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Wednesday, September 16, 2026

Accoucher sans professionnel faute d’accès à une sage-femme

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Faute d’accès à une sage-femme, certaines femmes se résignent à donner naissance à l’hôpital. Mais d’autres décident tout de même d’accoucher chez elles, sans professionnel à leurs côtés.

Au Québec, les sages-femmes offrent entre autres des soins professionnels pendant la grossesse, lors de l’accouchement et jusqu’à six semaines après la naissance. Des données obtenues par Le Devoir auprès d’établissements de santé témoignent toutefois d’un accès difficile à ces professionnelles de la santé dans plusieurs régions de la province.

En Estrie, près d’une demande sur six a été refusée l’an dernier par manque d’effectifs. Dans les Laurentides, plus de 200 femmes étaient sur la liste d’attente pour obtenir un suivi par une sage-femme en date de la mi-août. Sur la Côte-Nord, aucune de ces professionnelles n’est actuellement en poste.

Dans ce contexte, des femmes décident de se tourner vers un accouchement non assisté, rapporte Julie Pelletier, présidente de l’Ordre des sages-femmes du Québec.

Dans la province, aucune loi n’empêche cette pratique. Et, hormis le manque de services, plusieurs autres raisons peuvent pousser une femme à faire ce choix (voir l’autre texte du dossier).

Il demeure que toutes les Québécoises qui souhaitent donner naissance accompagnées d’une sage-femme devraient pouvoir le faire, souligne Mme Pelletier. « On parle ici d’un service de première ligne très profitable pour la société », dit-elle, en mentionnant la diminution des interventions médicales non nécessaires qui y est associée.

« Les gens ont le droit de choisir avec qui ils veulent donner naissance, que ce soit leur entourage ou des professionnels de la santé. On se désole de situations de non-choix [causées par un manque d’accès aux services] », affirme pour sa part Sarah Landry, coordonnatrice générale du Mouvement pour l’autonomie dans l’enfantement. Cet organisme œuvre pour la défense des droits des femmes enceintes.

Quand accoucher à la maison est « non négociable »

Roxana Fotouhi raconte avoir envisagé de donner naissance sans assistance en 2021, pour son deuxième enfant.

Après une mauvaise expérience d’accouchement à l’hôpital en 2019, sa confiance dans le réseau de la santé était « brisée », relate-t-elle. Mme Fotouhi, qui a aujourd’hui 34 ans, voulait à tout prix donner naissance chez elle.

À l’époque, en pleine pandémie de COVID-19, des incertitudes planaient toutefois sur la possibilité d’être accompagnée par une sage-femme à domicile. Au début de la crise sanitaire, ce service avait été suspendu, avant d’être offert de nouveau.

Finalement, une sage-femme a pu venir chez elle, au moment de la naissance. « C’était non négociable pour moi que ce soit à la maison, même si ça devait être sans sage-femme. Ça aurait fait en sorte que j’aurais eu un accouchement non assisté à ce moment-là », explique-t-elle.

Roxana Fotouhi précise qu’elle se serait néanmoins rendue à l’hôpital en cas d’urgence ou si elle en avait ressenti le besoin.

Comme elle, certaines femmes qui envisagent un accouchement non assisté, ou qui décident d’en avoir un, le font après avoir vécu des expériences difficiles au sein du réseau de la santé. Il peut s’agir notamment de gestes médicaux non nécessaires ou posés sans consentement.

En milieu hospitalier, il est toutefois de plus en plus question de soins respectueux et d’autonomie, estime pour sa part la Dre Liliane Brassard, vice-présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.

« Le respect, l’autonomie et les consentements libres et éclairés sont au cœur de la formation des médecins depuis plusieurs années. Nous sommes certainement dans la bonne direction à ce sujet », affirme-t-elle.

Exercice illégal

Accoucher volontairement sans professionnel de la santé n’est pas illégal. Mais se présenter comme sage-femme sans l’être, laisser croire qu’on peut pratiquer cette profession ou accomplir certains actes qui lui sont réservés l’est.

Récemment, l’Ordre des sages-femmes du Québec a constaté une hausse des plaintes et des signalements pour exercice illégal. Le nombre d’enquêtes qu’il a ouvertes à ce sujet est d’ailleurs passé de 3 en 2019-2020 à 15 en 2025-2026.

Certains dossiers concernent des personnes non qualifiées qui, sans être membres de l’Ordre, utilisent des appellations pouvant laisser croire qu’elles sont sages-femmes. « Sage-femme pionnière », « sage-femme traditionnelle » ou encore « sage-femme reconnue par sa communauté » font partie des titres relevés.

D’autres franchissent la ligne en posant des gestes réservés aux professionnels, comme écouter le rythme cardiaque fœtal ou procéder à l’examen vaginal, explique Julie Pelletier.

Les personnes qui pratiquent de tels actes sans être qualifiées « ne sont pas des doulas », tient à préciser Roxane Arès, vice-présidente de l’Association québécoise des doulas.

Choisie par la famille, une doula offre un accompagnement qui est complémentaire à un suivi médical. « On ne va pas poser d’actes médicaux », précise Mme Arès.

Les doulas proposent leurs services majoritairement dans les hôpitaux, dans les maisons de naissance ou à domicile avec des sages-femmes. Elles peuvent notamment fournir du soutien émotionnel, apporter une présence sécurisante à la femme qui accouche et proposer des méthodes naturelles pour atténuer la douleur.

Elles peuvent également être présentes à un accouchement non assisté. Dans ce contexte, leur rôle restera le même et aucun acte réservé aux professionnels ne sera pratiqué, explique Mme Arès.

Offre de services à renforcer

De leur côté, Santé Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) reconnaissent que l’offre de services de sages-femmes pourrait être renforcée dans certaines régions. Le MSSS évoque le manque d’effectifs et la hausse des coûts de construction, qui freine la création de nouvelles maisons de naissance.

Des mesures sont toutefois mises en place afin de remédier au problème, comme un programme de bourses d’études en pratique sage-femme dans certaines régions, fait valoir le MSSS.

Dans la province, de meilleures conditions de travail sont nécessaires afin d’attirer et de retenir davantage de professionnelles, souligne la présidente du Regroupement Les sages-femmes du Québec, Amaili Jetté.

Au début septembre, Québec a par ailleurs conclu une entente de principe avec le Regroupement Les sages-femmes du Québec. Les détails de l’accord demeurent pour l’instant confidentiels, puisque les membres du Regroupement doivent se prononcer sur son contenu le 23 septembre prochain.

Au-delà du manque d’effectifs, certains facteurs peuvent rendre une personne inadmissible à un suivi par une sage-femme, rappelle pour sa part Santé Québec. C’est le cas, par exemple, pour une femme qui vit une grossesse à risque.

« Nous travaillons en très grande collaboration avec l’Ordre des sages-femmes du Québec à élargir la pratique de ces professionnelles », indique Catherine Brousseau, porte-parole de la société d’État.

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