Démystifier la science | L’origine des odeurs désagréables

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La question
Est-ce qu’il peut y avoir un certain conditionnement à aimer ou non une odeur ? Si, depuis notre enfance, nous avions appris que l’odeur des selles d’un bébé est agréable, est-ce possible que nous trouvions cette odeur agréable ?
Denise Leclaire
L’aspect désirable ou non d’une odeur est acquis et non inné. Il dépend de l’éducation et de la culture. Mais il est possible de modifier la perception d’une odeur.
« L’aversion pour les excréments humains est universelle », dit Rachel Herz, psychologue d’origine montréalaise qui a publié de nombreux livres sur l’odorat. « Mais les bébés ne sont pas incommodés par l’odeur des couches souillées des autres bébés. Généralement, ils apprennent que l’odeur des selles est désagréable au moment de la propreté, vers 3 ans. »
Mais d’autres odeurs sont considérées comme mauvaises dans certaines cultures et pas dans d’autres. Mme Herz, qui enseigne à l’Université Brown, dans le Rhode Island, donne l’exemple du fromage, qui est peu consommé en Asie de l’Est et dont l’odeur est considérée comme désagréable. Certains fruits asiatiques, comme le durian, rappellent aux Occidentaux l’odeur de la putréfaction, alors que leur parfum est un délice dans plusieurs pays orientaux. Et que dire du surströmming, le hareng fermenté suédois.
De la même manière, on peut s’habituer à l’odeur des selles de notre bébé, mais moins à celle des autres.
L’acceptabilité des odeurs corporelles dépend aussi des différences d’hygiène de chaque pays, dit Johannes Frasnelli, spécialiste de l’odorat à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). « Quand je suis arrivé en Amérique depuis l’Europe, j’ai été surpris de voir qu’il était considéré comme inacceptable de ne pas se laver après avoir fait du sport, par exemple, dit M. Frasnelli. Certaines cultures utilisent pour les hommes des parfums qui seraient perçus ici comme féminins. L’intensité de l’utilisation du parfum est aussi une question culturelle. »
Mme Herz donne l’exemple d’une expérience qu’elle a faite récemment. Il s’agissait de faire sentir à des cobayes une odeur de parmesan. À certains, elle disait la vérité, qu’il s’agissait de parmesan, et à d’autres, qu’il s’agissait de vomi. La plupart des membres du deuxième groupe ont accepté cette explication et ont exprimé de la révulsion. « Le souvenir qu’il s’agissait d’une odeur de vomi durait même dans le temps, ils identifiaient l’odeur comme celle du vomi quelques semaines après y avoir été exposés », dit la chercheuse en neurosciences.
Aversion pour les fluides corporels
De manière générale, l’odeur des fluides corporels est généralement considérée comme mauvaise. « C’est une aversion généralisée, tant pour le toucher que pour l’odorat et le goût », dit Mme Herz. Les larmes constituent la seule exception, pour des raisons mystérieuses.
Par contre, on n’a pas la même aversion pour ses propres odeurs corporelles. C’est ainsi qu’on peut supporter de prendre son bain dans une salle de bains où on vient d’aller à la selle, mais pas si c’est quelqu’un d’autre qui vient de l’utiliser. « Ça provient de nous, dit Mme Herz. De la même manière, on n’a pas le même dégoût pour notre vomi que pour celui d’une autre personne. »
Si on sort de la salle de bains et qu’on y revient plus tard, par contre, on risque de s’être déshabitué à l’odeur et de trouver que ça sent mauvais. Mme Herz donne l’exemple de la salive. On l’avale constamment. Mais si on crache dans un verre, on hésitera à en boire le contenu.
L’odeur personnelle est génétique, dit M. Frasnelli, de l’UQTR. « Deux jumeaux identiques vont avoir la même odeur, sauf s’ils ont une alimentation très différente », dit M. Frasnelli.
Quelles sont les questions de recherche encore irrésolues dans le domaine des odeurs désagréables ? « On ne comprend pas très bien le fonctionnement de la région du cerveau responsable du traitement des informations olfactives et de leur association à des émotions », dit M. Frasnelli, qui a publié en 2021 le livre Humer, flairer, sentir. Cette région est aussi impliquée dans la mémoire, ce qui explique pourquoi les souvenirs ont des odeurs.
Mme Herz a récemment publié, dans la revue Brain Sciences, un essai sur les liens entre les odeurs et les émotions où elle propose que les variations de l’odorat pourraient aider à mieux comprendre les troubles affectifs en psychiatrie.
M. Frasnelli donne aussi l’exemple de matières qui ont une odeur agréable en quantité infime et très désagréable quand il y en a beaucoup. L’ambre gris, par exemple, est utilisé dans des parfums, mais provient de régurgitations de baleines.
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- 20 %
- Proportion des hommes de 20 ans d’origine européenne qui ont un odorat peu sensible (hyposmie)
source : Epidemiology Research
- 10 %
- Proportion des femmes de 20 ans d’origine européenne qui ont un odorat peu sensible (hyposmie)
source : Epidemiology Research
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- 1 sur 10 000
- Prévalence de l’anosmie congénitale (pas d’odorat à la naissance)
source : NIH
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