Le PQ réussira-t-il à faire bouger les jeunes ?

Le Parti québécois (PQ) promet d’instaurer un minimum de 60 minutes d’activité physique par jour à l’école. Pour réussir, le nouveau gouvernement devra faire une petite révolution, estiment les experts. Il faudra impliquer les « profs d’éduc », « sortir des gymnases » et reconnecter avec nos parcs, nos lacs, nos forêts et même… nos escaliers.
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La promesse
La promesse du Parti québécois est venue en début de campagne. « Nos jeunes ne bougent pas assez alors que les études sont claires à l’effet que l’activité physique contribue à la réussite scolaire. Nous instaurerons donc un minimum de 60 minutes d’activité physique obligatoire par jour à l’école primaire et secondaire », a lancé le 2 septembre le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon.
Des données inquiétantes publiées en 2022 ont montré que la capacité cardio-respiratoire des Québécois de 6 à 17 ans avait grandement chuté entre les années 1980 et 2010 ; la baisse était de l’ordre d’environ 15 % chez les adolescents 1.
Tout laisse croire que la situation s’est encore détériorée depuis. Seuls 37 % des enfants et des jeunes accumulent en moyenne au moins 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour, selon les plus récentes données de ParticipACTION.
Les limites de la « récré »
« Il faut bien remarquer que la promesse, c’est 60 minutes d’activité physique par jour, pas d’éducation physique », souligne tout d’abord Pierre Lavoie, cofondateur du Grand défi, qui salue tout de même la volonté affichée par le prochain gouvernement.
PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE
Pierre Lavoie, cofondateur du Grand défi
La nuance est importante. À l’heure actuelle au primaire, les élèves ont environ deux heures par semaine de cours d’éducation physique. Mais lorsqu’on parle d’activité physique à l’école, les gouvernements calculent habituellement aussi les périodes de récréation.
Mais l’organisme qui représente les professeurs d’éducation physique remarque que les périodes de « récré » ne signifient pas automatiquement une activité physique soutenue pour tous les jeunes.
« Dans la cour, peut-être que les plus sédentaires bougeront moins. Or, il faut qu’on aille chercher les plus sédentaires avec ce type de mesures », note Éric Paquet, coprésident politique de la Fédération d’éducation physique du Québec (FEPQ).
Pour la FEPQ, la proposition du PQ est intéressante. Mais la Fédération aimerait, bien sûr, davantage de « cours d’éduc ». Elle demande à tout le moins que les enseignants du programme d’éducation physique et à la santé (EPS) soient consultés et mis à contribution. « On ne veut pas juste les faire bouger une heure. On veut qu’ils bougent pour les 80 prochaines années », résume M. Paquet.
La promesse du PQ n’est pas entièrement nouvelle. Québec avait déjà envoyé une directive aux écoles primaires, dès 2017, pour qu’elles offrent 60 minutes d’activité physique par jour. L’expérience, intitulée « À l’école, on bouge ! », avait montré ses limites.
« Ce n’est pas parce que tu offres 60 minutes par jour que le jeune est actif 60 minutes », remarque le doyen de la faculté des sciences de l’activité physique de l’Université de Sherbrooke, Sylvain Turcotte.
Cet expert rappelle qu’une équipe de chercheurs avait été mandatée par Québec pour faire le suivi de la mesure en question dans une poignée d’écoles. Ces chercheurs avaient notamment utilisé des accéléromètres pour mesurer précisément les mouvements des élèves.
Leur constat ? Depuis la mesure, les jeunes bougeaient davantage, mais pas suffisamment. « Ce qu’on voyait, c’est une pratique moyenne entre 38 et 45 minutes d’activité physique », dit-il.
« Si les enseignants d’éducation physique n’étaient pas engagés dans ces mesures-là, ça devenait difficile », indique Sylvain Turcotte. Les enseignants d’EPS « sont les seuls formés en milieu scolaire pour le développement de la pratique d’activités physiques », dit-il.
« Il va falloir sortir des gymnases »
Les experts notent aussi qu’il faudra revoir la manière de faire bouger les jeunes à l’école. « Les gymnases débordent », résume Éric Paquet, de la FEPQ.
Pierre Lavoie pense qu’il faut un virage important vers le plein air à l’école.
« Moi, j’habite à L’Anse-Saint-Jean, on n’aura jamais de piscine, ça coûte 34 millions, jamais d’aréna, ça coûte 16 millions. On est 1000 habitants, dit-il. Mais on a quoi ? On a une rivière à saumon, on a un fjord, 40 lacs, pis des montagnes. On en a assez pour faire bouger le monde. Alors, on fait quoi ? On outille nos profs d’éduc pour être bons dehors plutôt que dedans. »
Les enseignants d’EPS sont déjà formés pour sortir du gymnase, note Sylvain Turcotte. Ils savent comment utiliser des « environnements de proximité », dans le jargon.
« Au Québec, on est en train de faire un gros virage plein air à l’école, on redécouvre nos parcs, nos forêts, nos lacs… Il va falloir sortir des gymnases », croit-il. L’expert cite une école de Sherbrooke où « on utilise les escaliers, les corridors, les rues avoisinantes, le parc à proximité de l’école… ».
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Un enseignant d’éducation physique utilise une patinoire municipale de la Ville de Québec pour faire patiner ses élèves d’une école primaire de la capitale.
« Avant, c’était des endroits qu’on n’utilisait pas du tout », dit-il.
Un consensus à saisir
Pierre Lavoie croit que le moment est parfait pour mettre en place ce genre de réforme. Il pense que tous les partis politiques à Québec sont sensibles aux ravages des écrans et de la sédentarité.
« Mes antennes me disent que le nouveau gouvernement veut aller très loin. Ce serait une priorité du premier ministre, qui a de jeunes enfants. On a une problématique avec les écrans et la santé mentale chez les jeunes, rappelle M. Lavoie. Et la bonne nouvelle, c’est que les autres partis politiques sont d’accord. On va voir ce qu’il va proposer. »
Le PQ a promis des états généraux sur l’avenir de l’éducation dans les 100 premiers jours du mandat. C’est alors qu’on devrait en savoir plus sur la façon dont il entend faire bouger davantage les élèves du Québec.
Pierre Lavoie demande à M. St-Pierre Plamondon d’oser et de créer un ministère de la Prévention. Il veut aussi qu’on réfléchisse à faire bouger davantage les enfants dès le CPE… et ensuite toute leur vie adulte.
Sylvain Turcotte pense aussi que le moment est bien choisi. L’interdiction du cellulaire en classe a créé un environnement propice pour faire bouger les jeunes.
La clé, selon lui, ce sera d’asseoir tous les acteurs à la même table, des profs d’EPS aux municipalités, dont les infrastructures seront cruciales pour faire bouger les enfants.
« Si on veut vraiment faire une différence, s’il y a une vraie volonté politique, il faudra laisser tomber les silos pour que tout le monde travaille ensemble, note M. Turcotte. Si on fait ça, on aura avancé. »
1. Lisez l’article « Les enfants québécois à bout de souffle »
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