Les Américains ne veulent plus de data centers près de chez eux

Les habitants de dizaines de villes américaines ont adopté mardi 3 novembre 2026 des restrictions ou des interdictions aux centres de données. Ce mouvement concrétise un ras-le-bol qui a transcendé les clivages politiques, en plein boom de l'intelligence artificielle (IA). "Démocrates, républicains, ça n'avait pas d'importance. Les gens voulaient juste reprendre la main sur leur ville", réagit Alisha Lange.
Cette agricultrice de Piqua, dans l'Ohio, a été l'une des chevilles ouvrières du collectif citoyen Save Piqua. Ce dernier est parvenu, grâce à des pétitions, à ce que soit adopté par référendum, mardi, l'interdiction de centres de données d'une puissance supérieure à 25 mégawatts, écartant de fait tout projet d'ampleur. Le vote met en péril l'installation d'un data center à plus d'un milliard de dollars prévu par Meta, même si le dossier avait déjà été approuvé.
Alisha Lange, qui élève bovins, chèvres et poulets, dit avoir pleuré de joie en découvrant que deux tiers des votants avaient validé la proposition. "Nous ne sommes qu'une petite commune paysanne", dit-elle, "et nous préférons avoir un champ de maïs ou une industrie qui fera vivre plus de monde", soulignant que les centres de données nécessitent peu d'emplois une fois construits.
Selon le cabinet Redbud Consulting, 38 des 39 scrutins locaux entièrement dépouillés qui portaient sur les centres de données ont abouti à un durcissement de la réglementation, en marge des législatives largement remportées par les démocrates. Ces mesures se sont ajoutées aux restrictions déjà imposées par près de 600 collectivités américaines (selon la plateforme Electric Choice), parfois des Etats entiers comme New York ou le Texas, à ces centres de données, qui poussent comme des champignons pour permettre le développement et l'utilisation de l'IA. Outre Meta, Google, Microsoft et Amazon multiplient les projets.
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"Ce n'est pas parce qu'on nous met de l'argent sous le nez qu'on va offrir nos ressources"
"Les villes disent : nous ne sommes pas à vendre", résume Michael Lewis, membre d'un autre mouvement citoyen, Ottawa United, qui a, lui aussi, obtenu l'examen d'une interdiction de tout gros data center, plébiscitée mardi dans cette ville proche de Kansas City. "Ce n'est pas parce qu'on nous met de l'argent sous le nez qu'on va offrir nos ressources et gérer les problèmes environnementaux qui découlent" de l'installation d'un centre de données, explique ce candidat démocrate malheureux à l'Assemblée du Kansas.
A Janesville, dans le Wisconsin, certains, dont la majorité du conseil municipal, voyaient d'un bon oeil la proposition de Viridian, prêt à mettre huit milliards de dollars sur la table. Ce promoteur était intéressé pour réutiliser un ancien site du constructeur automobile GM, dont la fermeture en 2008 avait affecté 1.200 personnes.
"Par le passé, les collectivités limitaient leurs interrogations à l'emploi et aux investissements", situe Cathy Erdman, de l'association Janesville for Responsible Development. "Mais il y a un éventail beaucoup plus large d'indicateurs pour différencier un bon projet d'un mauvais", dit-elle, citant les recettes fiscales, le poids sur les infrastructures, l'occupation des sols ou "l'impact sur la qualité de vie aux environs" d'un site.
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Le projet Meta, la "goutte d'eau" en trop
Beaucoup mentionnent la charge souvent imposée au réseau électrique, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre et les besoins en eau. Sous la pression, le conseil municipal de cette commune du sud de l'Etat a fermé la porte à Viridian en juin, puis adopté un moratoire d'un an, avant qu'une majorité d'électeurs se prononcent mardi pour de nouvelles restrictions.
Pour tout projet d'ampleur sur l'ex-site GM, il faudra désormais passer par un référendum. Si certains à Janesville se sont rendus aux urnes pour exprimer leur opposition pure et simple aux centres de données, décrit Cathy Erdman, d'autres voulaient "plus de transparence". "Il y a consensus sur le fait que ce projet a été très mal géré par les autorités", ajoute la militante de 45 ans.
A Piqua, le dossier Meta a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, selon Alisha Lange, et valu la révocation à deux conseillers municipaux et du maire. A Ottawa, Michael Lewis se souviendra longtemps de cette mobilisation qui l'a vu, lui, vice-président des démocrates du comté, s'allier avec la secrétaire des républicains pour obtenir en justice un référendum. "C'était magnifique", s'émerveille-t-il. "C'était un collectif, au vrai sens du terme."
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