Budget wallon : pour changer de visage d’un point de vue institutionnel, le gouvernement aura besoin d’un coup de main… de l’opposition

Allocations familiales, « job bonus » de 500 € par an, vignette routière, taxe de circulation… La Wallonie a dévoilé ses mesures budgétaires. Avec un élément majeur pour réaliser les économies massives en vue de retrouver l’équilibre budgétaire en 2029 : une diminution de 2 % des indexations et des sauts d’index ciblés sur certains dispositifs clés. Elle sera appliquée de manière quasi uniforme sur les exercices 2027, 2028 et 2029. L’indexation ne reprendra qu’à partir de 2030, sans effet rétroactif.
Mais un volet a retenu l’attention : le projet de réforme institutionnelle de la Wallonie. « Dès ce mois d’octobre 2026, l’ensemble des partis démocratiques composant le Parlement wallon seront invités à entamer les débats afin d’avancer concrètement sur la rationalisation indispensable de nos structures politiques et publiques », lâche ainsi François Desquesnes, en charge des Pouvoirs locaux.
Car parmi les mesures du budget 2027 qui ont été présentées ce lundi matin et qui font parler, deux concernent particulièrement les communes. En effet, la fusion des communes et des CPAS sera désormais obligatoire en 2031 pour les communes de moins de 25.000 habitants. Pour les communes de plus de 25.000 habitants, la date limite est fixée à 2034. On ne parle pas de fusion des communes entre elles, mais bien des communes avec leur CPAS.
On veut transférer les missions au fur et à mesure vers le niveau de pouvoir le plus efficace
Mais surtout, il y aura une réduction d’un échevin dans toutes les communes de Wallonie, de deux dans celles de plus de 100.000 habitants et de trois à Charleroi (qui compte plus de 200.000 habitants). Il y aura par ailleurs deux conseillers communaux en moins dans toutes les communes de Wallonie. Au total, cela représente 510 conseillers communaux et 256 échevins en moins à l’issue des prochaines élections communales, en 2030.
Réforme des provinces
En outre, le gouvernement prépare la suppression de l’institution politique provinciale au 1er janvier 2031, avec un transfert progressif de ses missions dès 2027. L’objectif est de simplifier le paysage institutionnel wallon, de clarifier les responsabilités et d’organiser chaque service au niveau le plus pertinent, à savoir la Région, les Communautés, les intercommunales ou d’autres structures publiques ou privées. Les moyens nécessaires accompagneront les missions transférées, avec l’objectif de garantir l’absence d’impact budgétaire pour les communes.
« On veut transférer les missions au fur et à mesure vers le niveau de pouvoir le plus efficace. Il n’y aura pas de perte de personnel provincial. Par contre, il n’y aura plus de conseillers ni de députés provinciaux. On veut moins d’élus politiques », appuie le ministre-président Adrien Dolimont.
Pour autant, rien n’est acquis puisqu’il faut une majorité des deux tiers au Parlement (également pour la réduction du nombre de conseillers communaux, NdlR), ce dont ne disposent pas le MR et Les Engagés. « Nous tendons la main au PS et à Ecolo », renchérit l’intéressé.
D’autant que, pour cela, la majorité Azur a mis dans la balance un sérieux argument : le refinancement des grandes villes. Rien n’est en effet prévu dans cette mouture budgétaire, alors que le plan Oxygène octroie des centaines de millions d’euros aux neuf grandes villes wallonnes en difficulté. L’idée est donc clairement de contraindre le PS et, dans une moindre mesure, Ecolo à négocier la fin des provinces ET la réduction du nombre d’élus locaux contre un refinancement des grandes villes avec une partie de l’enveloppe provinciale, pour schématiser.
1. Un job bonus
Comme révélé par Sudinfo, un « job bonus » verra le jour en Wallonie dès 2028. Concrètement, les travailleurs wallons recevront une prime annuelle, entièrement défiscalisée, qui pourra aller jusqu’à 500 € par an. Elle sera toutefois dégressive en fonction du salaire et ne s’appliquera pas si le salarié gagne au-delà de 5.000 € bruts mensuels. 205 millions sont prévus pour financer la mesure dès 2028.
2. Les allocations familiales.
On pouvait craindre le pire car c’était l’un des postes qui revenait le plus souvent lorsqu’on évoquait les économies à réaliser qui allaient toucher les familles et les jeunes. In fine, il n’en est rien. L’allocation de base est maintenue et sera indexée. Les suppléments sociaux, de handicap, de monoparentalité ou de familles nombreuses sont eux aussi préservés. De même, les primes de naissance, d’adoption et de rentrée scolaire sont, elles aussi, maintenues. Un élément fort souligné par le ministre de tutelle, Yves Coppieters (Les Engagés).
Notons qu’un élément a été avancé concernant les allocations perçues par les parents de mineurs condamnés pour des infractions. Dans le contexte des émeutes à Liège notamment, mais aussi à Bruxelles, le gouvernement wallon a décidé d’investir afin de digitaliser le flux de réorientation des allocations familiales lorsque c’est décidé par un juge. Cette digitalisation accélérerait ce « réaiguillage » vers qui de droit. Les allocations ne sont donc pas supprimées en tant que telles, mais sont éventuellement réorientées vers la personne ou l’institution qui assume effectivement la prise en charge du jeune.
3. Un vaste plan d’investissements dans les infrastructures
Quelque 3,5 milliards seront investis en sept ans pour les infrastructures routières en Wallonie, les ponts, tunnels et voies hydrauliques.
4. La Boucle du Hainaut
Cet élément essentiel pour assurer la puissance électrique de la Wallonie voit son dossier débloqué ! Au final, le gouvernement propose un nouveau périmètre de 85 kilomètres qui traversera 14 communes. Huit kilomètres seront souterrains, au moins. Rappelons que la boucle du Hainaut doit permettre d’acheminer l’électricité produite depuis les éoliennes en mer du Nord.
5. Les Fagnes
Ravagées par un terrible incendie cet été, les Fagnes seront restaurées. 20 millions d’euros seront débloqués sur quatre ans pour renforcer les zones de prévention des feux de forêt, mais aussi soutenir le tourisme dans le secteur.
6. La garantie autonomie
Concernant la garantie autonomie : l’idée est de permettre à tous les Wallons en perte d’autonomie de vivre chez eux avec des services adaptés. Elle ne sera pas mise en œuvre avant 2030. D’ici là, la région débloque 10 millions en 2027, 20 en 28 et 30 en 2029. Rappelons que la garantie autonomie prévoyait, initialement, de faire payer une centaine d’euros chaque année à tout Wallon de plus de 26 ans. Certains évoquaient une « taxe en plus », on voit donc qu’elle est reportée à 2030, mais pas pour autant abandonnée.
7. Énergie/Logement
750 millions d’euros sont libérés sur 3 ans pour la rénovation des logements, avec un focus sur les passoires énergétiques.
8. Droits de succession et de donation
La réforme, contestée par l’opposition, ne passera pas à la trappe. Mais elle est revue. Ainsi, au 1er janvier 2028, les 75.000 € premiers euros hérités en ligne directe seront totalement exonérés. Ce qui représente 62 % des exonérations en ligne directe. Pour les autres héritiers, le taux maximal passe de 80 % (!) à 50.
9. Les économies
Au final, on aurait tendance à l’oublier, mais le gouvernement devait trouver quelque 2 milliards pour revenir à l’équilibre en 2029. L’essentiel viendra de la non-indexation ou de l’indexation limitée à 2 % de certains services. Mais il y aura aussi des économies – ou la poursuite de certaines déjà entamées – dans les secteurs suivants : APE, rationalisation des aides à la formation, lutte contre les doubles subventions ou encore la suppression de la déductibilité fiscale des titres services. Ce dernier point concerne 300.000 Wallons pour un budget qui pèse quand même 600 millions au global. Notons que la Flandre et Bruxelles y avaient déjà mis fin. Des économies aussi dans les aéroports de Liège et Charleroi (30 millions à l’horizon 2029) ou encore au sein de Wallonie Entreprendre (quelque 150 millions).
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