Trump, Ford, Drainville et la bernache

Le président Trump a encore instrumentalisé la bernache pour nous montrer ses véritables intentions avec le Canada. Dans la nuit du 29 août 2026, il a publié sur son réseau social une image générée par une intelligence artificielle, une représentation montrant une unité armée de bernaches affublées de sa coiffure duveteuse et aérodynamique, des oiseaux surveillant les rives du lac Ontario.
Publié à
Pourtant, la bernache n’est pas américaine, car son nom scientifique est Branta canadensis. Cependant, à la décharge du président américain, depuis le Moyen Âge, l’identité de cet oiseau est un véritable fouillis ornithologique.
Aussi, avant de revenir à l’affrontement Ford-Trump et à Bernard Drainville, permettez-moi une perspective historique sur les problèmes d’identité de cet oiseau de la discorde. En effet, bien avant le mythomane président américain, des explorateurs ont voulu en faire un oiseau européen en le surnommant « outarde ». Or, zoologiquement, les vraies outardes n’ont rien à voir avec la bernache qui est un volatile de la même famille que les oies et canards, une espèce inféodée aux milieux aquatiques et dont les pattes sont palmées.
La grande outarde (Otis tarda), quant à elle, est exclusivement terrestre et fréquente des steppes et des plaines. Vous pouvez demander à l’omniscient internet de vous montrer une image de cet oiseau qui ressemble bien plus à un dindon sauvage qu’à une bernache canadienne. Malgré cette grande dissimilitude, des explorateurs ou des colons français ont confondu les bernaches d’ici avec la grande outarde d’Europe. Si bien qu’aujourd’hui, les bernaches sont appelées faussement des outardes et le territoire québécois regorge de références toponymiques qui reprennent cette confusion.
C’est comme ça qu’on s’est retrouvé avec : la rivière aux Outardes, la municipalité de Chute-aux-Outardes, la baie aux Outardes, le lac aux Outardes, l’anse aux Outardes, l’île aux Outardes, la pointe aux Outardes et bien d’autres patronymes qui perpétuent cette erreur historique.
Plus loin dans le temps, au Moyen Âge, les Européens pensaient que la bernache nonnette (Branta leucopsis) ne naissait pas d’un œuf pondu par une femelle. On croyait plutôt que l’oisillon sortait d’une bernacle, un crustacé qu’on trouve souvent accroché aux bois flottants. Pour cause, ces bernacles ont une coquille blanchâtre prolongée par un pédoncule, une apparence qui évoque vaguement la forme d’un oisillon en formation. Puisque les savants européens ignoraient tout de la biologie reproductive de cette bernache qui pondait dans le Grand Nord, leur imagination fertile a mené à cette invraisemblable conclusion.
Depuis, toutes les bernaches, y compris celle du Canada, tirent leur nom du patronyme de ce coquillage : la bernacle.
Je tenais à vous raconter cette histoire parce qu’elle n’est pas bien loin des méthodes de M. Trump. En somme, dans les bestiaires médiévaux, alors qu’on ne comprenait pas la biologie de la bernache, on lui a inventé une origine marine. De la même façon, quand le président américain n’aime pas une frontière, il réinvente la géographie à coup de décrets.
C’est la même génétique d’appropriation qui l’a amené à faire de la bernache un mercenaire américain. Au début de ce qui est devenu son grand projet d’intimidation du Canada, la Maison-Blanche avait déjà publié une image d’un pygargue à tête blanche plaquant une bernache au sol avec ses serres. Le problème, c’est que dans la scène originale d’où provenait l’image de M. Trump, une séquence captée le 22 février 2025 par le photographe animalier à Burlington (Ontario), la très combative bernache avait forcé le pygargue américain à battre en retraite. Cette fois, étant donné que M. Trump adore les gagnants, il a décidé d’américaniser la bernache.
Mais, comme dans la vraie histoire de ce métaphorique affrontement aviaire, très résiliente, l’économie canadienne résiste. En plus, au grand dam du gourou MAGA gobeur de lumière, c’est Mark Carney qui a désormais les projecteurs du monde occidental braqués glorieusement sur lui.
Dans ce contexte, pourquoi rivaliser de vulgarité avec M. Trump comme le fait Doug Ford ? Lorsque Doug descend ainsi dans les égouts, il oublie que Donald Trump, qui est un résidant permanent des caniveaux, a largement l’avantage du terrain ordurier. En plus, en choisissant l’insulte et la vulgarité, Ford et Bernard Drainville, qui a adressé un « fuck you, estie » à Donald Trump lors d’une entrevue, banalisent les comportements que nous cherchons à dénoncer, même s’il faut avouer que c’était jubilatoire de les entendre.
Alors que Donald Trump s’enlise politiquement tout seul dans les immondices, pour ne pas doper son instinct de prédation, la seule chose à faire est de rester discret et de le regarder silencieusement couler. Pas besoin de répondre à ses provocations et insultes.
Cependant, si on veut ultérieurement entrer dans une véritable guerre ordurière avec lui, je vous propose une façon très originale d’utiliser les bernaches à notre avantage. Comme elle se nourrit d’herbes et de végétaux qui sont bien pauvres en énergie, la bernache produit beaucoup de fientes. Si vous fréquentez un parc habité par ces oiseaux, vous savez de quoi je parle. Chaque animal évacue près de 500 g d’excréments par jour.
Alors dans la guerre que nous menons contre le gouvernement Trump, si on veut descendre dans les caniveaux, cette bécosse à deux ailes doit rester notre arme biologique secrète. Pas besoin de chars d’assaut ou de missiles. Tu largues quelques milliers d’oiseaux au-dessus du territoire ennemi qui s’appelle Mar-a-Lago et bientôt tous ses habitants sont dans la m… jusqu’au cou.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.