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Thursday, October 1, 2026

Où en est l’activité physique au Québec?

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En marge des élections provinciales, la Coalition pour l’avenir du sport et de l’activité physique au Québec (CASAPQ) a demandé aux partis politiques de viser un objectif ambitieux : « s’engager à faire du Québec la nation la plus active du monde ».

Si la formulation vous rappelle quelque chose, ce n’est pas étonnant. Le gouvernement de Pauline Marois en avait aussi fait l'une de ses priorités.

Lors d’une déclaration publique à Granby, en 2014, Mme Marois avait lancé : Nous mettrons à contribution tous les intervenants pour atteindre ce grand objectif : faire du Québec l'une des nations les plus en forme au monde.

Puis, en 2017, le gouvernement libéral de Philippe Couillard a proposé un nouveau plan pour faire bouger les Québécois. Neuf ans plus tard, c’est un constat d’échec, souligne Sébastien Théberge, président de SportsQuébec, qui fait partie de la CASAPQ.

Le Québec dépense 84 milliards de dollars en santé. Les gens sont moins en forme que les générations d’avant. Les gens font moins d’activité physique qu’avant. Les maladies chroniques explosent, énumère Ahmed Jérôme Romain, professeur à l’école de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal.

Que sait-on de la condition physique des Québécois?

Plusieurs études aident à répondre à cette question. Par exemple, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a déjà publié des données précises sur ce thème. Idem pour l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Chez les jeunes de 12 à 17 ans, la proportion atteignant les recommandations en matière d’activité physique [niveau actif] lors de leurs loisirs est de 18 %, révélait une analyse de l’INSPQ en 2022-2023.

À l’opposé, 38 % des jeunes sont considérés comme inactifs, peut-on ensuite lire.

Pourtant, Jean-Pierre Després, directeur scientifique de VITAM, un centre de recherche en santé durable affilié à l’Université Laval, qui a fait des études sur le sujet durant toute sa vie, est plutôt de l’avis que l’on reste dans le flou.

Est-ce qu'on est en forme ou pas au Québec dans différentes catégories d'âge? On pourrait le savoir, mais on ne le sait pas. C'est bien beau de parler de prévention et de vertu, mais, quand on ne mesure même pas le déterminant numéro un de ce qui va vous arriver dans votre vie [en matière de maladie chronique], on a un petit problème.

Un homme bouge ses mains en parlant.

Jean-Pierre Després

Photo : Radio-Canada

Cette analyse coup de poing glisse des lèvres de M. Després au cours d'une entrevue par vidéoconférence. Il détaille sa pensée.

C’est maintenant reconnu par des organisations comme l’American Heart Association, le signe vital numéro un de ce qui va vous arriver dans votre vie en matière de maladie chronique, c’est d’avoir une faible condition cardiorespiratoire [...]. Comment ça se fait que le signe vital numéro un ne soit pas mesuré quand vous allez voir votre médecin de famille?, indique le professeur.

Les maladies chroniques incluent le cancer, le diabète, les migraines, l’alzheimer, le parkinson et autres, selon le site du gouvernement du Canada.

Il déplore que les données de l’INSPQ et de l’ISQ soient récoltées par sondage, et non par des appareils ou des tests. Comment résoudre ce problème?

On vous met sur un vélo stationnaire ou un tapis roulant, cinq minutes avec un effort qui est standard, qui est loin d'être maximal, l'équivalent d'une marche rapide. Si votre fréquence cardiaque augmente de façon exagérée, même à un effort sous-maximal, on sait que vous n’êtes pas en forme, explique-t-il.

Ahmed Jérôme Romain n’est pas plus élogieux de l’état actuel du domaine au Québec. Je suis arrivé au point où je me dis qu’on peut être plus précis, mais le portrait qu’on a en ce moment est déjà suffisamment scandaleux, parce qu’on admet simplement qu’on a une population en mauvaise santé, et qu’on ne fait rien, estime-t-il.

Un homme parle à la caméra.

Ahmed Jérôme Romain

Photo : Radio-Canada

Plusieurs signaux clignotent en rouge, et depuis quelque temps déjà. M. Romain rappelle qu’une étude de l’Université de Sherbrooke, réalisée entre 2012 et 2017, avait comparé des résultats de jeunes du primaire et du secondaire au test navette de Luc Léger, communément appelé le bip test, à des données de 1982.

Le résultat? Une diminution de 30 % de la capacité fonctionnelle, soit d’effectuer une activité d’intensité modérée à intense.

La situation est catastrophique. On s’en doutait, mais là, on en est certains, disait alors Mario Leone, chercheur principal de l’étude.

Comment améliorer la situation?

Kim Marois est la directrice générale de Fillactive, un organisme qui vise à encourager les adolescentes à faire de l’activité physique.

Il y a quelque chose à déconstruire dans le regard qu'on porte à ce que ça veut dire d'être sportif, ça veut dire quoi être actif. Tu n’es pas sportive pour vrai, pas grave, tu n’as pas trouvé ta place. Un sport, c'est un jeu précis avec des règles précises, souvent un arbitrage. Peut-être que ce n’est pas ton affaire. Mais de ne pas être actif, ne pas être active, ça, c'est un grave problème de santé publique, lance Mme Marois.

Une femme regarde son écran.

Kim Marois

Photo : Radio-Canada

La DG de Fillactive a fait du sport toute sa vie. Aider les jeunes filles à trouver leur élan dans l’activité physique est ce qui la motive au quotidien. L’organisme travaille régulièrement avec des écoles, et Mme Marois estime qu’une offre plus récréative devrait y être mise en place.

Ahmed Jérome Romain est d’avis que les enfants devraient bouger une heure par jour à l’école. Le strict minimum, le système éducatif ne le fournit pas, note-t-il.

Il souligne aussi que le concept de sport de masse est inexistant dans la province. Il définit ce concept comme étant l’accès à des associations, des structures d’activité physique, mais pour tout le monde.

Par exemple, de nombreux enfants sont inscrits dans un sport récréatif. Si un du groupe semble être particulièrement doué, il pourrait être sélectionné pour incorporer une équipe de l'élite, mais tous les autres pourront continuer leur programme, sans discrimination basée sur le niveau.

Ici, le système est beaucoup plus basé sur l’élite. Le principe est de s’inscrire, de faire de la compétition et, à partir du moment où tu n’es pas dans l’équipe élite, on ne sait plus trop quoi faire de toi, explique M. Romain.

Sébastien Théberge, président de SportsQuébec, s'interroge sur la surspécialisation des jeunes. Est-ce qu’on veut que nos jeunes ne fassent qu’un sport, parce qu’on embarque dans le milieu compétitif, et il n’y a que ça?

L'une des demandes de la CASAPQ est d’appuyer un chantier indépendant de 18 à 24 mois, issu du milieu, afin d’établir un diagnostic commun et de proposer un nouveau modèle québécois.

M. Théberge montre d’autres aspects où des solutions pourraient être trouvées, notamment en gouvernance. N’aurait-on pas la possibilité d’arrêter la fragmentation des organisations? Est-ce que dans certaines régions, dans certains sports, on ne pourrait pas réunir des organisations à travailler ensemble?

La prévention d'abord

Les experts consultés par Radio-Canada Sports ont mis l’accent sur l’importance d’investir dans la prévention. En fait, Pauline Marois, dans son allocution de 2014, le reconnaissait.

Pour bâtir un Québec plus juste, plus fort et plus accueillant pour tout le monde, il importe donc de faire un virage vers la prévention en santé, affirmait-elle.

Pour M. Romain, deux raisons expliquent le manque d’investissement dans le domaine.

Un, il y a le manque de volonté. Deux, ce n’est pas quelque chose de visible. Malheureusement, la personne qui sera premier ministre, si elle dit "demain matin, j’investis en santé et en prévention", elle ne sera peut-être plus au pouvoir le temps que ça fasse des effets [...]. Ce qui est investi en santé est investi dans le curatif, pas dans le préventif.

En ce moment, les investissements en prévention représentent 1,75 % du budget en santé. Plusieurs partis proposent d’augmenter cette enveloppe.

Je suis évidemment très content que nos candidats disent qu’ils vont faire de la prévention. Après, tout est dans le comment. Est-ce qu'on va mettre de la rigueur? Est-ce qu'on va mettre à l'œuvre la science qu'on a?, se questionne pour sa part M. Després, directeur scientifique de VITAM.

Une étude menée par Aviseo Conseil a porté sur la prévention. Selon les scénarios modélisés, une croissance annuelle soutenue des investissements en prévention pourrait permettre d’éviter entre 340 000 et 950 000 cas de maladies chroniques au Québec d’ici 2035, peut-on y lire.

Les experts se gardent aussi informés des efforts effectués ailleurs dans le monde qui pourraient être une voie de solution au Québec aussi.

M. Després mentionne que l’Angleterre dispose maintenant d’un institut pour l’amélioration de la santé publique. Imaginez si l'on avait ça ici aussi. On viendrait vraiment de monter la barre, parce qu’il faudrait se donner des cibles, des objectifs et des moyens, dit-il.

M. Romain, lui, mentionne une étude réalisée en Australie par Deloitte. Un nouveau rapport démontre que la physiologie de l’exercice a permis d’économiser 940 millions de dollars dans le système de la santé en trois ans, est-il écrit.

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