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Wednesday, September 2, 2026

Catastrophe dans l’Himalaya : au Tibet, l’histoire non racontée des victimes de l’effondrement du glacier

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C’était une des premières images diffusées des flots qui se sont déversés dans la vallée. Une caméra de sécurité montre le poste frontière entre le Népal et la Chine. Des dizaines de gens s’encourent et une vague, immense, prend soudain presque tout le champ de la caméra. Les bâtiments sont immergés avec une force qui ne laisse que peu d’espoir pour toutes les silhouettes qui étaient en train de courir l’instant d’avant. Ces images, diffusées largement dans le monde, ont complètement disparu sur Internet en Chine.

Le jeudi 27 août, le lendemain de la catastrophe, les médias chinois parlent en priorité du nouveau livre du président Xi Jinping. Une histoire qui se développe encore jusqu’au vendredi. Au bas de la page web du média chinois CCTV, un petit article parle d’un morceau de route de 800 mètres rouvert après un glissement de terrain, grâce aux services de secours.

La communication officielle chinoise ne va prendre de l’ampleur concernant l’effondrement du glacier, qu’après 24 heures. Un message central : "le président a donné des ordres et le pouvoir central coordonne les opérations de secours".

Cérémonie d’hommage pour les victimes du glacier au Tibet © AFP – Laurent Fievet

La couverture de la catastrophe par les médias chinois s’est limitée à détailler le déploiement des services de secours. Alors que les agences de presse internationales commençaient à diffuser les premières vidéos filmées au Népal par les habitants de la région, côté chinois, l’agence chinoise CCTV se contentait de partager avec le monde des images de propagande.

Pas de témoignage de victimes, pas de familles à la recherche de proches. Seulement des secouristes et des militaires filmés sans en donner le contexte, l’histoire et sans donnée géographique. On y voyait quelques militaires, avec un paquetage sur le dos, marcher sur une route dans la montagne. Ou des hélicoptères chargés d’aide humanitaire et des rassemblements de soldats. Le traitement médiatique chinois se limitait à détailler l’ampleur de la mobilisation, sous la coordination du président.

Difficile aussi de comprendre quels villages ont été affectés par la vague. Dans les premiers instants, des médias locaux ont raconté les cas particuliers de quelques personnes. Ces récits ne sont restés en ligne qu’une poignée d’heures avant d’être effacés par le pouvoir. Les victimes n’ont pas eu leur mot à dire dans les médias de Pékin.

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Il y a eu probablement des centaines de morts au Tibet… Tuuut, censuré !

La Chine a annoncé dimanche que 261 ressortissants étrangers originaires de 23 pays étaient portés disparus du côté tibétain de la frontière. "Le bilan des crues soudaines qui ont frappé mercredi la région himalayenne entre le Népal et le Tibet chinois est désormais de 16 morts côté tibétain".

Mais selon The Guardian, des publications sur les réseaux chinois ont initialement parlé de potentiellement plusieurs centaines de morts. Tous ces contenus ont disparu. Tout comme les vidéos de la vague qui aurait emporté plusieurs villages.

Le Tibet-Daily, un journal contrôlé par l’autorité chinoise, raconte dès le lendemain de l’effondrement du glacier, que deux Tibétains ont été détenus pour interrogatoire après avoir posté en ligne des "rumeurs" disant que 1000 personnes ont été balayées près de la frontière. Quatre jours plus tard, dimanche dernier, des officiels tibétains ont rapporté que dix Tibétains avaient été punis pour avoir partagé de fausses informations en vue de perturber "l’ordre en ligne".

Dans les premières heures, des messages questionnent le bilan officiel. Un utilisateur nommé Zhang explique que "clairement des milliers de personnes ont été emportées et les autorités ne parlent que de trois morts". Une autre publication mise en ligne par Zhou dit que "dans cette vague de boue, un village entier a été effacé. Il y a définitivement plus qu’un millier de morts".

Des pompiers tibétains déchargent du matériel à Gyirong. © AFP – Laurent Fievet

Une obsession pour le contrôle de l’information

Selon Human Rights Watch, Pékin n’accepte que très rarement l’entrée de journalistes étrangers au Tibet. Les habitants de cette région annexée ne sont pas autorisés à parler à des journalistes étrangers. "Principalement, parce que tout le monde doit installer une application obligatoire sur son téléphone et cette application contient de la surveillance gouvernementale."

Le résultat, c’est un pays dont les flux d’informations sont contrôlés par les autorités. "Si les gens ont peur de partager des informations, ou si leurs publications sont effacées, potentiellement, des infos utiles pourraient ne pas arriver aux familles des victimes et à l’opinion publique". Pour Human Rights Watch, “l’instinct du gouvernement chinois est toujours le contrôle du narratif qui le décrit comme une autorité très efficace".

Pour le gouvernement chinois, la crise n’a lieu qu’au Népal. Et rien n’a traversé la frontière. Comme pour chaque crise, la Chine se comporte comme s’il n’y avait pas de crise.

Pour International Campaign for Tibet, des centaines de maisons ont été détruites du côté tibétain. L’organisation représente la voix des Tibétains à l’étranger depuis l’annexion chinoise. Pour Tencho Gyatso, présidente d’ICT, "les discussions en public sur le sujet de l’inondation ont été interdites. Mais cette inondation rapide a complètement détruit des commerces tibétains, des restaurants et des salons de thé près du poste frontière en provoquant de nombreux morts".

L’organisation compare la communication chinoise avec celle du Népal. "Le Népal fournit des informations régulières et un boulevard pour les organisations humanitaires internationales. Et ça devrait être la même chose au Tibet. Il faut de l’information transparente et un accès inconditionnel de l’aide humanitaire. Sans accès au côté tibétain de la frontière, c’est impossible de déterminer l’ampleur des pertes et d’avoir une image générale de la situation".

Un secouriste du corps de police de l’armée tibétaine © AFP – Bahar Tengku

Éviter les critiques sur la gestion des montagnes tibétaines

Des critiques sont apparues sur la gestion chinoise de la région. Pékin est accusé d’avoir négligé la gestion des glaciers et les conséquences du changement climatique.

L’agence Reuters rapporte qu’il y a trois mois, des experts et des officiels tibétains et népalais se sont réunis à Katmandou pour discuter des risques de voir survenir des effondrements de glaciers et des coulées de boue. Sur la table, le renforcement de la coopération pour surveiller et répondre aux crues et aux dangers liés au climat et aux glaciers. Les participants ont appelé à des mesures conjointes pour minimiser les risques, parmi lesquelles un inventaire des lacs glaciaires. Mais deux officiels népalais ont exprimé à Reuters leur frustration de ne pas avoir reçu des Chinois autant d’informations qu’ils le souhaitaient sur les risques liés aux glaciers et sur les niveaux des eaux.

Sauhardra Joshi est hydrologue pour la division prévision des inondations au Népal. Elle explique que "ce que nous attendions d’eux, en fait, et que nous attendons toujours, c’est de savoir, en cas de mouvements précoces des glaciers et de mouvements précoces autour de cette région, nous voudrions le savoir un peu en avance".

Les autorités chinoises ne répondent pas aux demandes d’explications et assurent que les informations nécessaires seront transmises à temps et en heure. Aucun pays n’accuse l’autre d’être responsable de la catastrophe. D’ailleurs, en Chine il n’y a pas de catastrophe… si on écoute le parti.

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