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Thursday, October 1, 2026

Que disent les chefs de parti aux micros des balados?

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Tout au long de la période préélectorale et lors de la campagne, les chefs des cinq principaux partis ont multiplié les participations à des balados, à saveur plus ou moins politique. Est-ce qu’ils utilisent ces tribunes dans l’air du temps au format long pour s’exprimer différemment ou raconter des choses qu’ils ne diraient pas dans les médias traditionnels ? Le Devoir a épluché les interventions des cinq chefs faites dans la dernière année pour y voir plus clair.

Contexte électoral oblige, la grande majorité des balados visités traitent majoritairement de politique, que ce soit Primeau reçoit, Assemblée ou bien Le balado de Rad.

Lors de ces entrevues d’une soixantaine de minutes chacune, les cinq chefs ont principalement détaillé les grandes lignes de leur plateforme et de leur vision du Québec, en plus de se présenter, profitant du format pour aller plus loin dans leur pensée.

« La formule [balado] est pas mal plus intéressante que la formule entrevue de cinq minutes où tu te fais couper la parole quatre fois », expliquait notamment le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, au micro de l’influenceur et entrepreneur Olivier Primeau.

Pour Emmanuel Choquette, professeur adjoint en communication politique à l’Université de Sherbrooke, les balados peuvent être utilisés dans l’optique « d’asseoir sa base militante, de construire d’une certaine façon son identité politique et de pouvoir élargir sa présence sur les réseaux sociaux numériques ».

Un peu à la manière des émissions de télévision mélangeant divertissement et information, comme Tout le monde en parle, les balados « deviennent un cadre un peu plus décontracté où les politiciens peuvent se présenter de manière plus humaine et parfois même humoristique », explique Colette Brin, professeure titulaire à l’Université Laval et directrice du Centre d’études sur les médias.

« On peut encore espérer joindre un assez large public à la télévision, mais les balados permettent de joindre des publics plus jeunes et plus nichés, surtout », précise-t-elle.

Humaniser les chefs

Cette possibilité de s’humaniser davantage, les chefs l’ont bien saisi, plus particulièrement lors de leurs passages respectifs à Ouvre ton jeu, animé par Marie-Claude Barrette.

La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, y a ainsi raconté la rencontre avec son conjoint — ces derniers ayant habité le même quartier de Trois-Rivières sans se connaître —, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, y a évoqué son choc post-traumatique après son passage en Irak, et Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec, y a mentionné le rôle qu’a joué sa mère enseignante dans son parcours. Paul St-Pierre Plamondon, pour sa part, a révélé au micro de Mme Barrette vouloir plus de trois enfants, mais ne pas « pouvoir » en raison de sa carrière.

Des cinq chefs, la co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, est celle qui a collectionné le plus d’apparitions à des balados, participant notamment à Sexe oral, Datestable ou encore Party pyjama. Dans ces trois émissions, elle fut d’ailleurs la première politicienne invitée.

« On discute entre filles », a-t-elle lancé lors de son passage à Sexe oral, donnant le ton au balado dans lequel des discussions sur la non-utilisation de la chirurgie esthétique par l’aspirante première ministre se sont mélangées à des récits sur son parcours politique et féministe. À Datestable, Mme Ghazal parle de sa relation avec l’amour, de son « autre petite jeunesse » survenue lorsqu’elle était célibataire au moment de sa « crise de la quarantaine » et de son conjoint — un sujet qu’elle garde habituellement près d’elle.

Des chambres d’écho ?

Les balados où le sujet politique s’impose d’emblée sont aussi un terrain pour des révélations : lors de son épisode de Primeau reçoit, Éric Duhaime a présenté avant l’heure une partie de ses promesses électorales. Dans le balado diffusé en mars dernier, il affirme notamment vouloir supprimer 20 000 postes de fonctionnaires sur cinq ans et régionaliser l’immigration. Des promesses qu’il a ensuite prononcées au cours de la présente campagne.

Ceux qui ont écouté l’entrevue n’auront également pas été surpris d’apprendre l’allégeance politique d’Olivier Primeau, lui qui est engagé par la CAQ, mais qui a récemment indiqué dans une publication sur X être un conservateur qui compte voter pour le parti de Christine Fréchette de manière stratégique. Lors du balado, il exprime sans détour son soutien au PCQ et dit être en « accord avec presque tout ce [qu’Éric Duhaime] dis ».

Un exemple qui illustre une particularité des balados et des autres tribunes alternatives aux médias traditionnels : les chefs sont souvent questionnés moins durement si la personne chargée de l’animation à un parti pris ou n’est pas journaliste, souligne Colette Brin.

« Les politiciens sont aussi des êtres humains, rappelle la professeure. Et ça leur fait du bien dans une campagne de se retrouver dans un environnement plus feutré, plus sympathique, alors que la plupart du temps, ils se font questionner plus sévèrement. »

Les animateurs de balados ont aussi à gagner en accueillant les personnalités politiques comme « ce n’est peut-être pas le contenu qui va être le plus populaire, mais c’est un contenu qui va donner une légitimité et une crédibilité », poursuit-elle.

Si les chefs venaient à délaisser les médias traditionnels en faveur des balados pour communiquer leurs idées, cela pourrait « devenir un problème, parce qu’à partir de ce moment-là, il y a un poids de l’opinion publique, un poids critique, qui se perd et il y a un risque démocratique », estime Emmanuel Choquette.

« Au Québec, c’est complémentaire, souligne Mme Brin. Le défi, il est pour les électeurs qui se contentent de ces nouveaux espaces-là et qui restent dans leur environnement où tout le monde vote comme eux. »

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