Israël: trois minutes de bilan pour quatre années de coalition

À l’approche des élections législatives en Israël le 27 octobre prochain, les sondages montrent que le gouvernement sortant de Benyamin Netanyahu est défié par des partis désireux de former une coalition de changement. Mais aucun de ces deux blocs ne semble aujourd’hui en mesure d’obtenir la majorité absolue. La campagne électorale – intense et tendue – se déroule sur fond de grande incertitude sur l’avenir du pays. Quel bilan pour le gouvernement sortant ?
La coalition de gouvernement formée à l’issue des législatives de 2022 sera donc allée au terme de son mandat de quatre ans. Ni les attaques meurtrières du 7 octobre 2023 (plus de 1 200 morts), ni le refus du gouvernement de mettre en place une commission d’enquête sur ce désastre sécuritaire ne l’ont fait chuter. Ne l’ont pas fait vaciller non plus les manifestations des familles des otages israéliens à Gaza, qui demandaient au gouvernement de tout faire pour obtenir leur libération. Avant même le 7-Octobre, le gouvernement avait tenu face à des manifestations monstres, contre un projet de réforme judiciaire jugé illibéral par ses détracteurs.
Pourquoi cette stabilité ? Elle est expliquée en partie par la composition de la coalition au pouvoir depuis quatre ans : droite (le Likoud de Benyamin Netanyahu), extrême droite (les partis sionistes religieux des ministres Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir) et religieux ultra-orthodoxes. Ces groupes politiques incarnent l’évolution socio-politique du pays, que le Premier ministre Netanyahu a su rassembler, n’avaient aucun intérêt à se déchirer, ce qui aurait mis fin à la coalition la plus à droite de l’histoire du pays.
Leurs quatre années au pouvoir ont été marquées par des guerres sur de multiples fronts. La guerre lancée à Gaza, au lendemain des attaques meurtrières du Hamas 7 octobre 2023, a fait plus de 73 000 morts palestiniens. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant sont visés par des mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Quant à la Cour internationale de Justice (CIJ), elle devra juger du caractère génocidaire de cette guerre, déjà attesté par de nombreux experts, y compris israéliens.
Dans une autre partie du territoire palestinien occupé, la Cisjordanie, les violences des colons contre des civils palestiniens sont quotidiennes et largement impunies. Et la construction de nouvelles colonies s’accélère sur fond d’évolution du discours politique : la coalition sortante rejette explicitement toute perspective d’État palestinien, ce qui laisse place à un projet d’annexion. Certes le geste n’a pas été officiellement décrété au cours des quatre ans écoulés, malgré l’intense lobbying des colons et de leurs représentants au gouvernement. Mais l’annexion de fait se matérialise progressivement sur le terrain.
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Des répercussions bien au-delà d'Israël
L’onde de choc du 7-Octobre et de la guerre à Gaza s'est étendue au-delà des Territoires palestiniens occupés, avec une guerre au Liban, où Israël occupe toujours une partie du territoire, occupation de territoires en Syrie également et deux guerres contre l’Iran : juin 2025 et février 2026. Benyamin Netanyahu a obtenu de Donald Trump ce qu’il demandait à Washington depuis des années : le soutien militaire des États-Unis pour frapper la République islamique. Mais sans parvenir à la faire chuter, sans résoudre les questions relatives au nucléaire iranien et en laissant au monde un chaos régional dont la facture grimpe chaque jour.
Quelles conséquences diplomatiques ? Un isolement croissant d’Israël, des sanctions ciblées et un débat sur d’autres mesures qui gagne un peu plus de terrain chaque jour, même si les résistances sont solides. Longtemps Benyamin Netanyahu n’a eu que faire des critiques, tant que les États-Unis et particulièrement ceux de Donald Trump le soutenaient. Mais les deux hommes sont désormais en froid et le soutien des États-Unis et de leur population à Israël connait un mouvement de recul inédit.
L’héritage de la coalition sortante est aussi fait de tensions dans la société israélienne : les religieux ultra-orthodoxes doivent-ils servir dans l’armée comme leurs compatriotes ou continuer d’en être exemptés pour étudier les textes sacrés ? La question est devenue explosive sur fond de guerres sans fin.
Israël est-il en passe de devenir un État théocratique et illibéral ? C’est l'angoisse formulée notamment par les dizaines de milliers d’Israéliens qui ont quitté le pays ces dernières années. Une vague de départs qui a profondément heurté le pays qui se représente encore comme le lieu d’accomplissement d’un destin national pour les Juifs du monde entier.
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