valdaï. Vladimir Poutine serait devenu, au sens propre comme au figuré, un homme retranché dans son bunker. Dans son entourage, les responsables issus des services de sécurité ont d’ailleurs pris une importance croissante.
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