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Wednesday, October 14, 2026

Carney et le Québec, sourires et canines

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Avez-vous vu l’élégance avec laquelle le premier ministre canadien a accueilli le retour au pouvoir de l’engeance séparatiste québécoise ? Sur les réseaux sociaux, ce n’était que politesse et bienséance. Bienvenue, quel plaisir de vous rencontrer, on va faire de grandes choses ensemble. Ils s’étaient donné le mot. Tous les ministres fédéraux ont plongé dans la même eau bienveillante, les premiers ministres canadiens itou.

On peut penser que cette bonne humeur était directement proportionnelle au nombre de sièges manquants à Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) pour obtenir une majorité. Cet adversaire peut rugir, mais peut-il mordre ?

St-Pierre Plamondon et Carney ont rapidement eu une première conversation, exploratoire, où ils ont pu, à distance (au téléphone), se humer l’un l’autre. Les comptes rendus furent, de part et d’autre, positifs. D’autant que Carney aurait dit à St-Pierre Plamondon de ne pas s’en faire sur sa déclaration au New York Times de reprise de l’expansion de l’immigration. Ce n’est pas imminent. Dont acte.

Sourires. Qui, donc, ouvrira les hostilités ? L’aversion que PSPP éprouve pour la monarchie, et qu’il partage avec l’immense majorité des Québécois, pourrait offrir la première escarmouche. Si on comprend bien, la lieutenante-gouverneure devra trouver tous ses budgets chez son réel employeur, Ottawa, et vaquer à d’autres occupations le jour du discours d’ouverture. Mais pour signer les lois ? Le chef péquiste a annoncé une loi pour « abolir » la monarchie. Le premier juge fédéral venu la déclarera anticonstitutionnelle. Ensuite, quoi ? Mystère.

Face à ce défi, Carney a deux options. D’abord, ne rien faire. Laisser la Constitution et les juges faire leur boulot de défendre le régime canadien. Ensuite, il pourrait se montrer aussi flexible envers le danger indépendantiste québécois qu’il ne l’a été, avec un succès que l’on mesurera la semaine prochaine, avec le danger indépendantiste albertain. Bref, lui donner ce qu’il veut, ou presque.

C’est lui qui a le pouvoir de désigner les lieutenants-gouverneurs. Il n’a qu’à annoncer qu’il nommera à ce poste la personne que lui recommandera l’Assemblée nationale du Québec. Cela pourrait être, d’office, le président de l’Assemblée, lui-même tirant sa légitimité de son élection par les députés. Qui mieux que lui (ou elle) pour signer les lois ? Carney pourrait offrir la formule à toutes les provinces et leur permettre de changer l’intitulé de la fonction. « Président de l’Assemblée » suffirait. Il pourrait en faire une loi du parlement. Et l’intituler la « loi Paul St-Pierre Plamondon de modernisation et démocratisation de la fonction de lieutenant-gouverneur ». Bref, grâce à PSPP, le Canada fonctionnerait. C’est fâcheux, mais c’est comme ça.

Puis il y a l’immigration. Tous les partis représentés à l’Assemblée nationale réclament davantage de pouvoirs. Principalement, ils souhaitent que le Québec fixe le nombre de travailleurs temporaires, comme le prévoyait l’entente Québec-Ottawa conclue par Brian Mulroney et Robert Bourassa. Si quelqu’un informe Carney que c’est le conservateur Stephen Harper qui a rompu l’entente en inventant en 2014 un nouveau programme fédéral de temporaires, le Programme de mobilité internationale, mais que Pierre Poilievre s’est engagé, en campagne électorale l’an dernier, de le transférer au Québec, Carney ne sera-t-il pas tenté de « réparer » l’erreur conservatrice ? Ce serait politiquement habile.

Canines. Il y a donc une façon pour Mark Carney de garder le sourire en désamorçant les mines antifédéralistes semées sur son chemin. Deux indices forts laissent cependant penser que le premier ministre canadien est tenté de se faire les dents sur le gouvernement St-Pierre Plamondon.

Jeudi, il a annoncé que le projet de train à grande vitesse (TGV) Québec-Windsor allait se construire, même si le gouvernement québécois s’y oppose. Pourquoi ? Parce que les sondages y sont favorables, pour l’instant, et parce que les députés québécois siégeant aux Communes y sont favorables. Engageons-nous sur ce terrain. Puisque l’appui du Bloc québécois au TGV est conditionnel et, je le prévois, ira en décroissant, on compte un appui ferme des 44 députés libéraux québécois, soit 56 % du total des députés fédéraux du Québec (les conservateurs sont contre). Comparons avec le Québec : péquistes et conservateurs y sont défavorables, donc 78 députés, et 61 % du total. Où cela nous mène-t-il ? À la vieille querelle de légitimité sur « qui parle pour le Québec » connue depuis que Pierre Trudeau est devenu premier ministre en 1968. Et à une guérilla politique sur rails.

La prise de position de Carney est d’autant plus remarquable que son ministre des Transports, Steven MacKinnon — député de Gatineau — avait déclaré en juin, en réaction à une déclaration de PSPP, qu’évidemment, « il n’y a pas de projet Alto sans Québec ». Il s’agit donc d’un retournement pensé et voulu de la part de Carney. Compte tenu des délais inhérents au projet, peut-être espère-t-il que des vents contraires renverront les péquistes sur les banquettes de l’opposition d’ici 18 mois ou 2 ans — temps de vie moyen d’un gouvernement minoritaire — et que leurs successeurs seront plus enclins à monter dans le train.

Une autre remarque du premier ministre, passée inaperçue, ne m’a pas échappé. Répondant à l’appui à l’indépendance du Québec exprimé par Elon Musk, Mark Carney a déclaré : « L’avenir du Canada va être décidé par les Canadiennes et les Canadiens. » Notez qu’il n’a pas dit que « l’avenir du Québec va être décidé par les Québécoises et les Québécois ». La seule autre indication qu’il ait donnée à ce sujet fut lorsqu’il a déclaré que « ce ne sera pas 50 % + 1 », c’est-à-dire que la règle démocratique universelle ne sera pas suffisante pour sortir du Canada. C’est pourquoi, dans sa tête, l’avenir du Québec sera décidé par le Canada. Sans doute dans l’esprit du magnifique partenariat établi naguère, sous le son d’un orchestre de canons, sur les plaines d’Abraham.

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