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Tuesday, October 20, 2026

Moody's et les marchés : les violences en France vont-elles peser sur la dette ?

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Les récentes violences en France ne suffiront pas, à elles seules, à faire vaciller la crédibilité financière du pays. Mais elles constituent un signal supplémentaire négatif aux yeux des investisseurs. Au-delà des dégâts matériels visibles (commerces fermés, transports perturbés) c'est toute une chaîne économique qui se grippe. Selon Rexecode, un institut d'études économiques privé français, l'activité, déjà faible, ralentit encore davantage. Les recettes fiscales progressent moins vite, tandis que les dépenses de sécurité alourdissent un budget déjà sous tension.

Le risque le plus redouté par les marchés est d'ordre politique : si la contestation sociale empêche le gouvernement de faire adopter ses mesures d'économies, la trajectoire budgétaire pourrait se dégrader davantage. À cela s'ajoute un risque pour l'investissement : dans un climat d'incertitude, les entreprises peuvent reporter leurs projets, et les investisseurs étrangers hésiter à s'engager. Ce ne sont donc pas les violences en elles-mêmes qui inquiètent les marchés, mais ce qu'elles révèlent sur la capacité du gouvernement à maîtriser la situation et à tenir ses engagements budgétaires.

Moody's et le rôle des agences de notation : un pouvoir réel, mais relatif

Une agence de notation comme Moody's évalue la capacité d'un État à rembourser sa dette et lui attribue une note, sorte de bulletin de santé financière. Elle analyse la croissance, les finances publiques, le niveau d'endettement et la crédibilité de la politique budgétaire. Une dégradation peut inciter certains investisseurs à exiger des taux d'intérêt plus élevés pour prêter à l'État. Or, plus la dette est importante, plus une hausse durable des taux alourdit la charge d'intérêts et réduit les marges de manœuvre budgétaires. La France emprunte actuellement à près de 5 % sur dix ans.

Pour autant, les agences ne sont plus les arbitres absolus qu'elles ont pu être. Leur crédibilité a été sérieusement entamée après la crise financière de 2008, notamment en raison de leurs évaluations défaillantes sur des produits financiers risqués. Elles restent influentes, mais elles ne dictent plus seules les conditions auxquelles les États empruntent.

La Belgique aussi dans le viseur de Standard & Poor's

La France n'est pas la seule concernée ce vendredi. Standard & Poor's doit réexaminer la note de la Belgique, déjà abaissée en avril dernier.

Depuis, les indicateurs se sont dégradés : croissance décevante, déficit public en hausse, dette en augmentation. Autant d'éléments qui pourraient pousser l'agence à une nouvelle dégradation. Éric Dor, professeur à l'IÉSEG School of Management, souligne le paradoxe de la situation : des pays comme le Portugal ou l'Espagne, pourtant moins bien notés par S&P, présentent des finances publiques plus solides, une dette mieux maîtrisée et des perspectives de croissance plus favorables.

La Belgique conserve néanmoins des atouts reconnus : une économie diversifiée et un secteur bancaire solide. Mais selon Éric Dor, ces éléments s'érodent progressivement sous l'effet des déficits publics successifs. Les marchés, eux, n'ont pas attendu le verdict officiel : ils exigent déjà des taux plus élevés sur la dette belge que sur celle de pays pourtant moins bien notés, signe d'une perception du risque en nette hausse.

Un contexte mondial qui pèse sur les taux belges

L'économiste Bruno Colmant, invité de Matin Première, invite toutefois à relativiser la part de responsabilité belge dans cette évolution. Selon lui, 75 % de la hausse récente des taux belges s'explique par la remontée générale des taux souverains dans le monde. Il n'y aurait donc pas, à ce stade, de défiance spécifique envers la Belgique, mais plutôt un mouvement global qui emporte tout sur son passage.

Ce contexte international ne doit cependant pas masquer les fragilités structurelles des deux pays. Que ce soit pour la France ou pour la Belgique, la vraie question posée aux marchés dépasse le simple verdict d'une agence : elle porte sur la capacité des gouvernements à stabiliser leurs finances publiques, à maintenir la croissance et à restaurer la confiance. 

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