Les cinq chefs sous la loupe de nos mordus de politique
D’abord, un constat : les électeurs ne manifestent plus aucune fidélité à l’égard d’un parti. Les membres de notre Club des électeurs sont un peu à l’image des Québécois : ils font du magasinage électoral. Ils ne demandent qu’à se laisser convaincre par les cinq chefs dans la course, mais restent généralement indécis.
La campagne électorale aura rarement été un exercice aussi utile. Nos sept panélistes suivent de très près les engagements des cinq partis. Après trois semaines de campagne, voici donc le Bulletin des chefs, fruit de la cogitation de notre Club des électeurs, vendredi matin.
Christine Fréchette a perdu de son lustre
La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) a commencé la campagne sur les chapeaux de roues. Les électeurs avaient besoin d’être rassurés face aux droits de douane de Donald Trump. La première ministre sortante incarnait la stabilité. Mais le vernis a craqué depuis la fin du mois d’août.
« Christine Fréchette, je n’arrive pas à la saisir. Pour moi, la CAQ a perdu sa vision tout comme sa boussole, et je ne peux pas accoler le mot confiance près de son nom. J’ai essayé fort, mais je n’y arrive pas », résume Marjolaine Cloutier.
Les autres panélistes ont aussi des réticences par rapport à la cheffe de la CAQ. Ils ont été « agacés » par ses attaques contre ses adversaires, qui ont posé des questions légitimes durant les deux débats de la semaine. Son « sourire figé » semblait manquer de sincérité. Et le bilan des huit années au pouvoir de la CAQ reste lourd à porter.
Charles Milliard a prouvé qu’il existait
Pendant deux semaines, notre groupe se demandait si le chef libéral existait vraiment : « Où est Charlie ? » Les membres de notre Club des électeurs disent avoir vu éclore le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) cette semaine.
« Je l’ai enfin trouvé ! » a lancé Mahjoub El Hamakani après le Face-à-face à TVA, cette semaine. Ce grand-père est le plus péquiste du panel du Devoir, mais il ne se reconnaît pas dans le parti de Paul St-Pierre Plamondon.
Il a de bons mots pour Charles Milliard, même s’il n’ira sans doute pas jusqu’à « voter libéral ». « Il m’a agréablement surpris. Il a un style calme et respectueux. On a besoin d’élus comme lui à l’Assemblée nationale », dit-il.
Ruba Ghazal brille de tous ses feux
La co-porte-parole de Québec solidaire surpasse toutes les attentes. Après quatre années pénibles pour Québec solidaire (QS), les électeurs regardaient d’un œil distrait le début de campagne de Ruba Ghazal. Mais son aplomb et la maîtrise de ses dossiers imposent le respect.
« Je ne la trouvais pas très bonne à l’Assemblée nationale, mais je dois reconnaître qu’elle est vraiment efficace pour mettre en valeur la plateforme de QS », remarque Jocelyn Brousseau, travailleur humanitaire de Gatineau.
Diaka Camara admet elle aussi être « impressionnée » par la porte-étendard solidaire. « Je n’ai pas d’allégeance politique. Ça ne me dérangerait pas de voter conservateur, mais ce que je veux, c’est du réalisme. Ruba Ghazal mène une campagne pragmatique », dit la mère de trois enfants et gestionnaire en technologies de l’information.
Paul St-Pierre Plamondon a l’allure d’un chef
Le chef péquiste sort grandi des deux débats télévisés de la semaine. Nos panélistes soulignent son exploit : il est parvenu à maîtriser ses émotions, lui qui a tendance à se montrer soupe au lait. Il s’est aussi montré plus rassembleur qu’en début de campagne. Et tout le monde applaudit son engagement à s’occuper personnellement de l’itinérance.
« C’est exactement le niveau de sérieux qui doit être mis de l’avant face à une situation devenue incontrôlable », affirme Louis-Philippe Durbet. L’étudiant à l’École du Barreau n’est pas le plus grand fan de PSPP, mais il salue la détermination affichée par l’aspirant premier ministre.
« L’itinérance est devenue une problématique nationale à laquelle le gouvernement devra s’attaquer de plein front. Quand on sait que la principale cause d’itinérance est maintenant l’incapacité à se loger, il devient plus clair que personne n’en est réellement à l’abri. »
Éric Duhaime a parlé à sa base électorale
Nos panélistes ont remarqué un changement de ton chez le chef conservateur. L’ancien animateur de radio s’est fait plus mordant, comme pour s’assurer de parler à ses partisans de la région de Québec et de Chaudière-Appalaches, où il espère remporter au moins 12 sièges.
Les membres du Club des électeurs ont sursauté quand Éric Duhaime a affirmé que l’exploitation du gaz de schiste au Québec serait bonne pour l’environnement, parce qu’elle réduirait les émissions liées au charbon en Europe. Ou quand il a évoqué le grand nombre de « demandeurs d’asile frauduleux, de faux réfugiés ».
À sa défense, « il est le seul, il me semble, à avoir véritablement soulevé que l’itinérance est un problème complexe, qui ne se résume pas au coût du logement, mais qui touche aussi la toxicomanie, l’accès aux services sociaux, la santé mentale et plusieurs autres facteurs », rappelle Lylliane Le Quellec, ingénieure à la retraite.
Jocelyn Brousseau
44 ans, père d’une fille, Gatineau
Travailleur humanitaire qui revient au Québec après 17 ans à l’étranger
« Il semble clair que le PQ n’a pas l’intention de tenir un référendum, même dans le cas d’un gouvernement majoritaire. PSPP ne mène en rien une élection préréférendaire. Le plus grand déçu doit être M. Milliard, qui parle dix fois plus de référendum que le Parti québécois, paradoxalement. »
Diaka Camara
42 ans, mère de trois enfants, Montréal
Gestionnaire en technologies de l’information
« J’ai révisé mes attentes à la baisse envers les chefs. Je suis peut-être trop exigeante. Cela dit, trois éléments me semblent incontournables dans leurs propositions : cohésion sociale, crédibilité économique et capacité d’exécution. »
Marjolaine Cloutier
60 ans, mère d’une adulte, Trois-Rivières
Conseillère stratégique dans le milieu communautaire
« Nous avons pour la première fois deux aspirants premiers ministres issus de la communauté LGBTQ + et deux femmes, dont une issue de l’immigration. Il n’y a pas si longtemps, la seule option pour se présenter au poste de chef du gouvernement était d’être un homme blanc, grisonnant et cisgenre. »
Alicia Despins
32 ans, en famille recomposée, Val-d’Or
Doctorante et chargée de cours en administration publique
« Les représentants des ailes jeunesse des partis me redonnent le goût de cette campagne. Ils ont proposé de travailler de manière transpartisane sur des enjeux phares, comme le coût de la vie et l’itinérance. J’ai le goût de les entendre davantage. QS a d’ailleurs délégué Gabriel Laurence-Brook, candidat dans Jacques-Cartier, pour parler du cadre financier du parti et il a été excellent. »
Louis-Philippe Durbet
22 ans, Sherbrooke
Étudiant à l’École du Barreau
« On n’a jamais développé d’expertise en numérique au Québec. Sans un coup de barre, on va continuer de dépendre de compagnies qui demandent des millions ou des milliards de dollars. »
Mahjoub El Hamakani
74 ans, père et grand-père, Montréal
Gestionnaire retraité de la SAQ
« L’intelligence artificielle est le sujet qui me manque le plus dans cette campagne. L’IA va changer le marché du travail et la façon dont l’État propose ses services. La question n’est pas seulement de savoir combien d’emplois pourraient changer ou disparaître. Il faut surtout se demander comment nous allons préparer les travailleurs et les jeunes à ce changement. »
Lylliane Le Quellec
64 ans, Sherrington (Montérégie)
Ingénieure en informatique à la retraite
« Je trouve déplorable qu’on ait besoin de découvrir un bambin dans les campements pour créer un sentiment d’urgence autour de la question de l’itinérance. L’engagement de Paul St-Pierre Plamondon à s’en occuper personnellement est louable. J’aurais aimé voir le même niveau d’engagement chez les autres. »
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