Test d’Ace Combat 8, qui ne vole pas bien haut
Sept ans après son prédécesseur qui, lui-même, avait attendu douze ans avant de prendre la relève du sixième épisode, Ace Combat 8 pointe enfin le bout de son fuselage et confirme le rythme bien paisible de la mythique série de Bandai Namco. Avec autant de temps entre chaque jeu, on imagine que chaque nouvel épisode bouleverse la formule et apporte des tonnes de nouveauté. Haha ! C’est beau de rêver…
Je suis un vieux journaliste et ma mémoire n’est plus vraiment ce qu’elle était. Comme sept années ont passé, je suis allé lire l’article que j’avais écrit à l’époque d’Ace Combat 7. Je vais m’autoparaphraser, mais en gros, j’y écrivais que j’aurais tout aussi bien pu copier/coller mon test d’Ace Combat 6 et personne n’y aurait rien vu à redire. Eh bien, je pourrais parfaitement faire la même chose pour ce huitième épisode.

6/10
Points forts
- Plutôt joli
- Gameplay toujours agréable
- Un petit effort de mise en scène narrative
Points faibles
- Euh, les nouveautés ?
- Évitez de voler trop près du sol
- Histoire ultra classique
Il n’y a rien qui ressemble plus à un Ace Combat qu’un Ace Combat
On rigole, mais est-ce qu’un jour Project Aces (le studio derrière la série) prendra deux secondes pour faire une petite réunion créative et s’interroger sur des changements à apporter à la série ? On raille constamment ces AAA génériques qui se singent entre eux, sortent parfois à des rythmes déraisonnables et ne se renouvellent pas ou si peu. Et puis, il y a des licences qui passent un peu sous les radars de ces impitoyables avis sans que l’on ne sache trop pourquoi. Dans le cas d’Ace Combat, on peut imaginer que l’intervalle entre chaque sortie crée une impatience naturelle chez les fans, bien facile à combler par l’absence de lassitude. Mais est-ce qu’on peut se satisfaire d’un tel statu quo, surtout dans un domaine où la série de Bandai Namco n’a plus aucun concurrent ?

Alors bien sûr, Ace Combat 8: Wings of Theve est super. Retapé à coups d’Unreal Engine 5, ce huitième volet assure un joli spectacle. Distance d’affichage, réalisme des environnements, effets atmosphériques, action à profusion à l’écran… Le jeu déroule tranquillement ses arguments, mais sans trop se fouler pour autant. On évitera, par exemple, de trop frôler les pâquerettes au sol au risque de voir un peu flou. Le travail sur les lumières est également un peu aléatoire avec un rendu un peu terne et plat, à l’image des missions nocturnes. Dans l’ensemble, Ace Combat 8 s’en sort plus qu’honorablement, mais peut-être pouvait-on attendre une plus belle démonstration technique de la part d’une série qui a toujours mis la barre assez haut de ce point de vue.
Vol d’ennui
Côté gameplay, c’est là qu’on commence à toucher du doigt le problème. Si vous avez déjà joué à un Ace Combat sorti ces vingt dernières années, vous retrouverez vos marques en un quart de seconde. Wings of Theve repose, lui aussi, sur cette maniabilité très arcade avec juste la lichette de réalisme qu’il faut pour que les virées dans les nuages soient grisantes et satisfaisantes. Niveau pilotage, Ace Combat est un peu le Forza Horizon des avions de chasse. On embarque toujours des cargaisons totalement délirantes de missiles pour dégommer des dizaines de cibles durant des missions qui mélangent dogfights et attaques de cibles au sol avec une interface qui clignote comme un sapin de Noël et bipe comme un micro-ondes déréglé. En dehors de quelques menus détails comme la personnalisation des avions, c’est exactement la même recette que l’on nous ressert.
Vient alors le deuxième effet Kiss Cool : la paresse absolu du design des missions. Que Ace Combat 8: Wings of Theve joue encore une fois la carte du « Pourquoi changer une équipe qui gagne ? », ça pourrait s’entendre pour le gameplay dont les sensations sont toujours efficaces. Mais de là à rebalancer tout cela dans le même genre de circonstances, des situations copiées/collées, des faux twists en fin de missions jusqu’aux méga boss ou à certaines escouades ennemies mises en scène comme un méchant d’Olive et Tom. Comme dirait Maxime Claudel : « flemme ».
Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Peut-être que la narration, cet axe si singulier souvent au cœur de l’expérience d’un Ace Combat saura, elle, insuffler un peu d’inédit dans tout cela. À vrai dire, de ce point de vue, ça partait pas mal. Ace Combat 8: Wings of Theve s’essaie à des phases narratives à la première personne et prouve dans ses premières minutes à quel point ce choix peut donner lieu à des séquences absolument spectaculaires. Hélas, le soufflé retombe vite. Tout d’abord, le contexte ultra martial et nationaliste de cette vraie fausse guerre entre pas du tout les États-Unis et pas du tout la Russie (et un allié qui ne viendrait pas du tout d’une espèce d’Afrique du nord) donne une tonalité assez désagréable au scénario. En 2026, n’y avait-il pas un peu de profondeur à donner à ce genre de récits, voire de distance, à l’image de ce que faisait brillamment Ace Combat 4 ?
Au-delà de ça, le scénario en lui-même est tellement tiré par les cheveux qu’on a peur de finir chauve. Un pilote lambda qui se retrouve catapulté en héros de guerre, une propagande sur les réseaux sociaux, une guerre qui bascule du tout au tout grâce à quatre avions… On souffle fort. En outre, le choix de la première personne interroge car notre personnage ne parle jamais et paraît forcément bien creux — sans parler du fait que de s’entendre poser une question et coller un gros vent à tous ceux qui nous parlent semble très étrange. Pour compenser ce silence, on entend dans notre tête les monologues de feu notre prédécesseur qui nous balance des platitudes de va-t-en-guerre avec une voix caverneuse digne d’un film d’action des années 1990 (ou Big Boss dans Metal Gear Solid, le kitsch assumé en moins). Heureusement, il est souvent couvert par les blablas incessants de nos co-équipiers qui jactent tout le temps. Mais à la réflexion, ce n’est pas forcément un soulagement…
Le verdict
On a aimé
- Plutôt joli
- Gameplay toujours agréable
- Un petit effort de mise en scène narrative
On a moins aimé
- Euh, les nouveautés ?
- Évitez de voler trop près du sol
- Histoire ultra classique
Comment peut-on être aussi content et déçu de retrouver Ace Combat après toutes ces années ? Trop parfait héritier d’une série qui a largement fait ses preuves au fil des décennies, Wings of Theve assure et enthousiasme tout autant qu’il étonne par son immobilisme et sa torpeur créative. La relative rareté de la série fait un peu passer la pilule et ce serait mentir que de nier le plaisir que l’on ressent aux commandes de ces chasseurs surpuissants. Mais la sensation de jouer toujours à la même chose depuis tout ce temps pourra vite émousser les joueurs et joueuses qui attendaient bien légitimement quelque chose de plus de ce huitième épisode.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.