Avec un climat à +3°C, à quoi ressemblera une journée typique en Belgique en 2040 ?

Réalisons un petit exercice de climat-fiction. Nous sommes le 1er juin 2040, il est 6 heures du matin, votre radio-réveil sonne, le journal parlé débute: "À la Une ce 1er juin 2040, cette vague de chaleur qui dure depuis deux semaines. Les températures ne redescendent plus sous les 24 degrés la nuit et les organismes sont fatigués. Ce matin, début des examens dans le supérieur dès 7 heures pour permettre aux étudiants de mieux se concentrer."
Ceci n'est qu'un exemple d'adaptation qui pourrait être mis en place dans un monde à +2°C par rapport à la révolution industrielle, par rapport à 1850 donc. Ce +2°C est une moyenne mondiale. En Belgique, nous serions plutôt à +3°C car l'Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement.
"Il faut s'attendre certainement en été des périodes plus sèches et aussi des périodes plus chaudes, des vagues de chaleur comme nous avons connu, plus nombreuses, plus étendues, plus sévères", explique le climatologue de l'IRM Pascal Mailier.
Ce n'est pas que l'été qui changera de visage, l'hiver connaîtra également une évolution importante: "On peut s'attendre à des périodes avec des précipitations plus intenses, des tempêtes plus actives et des hivers plus doux. Les océans sont plus chauds, donc l'air qui vient de l'océan est plus chaud. Ou alors, si l'air vient du continent, l'Europe centrale, l'Europe de l'Est se réchauffe encore plus vite que la Belgique, avec des couvertures de neige moins étendues, ce qui fait que ces réservoirs d'air froid sont en déclin", analyse encore Pascal Mailier.
Les pluies seront également plus intenses car les océans se réchauffent et il y a plus d'évaporation. L'air, lui-même plus chaud, contiendra plus de vapeur d'eau. Une fois que cette vapeur d'eau se reconvertit en eau liquide sous forme de nuages et de précipitations, il y aura plus d'eau qui va tomber, c'est tout à fait logique.
Sur une série de 10 étés consécutifs, vous pourriez en avoir 7 qui sont plus chauds, plus secs interrompus par des étés avec des aléas, de tempêtes, des pluies très importants, un peu comme en 2021 dans la vallée de la Vesdre. Ce sont des réalités qui vont coexister et que nous allons devoir apprendre à gérer.
Ces changements et l'apparition d'aléas plus extrêmes auront un impact important sur l'ensemble de nos modes de vie: nos manières de travailler, de produire de la nourriture, d'habiter nos villes et nos campagnes, de préserver les plus vulnérables.
Pour Aurore Brunson, spécialiste du Centre d'analyse des risques du changement climatique (CERAC), l'attention doit se porter sur la préservation des sols: "Il faut d'abord penser à restaurer nos sols pour qu'ils puissent mieux absorber les chocs et être plus résilients par rapport par exemple à de grosses pluies ou des inondations. Mais on peut aussi penser à diversifier nos systèmes, éviter les monocultures, passer à de l'agroécologie, à de l'agroforesterie. Il y a beaucoup de choses qui pourraient être mises en place pour adapter et être plus résilients surtout face aux extrêmes qui vont arriver."
Ainsi, ce futur climat pourrait être un cauchemar pour certains légumes avec cette dose d'incertitude et d'imprévisibilité que nous réserve l'avenir. La pomme de terre pourrait d'un côté profiter de la chaleur mais d'un autre souffrir du mildiou. Certaines cultures supporteront donc mieux les changements climatiques que d'autres. "Un des gros challenges, ça va être ces extrêmes qui vont sans doute créer des pertes totales de temps en temps. Il y a l'impact sur les sols, sur la croissance de la plante, sur les ravageurs, etc. On sait qu'en Belgique, il y a pas mal de blé, de maïs par exemple", analyse Aurore Brunson.
Les céréales sont particulièrement concernées par le réchauffement climatique. Le maïs est largement cultivé en Europe. Dans certains cas, il bénéficie des gelées plus tardives mais à d'autres périodes de sa croissance, il aura plus de mal à absorber les chocs climatiques. Les sécheresses prolongées et répétées mettent les cultures en difficultés et amenuisent les récoltes. Un changement de culture - avec par exemple l'arrivée du sorgho - pourrait être une piste pour certains agriculteurs.
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