Nigel Farage réélu député au Royaume-Uni, score surprenant pour le «Comte Tête-de-Poubelle»
Nigel Farage, le chef du parti anti-immigration Reform UK, a été réélu facilement député lors d’une législative partielle boycottée par les autres partis, le candidat satirique «Comte Tête-de-Poubelle» réalisant un score inédit de quelque 27% des voix.
Selon les résultats annoncés vendredi par les autorités électorales, M. Farage, 62 ans, a recueilli 22 239 suffrages (63% des voix) contre 9455 pour Count Binface («Comte Tête-de-Poubelle»), lors de cette partielle qu’il avait lui-même provoquée dans la station balnéaire vieillotte de Clacton-on-Sea.
Les sondages avaient pronostiqué la victoire du héraut du Brexit dans cette circonscription ayant voté massivement pour la sortie de l’Union européenne en 2016. Farage y avait été élu pour la première fois en juillet 2024 avec 46% des suffrages, après sept tentatives infructueuses.
Conservateurs, travaillistes, libéraux-démocrates et Verts boycottaient eux cette élection, qu’ils qualifiaient de farce. Les 32 autres candidats en lice — un record — étaient tous des inconnus ou des humoristes.
À 44%, la participation que certains prédisaient faible a cependant été dans la moyenne des partielles britanniques.
Avant même l’annonce des résultats, Nigel Farage s’était déclaré vainqueur.
Contrairement à la tradition britannique, il a ensuite snobé l’annonce, affirmant que la police l’avait prévenu d’une « campagne en préparation visant à perturber et dégrader les résultats ». Un responsable de la commission électorale locale, Ian Davidson, a cependant assuré que le comptage s’était déroulé « en toute sécurité ».
Le Comte Tête-de-Poubelle « en pleine ascension »
Quant au Comte Tête-de-Poubelle, de son vrai nom Jon Harvey, comédien de 46 ans qui joue ce rôle de trublion politique depuis 2017, il s’est félicité de son score historique.
« Je suis en pleine ascension », s’est-il réjoui auprès de l’AFP. À la dernière élection à laquelle il avait participé — la législative partielle en juin près de Manchester remportée par le travailliste Andy Burnham, depuis devenu premier ministre —, il n’avait remporté que 0,2% des voix.
Farage avait annoncé le 7 juillet remettre en jeu son siège de député après avoir été rattrapé par des affaires de dons non déclarés.
Le gendarme de l’éthique parlementaire enquête sur un don de 5 millions de livres (9,4 millions de dollars canadiens) qu’il a reçu d’un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, Christopher Harborne, peu avant son élection comme député à Clacton en juillet 2024.
Reform UK est aussi visé par une enquête policière sur son financement.
« Le peuple » contre « l’establishment »
Face à ces enquêtes qui l’ont visiblement déstabilisé et ont mis le doigt sur sa fortune, Nigeel Farage présentait le scrutin comme le « verdict du peuple » contre « l’establishment ».
Vendredi matin, il a encore accusé les autres partis d’« avoir fait campagne pour le Comte Tête-de-Poubelle », transformant l’humoriste en « candidat de l’establishment ».
Kevin Ibes, septuagénaire interrogé sur le front de mer de Clacton après les résultats, a accusé les autres partis d’avoir « manqué de respect » à Clacton. Pour lui, Farage « sera député de Clacton aussi longtemps qu’il le souhaite ».
Reform UK a connu une progression spectaculaire depuis deux ans, ralliant plusieurs personnalités du parti conservateur.
Nigel Farage est apparu de plus en plus premier ministrable, après la victoire de Reform UK aux élections locales en mai, qui ont contribué à la démission du premier ministre travailliste Keir Starmer, remplacé le 20 juillet par Andy Burnham.
Mais Reform UK a perdu du terrain dans les sondages depuis fin juillet. Certains commentateurs se demandent s’il n’a pas atteint son pic, alors que les prochaines législatives au Royaume-Uni ne sont pas attendues avant 2029.
À temps pour une enquête parlementaire
Réélu, Farage va désormais revenir au Parlement et affronter l’enquête parlementaire, formellement rouverte vendredi après avoir été suspendue le temps de l’élection.
Il va devoir maintenant « répondre à des questions très sérieuses » et « dire la vérité », a déclaré la présidente du Parti travailliste, Bridget Phillipson, sur Times Radio.
Si l’enquête devait conclure à une faute sérieuse, il pourrait être suspendu du Parlement pour plus de 10 jours, ce qui déclencherait une nouvelle élection avec cette fois des candidats des autres partis. Des électeurs interrogés à Clacton vendredi ont d’ailleurs indiqué à l’AFP s’attendre à un nouveau scrutin.
« Cette partielle aura finalement eu peu de conséquences », a indiqué à l’AFP le politologue Stijn van Kessel, de l’Université Queen Mary à Londres.
« Farage a réussi à mobiliser ses partisans », mais les questions sur ses finances « ne vont pas disparaître avec le résultat de l’élection », dit-il. « Et Reform reste clairement une force politique importante, même si les sondages suggèrent qu’il a un peu baissé. »
Le président du Rassemblement national français, Jordan Bardella, a félicité Farage: sa « réélection triomphale » prouve que « les Britanniques savent que Nigel Farage est un ardent patriote qui fera tout pour redresser son pays », a-t-il écrit sur X.
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