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Friday, November 6, 2026

Le TAS doit assumer sa mauvaise décision, réplique Luc Tardif

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Vilipendé de toutes parts depuis une semaine pour avoir ordonné la réintégration des équipes russes dans les tournois de hockey internationaux, le Tribunal arbitral du sport (TAS) semble fortement ébranlé par la crise politique - pourtant extrêmement prévisible - qu’il a provoquée.

Dans un geste sans précédent, le TAS a publié jeudi un communiqué rejetant le blâme sur la Fédération internationale (IIHF) pour la décision rendue par le tribunal! Cette esquive du TAS a littéralement fait bondir Luc Tardif. Mettant de côté le devoir de réserve qu’il s’était imposé, l’ex-président de l'IIHF invite notamment le tribunal sportif à assumer les conséquences de ses actes.

Dès l’invasion de l’Ukraine au début de l’année 2022, l’IIHF a décrété l’exclusion des Russes en invoquant de sérieuses préoccupations de sécurité pour les comités organisateurs de ses tournois internationaux. Les tensions attribuables à cette guerre ne s’étant pas atténuées - bien au contraire - l’exclusion de la Russie a ensuite été reconduite chaque mois de février suivant.

La Fédération russe de hockey a porté cette décision en appel auprès du TAS.

Le 30 octobre dernier, après avoir entendu les parties quelques jours auparavant, le TAS a ordonné la réintégration immédiate des équipes russes dans toutes les grandes compétitions internationales, à commencer par le Championnat mondial junior qui sera disputé au Canada (à Edmonton et à Red Deer) du 26 décembre au 5 janvier.

Pour justifier sa décision, le TAS affirmait la semaine dernière que l'IIHF n’avait pas réussi à prouver les problématiques de sécurité soulevées par la participation des équipes russes.

Or, aussitôt cette décision rendue, le monde du hockey a volé en éclats.

Les fédérations finlandaise, suédoise, tchèque, danoise, norvégienne, autrichienne et lettone ont fait savoir qu’elles refuseraient de laisser leurs équipes nationales affronter la Russie.

Le premier ministre Mark Carney a pour sa part affirmé que le gouvernement canadien ne laisserait pas les hockeyeurs russes participer au prochain mondial junior. Le président de la Fédération de hockey allemande, Frank Lutz, a déclaré que les enjeux de sécurité ainsi que les problèmes logistiques et politiques engendrés par la décision du TAS sont tellement importants que l’Allemagne songe sérieusement à renoncer à la présentation du Championnat mondial senior prévu pour mai prochain. Les revenus découlant de cet événement, il faut le rappeler, financent la majorité des activités de l'IIHF.

Enfin, la Tchéquie a fait savoir qu’elle n’organisera pas le prochain mondial féminin des moins de 18 ans en janvier prochain si les hockeyeuses russes y sont admises.

Comme si ce n’était pas suffisant, des commanditaires majeurs de l'IIHF comme Skoda Auto, Strauss, Nokian Tyres, le fabricant de mobilier AJ Products et la société de paris tchèque Tipsport ont annoncé leur éventuel boycottage en cas de retour de la Russie.

Et tout cela ne tient même pas compte des frais substantiels que devraient assumer les comités organisateurs ou les pays hôtes pour contenir d’éventuelles manifestations, renforcer la sécurité dans les amphithéâtres ou autour de ceux-ci, ainsi qu’assurer une sécurité constante dans les hôtels et sites d’entraînement fréquentés par des équipes russes.

Comme prédit dans cette chronique vendredi dernier, nous assistons en direct à une mégacollision entre le pouvoir théorique d’un tribunal sportif et la réalité politique découlant du déclenchement d’une guerre qui menace la stabilité mondiale.

Et ce n’est pas beau à voir.

Dans son communiqué diffusé jeudi (le 5 novembre), le TAS est revenu à la charge en affirmant que les conséquences organisationnelles de sa décision n’ont pas été étayées par des preuves suffisantes de la part de l'IIHF.

Le TAS a par ailleurs reproché à l'IIHF de ne pas avoir sollicité la mise en place d’un régime de neutralité pour régler ce litige. Comme si le fait de permettre aux Russes de jouer sous une appellation différente, par exemple les athlètes neutres de Russie, allait faire oublier l’identité réelle de cette équipe!

Un homme affiche un air sérieux.

Luc Tardif vient de quitter la présidence de l'IIHF.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Luc Tardif assistera aux cérémonies du Temple de la renommée du hockey à Toronto au cours des prochains jours. Je l’ai contacté à Paris vendredi matin alors qu’il s’apprêtait à monter à bord d’un avion en direction de Montréal.

C’est sous la présidence de Tardif que la Russie a été exclue des activités de l'IIHF et, à ce titre, c’est lui qui représentait la fédération internationale lors des audiences du TAS à la fin d’octobre. (NDLR : l’Allemand Franz Reindl lui a succédé à la tête de l'IIHF le 2 octobre dernier.)

Le Français, qui est originaire de Trois-Rivières, s’est dit extrêmement surpris du dernier communiqué émis par le TAS. Je n’ai pas vu ça souvent qu’un tribunal commence tout à coup à justifier ses décisions en rejetant la faute sur le défendeur. C’est fort de café quand même!, a-t-il réagi.

L'IIHF n’était pas la seule à défendre sa position lors de ces audiences. Nous nous étions préparés avec le Canada, l’Allemagne et la Tchéquie, les trois fédérations qui doivent présenter les prochaines compétitions internationales.

Et ce qui se passe présentement (les vives réactions provoquées par la réintégration de la Russie), c’est exactement ce que nous avons décrit au TAS durant nos témoignages et dans les mémoires que nous avons déposés. Les seuls qui sont vraiment en mesure d’expliquer les risques et les problèmes qui découlent de la participation des Russes, ce sont les organisateurs qui ont sur leurs épaules la responsabilité d’assurer la sécurité. À cet effet, les Allemands ont été très bons et très clairs. Les Canadiens ont aussi présenté leur position avec véhémence.

On a évoqué les boycottages qui allaient survenir, les problèmes de visas et la sécurité financière de l'IIHF qui pouvait être sérieusement mise en danger. Nous avons aussi plaidé que l’intégrité des compétitions allait être compromise si des équipes déclaraient forfait pour éviter d’affronter les Russes. Mais ils ne nous ont pas écoutés, déplore Luc Tardif.

L’ex-président de l'IIHF rappelle que son conseil et lui ont pleinement assumé leur décision d’exclure la Russie des compétitions internationales au cours des quatre dernières années. Il invite maintenant le TAS à faire de même avec sa décision de les réintégrer.

Si tu nous attaques, c’est certain que je vais monter au créneau. C'est facile de prendre des décisions dans un bureau à Lausanne. Le côté pratique des choses, ils (le TAS) sont à cent lieues de ça. Ils pensent qu’en rendant une décision, ça va automatiquement régler des conflits graves. Mais là, ils sont confrontés à la réalité. Il va donc falloir qu’ils assument leur décision parce qu’on leur a expliqué en détail comment ça allait se passer, martèle-t-il.

Les dirigeants du TAS se sont sans doute fait plaisir en publiant leur communiqué jeudi. Mais ça ne change rien au fait que c’est la décision rendue par leur tribunal qui a mis le monde du hockey à feu et à sang.

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