L’école sonne l’alerte et sauve un jeune « à deux doigts de la mort »

Un jeune homme était « à deux doigts de la mort » lorsque son établissement scolaire a demandé à la police de vérifier s'il allait bien, selon des témoignages entendus au palais de justice.
Avertissement : cet article contient des détails explicites concernant la maltraitance d’enfants et la cruauté envers les animaux qui pourraient choquer des lecteurs.
L’appel passé par le directeur de l’école en janvier 2026 a permis aux policiers de sauver un jeune homme de 18 ans. Gravement amaigri, il avait été confiné de force dans son lit par sa mère, a-t-on appris mardi devant un tribunal d’Ottawa.
Les détails de cette visite de contrôle et l’état de santé précaire du jeune homme, qui a aujourd’hui 19 ans et a repris ses études, ont été exposés devant la cour lors d’une audience de détermination de la peine qui a suivi immédiatement le plaidoyer de culpabilité de la mère pour négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles.
Cette femme, âgée d’une quarantaine d’années, a également plaidé coupable d’un chef d’accusation pour ne pas avoir fourni les moyens de subsistance nécessaires à son fils et d’un autre pour ne pas avoir fourni de nourriture, d’eau et d’abri adéquats au chat de la famille, retrouvé mort aux côtés du jeune homme.
Les lésions infligées à l’intérieur et à l’extérieur du corps émacié [du jeune homme] ont été causées par la personne qui aurait dû, et qui avait l’obligation légale de lui fournir simplement les soins de base et le nécessaire
, a plaidé Louise Tansey, avocate adjointe du procureur de la Couronne.
Nous sommes tous ici grâce à sa communauté… [Ils] ont pris soin de lui alors que sa mère ne le faisait pas. En bref, ils lui ont sauvé la vie.
Le juge a qualifié cette affaire de cas extrême de maltraitance infantile et a condamné la mère à neuf ans de prison pour négligence criminelle ayant entraîné des lésions corporelles.
Elle a également été condamnée à des peines concurrentes de cinq ans pour défaut de subvenir aux besoins essentiels de son enfant, et de douze mois pour négligence envers l’animal de compagnie de la famille.
Nous étions morts d’inquiétude
Ni la mère ni le fils ne peuvent être identifiés en vertu d’une ordonnance de non-publication. On sait toutefois que le jeune homme est né avec une maladie génétique rare qui l’empêche de parler et l’oblige à avoir recours à une aide pour se déplacer.
Il était à l’époque, et reste aujourd’hui encore, entièrement dépendant de ses aidants, en premier lieu de vous, sa mère, pour subvenir à ses besoins fondamentaux
, a rappelé le juge Mike Boyce.
Après que la mère eut plaidé coupable des chefs d’accusation, la procureure adjointe de la Couronne, Chantal Lefebvre, a lu l’exposé des faits.
Trois membres du personnel de l’établissement scolaire ont ensuite présenté leurs déclarations de victimes devant la cour.
Le jeune homme fréquentait cet établissement depuis des années, mais sa présence était devenue sporadique jusqu'à ce qu'il cesse définitivement de s'y rendre à l'automne 2025, a-t-on appris. Avant cela, le personnel s'était déjà inquiété de la détérioration de son état physique et de son hygiène.
Nous étions très inquiets
, a raconté l'un des membres du personnel de l'établissement, ajoutant que les éducateurs du jeune homme lui donnaient de la nourriture et des collations supplémentaires, car il semblait souffrir de malnutrition.
Le personnel de l'établissement s'est rendu au domicile de la famille en octobre 2025 pour prendre de ses nouvelles, mais sa mère a refusé de les laisser entrer.
Leur inquiétude s’est accrue lorsqu’au début de l’année 2026, la mère de famille leur a annoncé qu'elle retirait son fils de l'école pour le placer en foyer.
Insuffisance respiratoire
Lorsque les policiers sont entrés à son domicile en janvier 2026, ils ont retrouvé le jeune homme en suivant le bruit de ses gémissements provenant de sa chambre située au sous-sol, selon l’exposé conjoint des faits.
Il se trouvait dans le lit inférieur d’un lit superposé qui avait été partiellement fermé à l’aide de lattes de bois clouées. L’ouverture au pied du lit était recouverte d’un morceau de bois que les agents ont dû écarter pour atteindre le jeune homme.
[Il] était émacié, couvert d’insectes vivants, notamment d’asticots. L’odeur de décomposition, d’excréments et d’urine était intense
, a-t-on entendu à l’audience.
Lorsque le personnel médical a tenté de le déplacer, il souffrait atrocement et était glacé au toucher — à l’article de la mort
, comme l’a déclaré plus tard Louise Tansey devant le tribunal.
Il a finalement été admis en soins intensifs et intubé.
[Il] souffrait d’une malnutrition extrême qui s’est traduite par une faiblesse musculaire, notamment au niveau des muscles respiratoires, ce qui a contribué à son insuffisance respiratoire
, a-t-on indiqué dans l’exposé conjoint des faits. Son système immunitaire était affaibli, ce qui a aggravé ses infections et nui à la cicatrisation de ses plaies.
Si personne n’avait donné l’alerte
, la mère de famille aurait comparu devant le tribunal pour meurtre au premier degré, selon Mme Tansey.
Tout au long de l’audience de mardi, la mère est restée dos au public, le regard fixé vers l’avant de la salle. Interrogée par le juge Mike Boyce après le prononcé de sa peine pour savoir si elle souhaitait s’adresser à l’assemblée, elle a refusé de s’exprimer.
Il lui est interdit d’avoir des contacts avec son fils. Elle ne peut pas non plus posséder un jour un autre animal de compagnie.
Avec le temps, [elle] suivra un traitement pour ses problèmes au sein du système pénitentiaire fédéral
, a indiqué l’avocat de la défense, Oliver Abergel. Et à un moment donné, le public reconnaîtra, espérons-le, que ses aveux et ses remords étaient sincères. Elle pourra alors sortir de prison sans, espérons-le, être en mesure de commettre à nouveau un acte de ce genre.
Ils ont suivi leur intuition
Plusieurs membres de la communauté scolaire étaient présents dans la salle d’audience mardi.
Dans les déclarations de victimes lues par trois d’entre eux, plusieurs ont évoqué le traumatisme persistant lié à cette expérience, ainsi que leurs sentiments ambivalents quant au fait de ne pas avoir appelé la police plus tôt.
Je me sens extrêmement coupable de ne pas avoir insisté davantage et plus tôt pour que l’on vienne vérifier s’il allait bien, et qu’il ait ainsi souffert plus longtemps
, a déclaré un membre du personnel.
Mais le personnel de l’établissement a également saisi cette occasion pour expliquer pourquoi il s’était tant attaché à cet élève, le décrivant comme une présence chaleureuse et souriante qui les inspirait.
Au fil des années, il devenait de plus en plus actif et autonome dans ses déplacements
, a raconté un autre membre du personnel. Un jour, il a même fait quelques pas tout seul et j’ai crié si fort que je crois que toute l’école m’a entendue.
Désormais, a-t-on appris au tribunal, il doit être transféré pour toutes ses activités à l’aide d’un lève-personne mécanique.
Dans une déclaration écrite à CBC News, Mme Tansey et Mme Lefebvre ont qualifié cette affaire d’histoire absolument horrible de négligence
, mais aussi d’histoire de résilience et de solidarité communautaire
.
La communauté s’est battue pour ce jeune homme, elle a fait part de ses inquiétudes, elle a pris la parole alors que la victime ne pouvait pas le faire. Son absence a été remarquée. Son sourire, sa présence et sa joie ont manqué à tout le monde. Les gens ont fait confiance à leur intuition et n’ont pas gardé le silence.
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