En Alaska, la mobilisation du vote des Autochtones, enjeu majeur de la campagne

L’Alaska, 49ᵉ État des États-Unis, est historiquement considéré comme un bastion républicain. Cette année, pour les midterms du 3 novembre, le sénateur sortant Dan Sullivan est mis en difficulté par la démocrate Mary Peltola, qui est issue d’une communauté autochtone. Représentant 25 % de l’électorat en Alaska, les voix autochtones seront indispensables à la victoire ce 3 novembre.
De notre correspondante à Anchorage, Éloïse Brethes
Dans cette salle d’exposition de la Convention annuelle de la Fédération des autochtones d’Alaska, on trouve des dizaines de stands tenus par des autochtones venus de tout l’Alaska. Mais entre les fourrures d’ours polaire et les gants en poils de loutre, il y a aussi des stands politiques. La priorité des organisateurs : inciter les Autochtones à voter. Devant une assemblée comble, la directrice de l’association Mobiliser les électeurs autochtones, Michelle Sparck, prend le micro : « Si mes quatre doigts représentaient tous les électeurs d’Alaska, nous serions un doigt entier. Voilà à quel point nous sommes importants. » Les Autochtones représentent un quart de la population, pourtant 11 % seulement ont voté à la présidentielle de 2024.
La pêche est au cœur de la campagne cette année. En Alaska, les saumons ont disparu de certaines rivières, alors qu’ils sont le principal moyen de subsistance des Autochtones. « Ma famille est originaire du fleuve Yukon, et la plupart d’entre nous avons quitté la région car il n’y a plus de poissons à cause de la surpêche, déplore Michael Nordahl, retraité. Du coup, nous ne pouvons plus conserver notre mode de vie. »
Le républicain Dan Sullivan, candidat à sa réélection au Sénat, sait bien que c'est une préoccupation majeure. Il en parle lors de son discours à la Convention. « Lorsque les saumons sont en bonne santé, nos communautés sont en bonne santé, clame-t-il. Renforcer le rôle des Autochtones d’Alaska dans la gestion de la pêche n’est pas seulement une priorité, c’est essentiel à la prospérité de la pêche et à la préservation de votre culture. »
À écouter dans Si loin, si procheVers l’Alaska, en terre amérindienne
Vers une élection historique ?
Le vote autochtone est ciblé aussi par son adversaire, la démocrate Mary Peltola, elle-même issue de la plus importante communauté d’Alaska, les Yup’ik. Lors d’une interview en public, elle insiste sur sa légitimité à représenter les autochtones. « Je me battrai toujours, toujours, pour que les voix de l’Alaska soient entendues, et notamment celles des Autochtones d’Alaska. Encore une fois, chers Autochtones d’Alaska, nous devons veiller à avoir notre place à la table des négociations, souligne-t-elle. Nous ne pouvons pas être exclus. Nous ne pouvons pas être ignorés. »
Elizabeth Church, maquillage traditionnel sur le visage, porte une affiche : « Votez pour Mary Peltola ». Elle est convaincue : « On adore Mary. Mary fait partie de nous. Mary est l’une des nôtres. Mary vient de là d’où on vient. Comment aurais-je pu ne pas la soutenir ? »
Pour Louise Donhauser, emmitouflée dans sa longue parka, les élections de Mary Peltola au Sénat et de Bill Hill à la Chambre des représentants seraient historiques : « Si Bill Hill et Mary Peltola sont élus, je pense que l'Alaska sera le seul État des États-Unis à envoyer deux représentants autochtones à Washington DC. »
En tout cas, les Autochtones se mobilisent. 443 votes ont été enregistrés à Anchorage le premier jour des votes par anticipation, le double de la fréquentation habituelle.
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