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Saturday, November 7, 2026

Les résultats des élections de mi-mandat signent-ils la fin de MAGA?

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Les résultats des élections de mi-mandat, lors desquelles les démocrates ont réussi à reprendre le contrôle des deux chambres du Congrès et à s’emparer de bastions républicains, signent-ils la fin du mouvement MAGA, bannière et programme politique du président Donald Trump ? Le Devoir a exploré cette question avec deux spécialistes de la politique américaine.

Le professeur de science politique de l’Université Concordia Graham Dodds sourit en écoutant la question : « Quand il est question de Donald Trump, je n’aime pas beaucoup faire de prédictions parce qu’il est tellement imprévisible. »

Cela dit, « il y a une possibilité de changement, parce que ce que l’on a vu [mardi soir] n’est pas le niveau habituel des pertes que l’on voit lors des élections de mi-mandat. Habituellement, le parti du président perd presque toujours des sièges au Congrès. Mais [les résultats électoraux] vont bien au-delà de ça : les gains des démocrates ont été beaucoup plus importants que ce à quoi l’on s’attendait, et à des endroits où personne ne s’y attendait. » Des sièges détenus par des élus républicains depuis des décennies ont ainsi viré au bleu, comme au Texas.

Il est toutefois trop tôt pour sonner le glas du mouvement MAGA, dit celui qui est également membre associé de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM. Le chercheur sera le premier à être attentif aux signes vitaux du mouvement au cours des prochains mois.

MAGA, l’acronyme de « Make America Great Again » (« Rendons à l’Amérique sa grandeur »), est plus qu’un slogan politique. Il est un mouvement populiste de droite intrinsèquement associé à Donald Trump et à sa base politique aux États-Unis. Ses partisans prônent notamment une politique étrangère où les besoins des États-Unis priment — America First (« l’Amérique d’abord ») — et sont notamment favorables aux politiques économiques protectionnistes, comme les tarifs douaniers, aux limites à l’immigration, ainsi qu’à un retour aux valeurs familiales traditionnelles.

Cap vers la présidentielle de 2028

Pour l’instant, les républicains ont été plutôt silencieux, probablement en train d’encaisser les résultats électoraux et de panser leurs plaies.

La période de blâme suivra vraisemblablement sous peu, estime M. Dodds : Donald Trump montrera du doigt ceux qu’il estime responsables de l’échec électoral — outre l’absence de son nom sur les bulletins de vote, comme il l’a répété jeudi —, et les républicains choisiront leurs boucs émissaires, apportant ainsi quelques indications sur l’espérance de vie de MAGA.

Selon Paul Gardner, professeur associé au Département d’études politiques de l’Université Queen’s, en Ontario, ce qui sera plus révélateur, pour déterminer si le mouvement MAGA restera vigoureux, sera la manière dont les candidats républicains qui convoitent le rôle de président en 2028 vont se situer par rapport à leur parti.

Le spécialiste de la politique américaine explique que Donald Trump a réussi à se faire élire à deux reprises en bâtissant une coalition de partisans composée de jeunes hommes lui vouant une loyauté féroce et d’autres groupes qui n’étaient pas traditionnellement acquis aux républicains, tels que les Américains blancs des classes ouvrières.

Le terme MAGA est aussi souvent utilisé pour décrire cette coalition, ainsi que les élus républicains alignés avec sa plateforme.

« Le président a toutefois rompu des promesses qui étaient importantes aux yeux de certains membres de cette coalition » : ne pas lancer de nouvelles guerres au Moyen-Orient (alors qu’il s’en est pris à l’Iran) et diminuer le coût de la vie (qui explose, notamment le prix de l’essence). La façon dont il a géré les dossiers Epstein en a aussi indisposé plus d’un, énumère M. Gardner. Il n’est toutefois pas prêt à dire que ces électeurs mécontents vont abandonner MAGA et se tourner vers le Parti démocrate : il ne s’agit peut-être que d’une répudiation du gouvernement Trump et de ses politiques bien à lui. Si c’est le cas, un autre candidat républicain pourrait récupérer leurs votes.

Le professeur Graham Dodds est du même avis : dans deux mois, tout le monde sera concentré à 100 % sur les prochaines élections présidentielles, et les aspirants au poste devront révéler leurs couleurs, dit-il. S’il est possible que l’actuel vice-président, J.D. Vance, propose « un MAGA 2.0 », il croit aussi que l’on verra « certains conservateurs traditionnels, et d’autres plus modérés, dire “Trump a eu son moment, MAGA a eu son moment, il est temps de revenir au Parti républicain de George W. Bush ou de Ronald Reagan.” Des conservateurs classiques, juste à la droite du centre. »

MAGA, mais sans Trump

Le mouvement MAGA peut-il survivre sans Trump ?

La question mérite d’être posée, estime M. Dodds, « parce que le mouvement est vraiment la créature d’une seule personne : Donald Trump. C’est difficile de voir le mouvement se poursuivre avec un autre chef. »

Si l’on a vu des candidats républicains se distancier de Trump dans les semaines précédant les élections, il n’est toutefois pas prêt à dire qu’il s’agit d’un signe qu’ils sont sur le point de quitter le bateau MAGA. Quant au professeur Paul Gardner, il pressent que les élus républicains ambitieux vont vraisemblablement se demander comment se positionner pour conserver la coalition que Trump a créée et qui lui a permis de gagner en 2016 et en 2024, et même pour bâtir sur celle-ci. « Mais ils pourraient se dire que les façons de faire de Donald Trump ne sont peut-être plus ce qui permet de gagner les élections », et donc chercher à gagner la faveur de cette coalition, sans inclure le président.

Par ailleurs, les valeurs du mouvement pourraient survivre sans l’étiquette MAGA — en étant remballées et annoncées sous une autre marque de commerce, avance M. Dodds. Ses partisans aiment la politique étrangère de « l’Amérique d’abord » et sont résistants à l’immigration. « Cela va vraisemblablement continuer d’une certaine façon », dit-il, mais peut-être sans la rhétorique agressive et les descentes de l’ICE (l’agence américaine responsable de l’immigration) qui expulsent des immigrants et déchirent les familles.

Des sondages effectués à la sortie des bureaux de vote (exit polls) montrent que moins d’électeurs s’identifient comme des républicains MAGA. D’autres données sont à venir au cours des prochaines semaines, ainsi que des analyses plus détaillées qui pourraient aussi apporter de précieuses indications, disent les deux experts. Elles pourront aider à savoir si les partisans MAGA ont changé de camp avec leur vote ou plutôt désavoué le président, mais pas le mouvement ni ses politiques fondamentales.

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