La Vérif : PSPP peut-il vraiment bonifier les services tout en réduisant la bureaucratie?

Paul St-Pierre Plamondon estime que des compressions dans la bureaucratie sont possibles sans pour autant toucher les services à la population. Il assure que le Québec ne prendrait pas le chemin de l'austérité s’il est porté au pouvoir. Épreuve des faits.
Ce n’est pas une contraction des services et de l’offre de services à la population. C’est une bonification de l’offre de services en enlevant la bureaucratie que la CAQ nous a ajoutée pendant huit ans.
Vérification faite : c’est peu réaliste, compte tenu que le Parti québécois propose une augmentation des dépenses de 1,9 % en cinq ans, du jamais vu en 30 ans.
Cette croissance constituerait la plus faible enregistrée depuis l’instauration de la Loi sur l’équilibre budgétaire en 1996, selon le titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, Luc Godbout.
Le taux de croissance annuel moyen des dépenses de portefeuilles le plus faible observé sur une période de cinq ans est de 2,5 %, de 2011-2012 à 2016-2017
, précise M. Godbout.
Le rapport préélectoral produit par le ministère des Finances anticipait une croissance des dépenses à 2,2 % en quatre ans, ce qui a poussé le Vérificateur général du Québec (VGQ) à émettre une mise en garde.
Il existe un risque que de tels niveaux de croissance puissent avoir des conséquences sur les services à la population ou amener l’État à réduire son intervention dans certains secteurs d’activité
, soulignait le VGQ dans son analyse du rapport préélectoral.
Ce ralentissement des dépenses diminuerait le nombre de salariés dans le secteur public. Le cadre financier du PQ prévoit réaliser jusqu’à 1,6 milliard de dollars d’économies annuelles en sabrant 2,5 % de la masse salariale de l’État.
Le Parti québécois calcule qu’il en coûte 100 000 $ de rémunération par poste équivalent temps plein (ETC), en incluant les différentes cotisations de l’employeur. On peut donc déduire qu’environ 16 000 postes seraient abolis.
Paul St-Pierre Plamondon et le candidat Nicolas Marceau ont tous deux refusé de chiffrer le nombre d’emplois menacés. La réduction de la masse salariale se ferait par attrition.
À titre de comparaison, même pendant l’ère libérale de Philippe Couillard, le nombre net de postes avait légèrement augmenté (nouvelle fenêtre).
L’appareil public du Québec comptait 476 696 postes équivalent à temps complet en 2014-2015. Leur nombre a chuté de 8000 l’année suivante, avant d’augmenter deux ans de suite, pour atteindre 481 982 en 2017-2018.
Dépenses au ralenti pour quatre des cinq partis
Le risque
pour les services à la population, évoqué par le VGQ, ne touche pas que le PQ. Trois autres partis politiques affichent des taux de croissance inférieurs ou égal à 2,2 %.
Le Parti conservateur du Québec (0,7 %) et le Parti libéral du Québec (2,2 %) prévoient aussi un ralentissement des dépenses à un niveau qui risque soit de toucher les services ou de réduire l’intervention de l’État.
La Coalition avenir Québec suit de près (2,4 %).
La santé épargnée?
Le PQ assure non seulement que le secteur de la santé serait épargné d’éventuelles coupures, mais il promet même d’augmenter les dépenses en santé. Mais de combien, a-t-on demandé au chef, jeudi?
Tout est dans notre cadre financier.
Vérification faite : c’est faux. Le PQ n’a pas précisé la croissance des dépenses anticipée en santé dans son cadre financier.
Lors de la présentation de Nicolas Marceau, mardi, il a d’ailleurs confirmé que les dépenses en santé ne figurent pas dans le document.
Ce sont des choix qui seront faits au gouvernement, a répondu Nicolas Marceau. Là, on a les ordres de grandeur, effectivement, mais les répartitions par ministère, on ne les a pas.

Nicolas Marceau a présenté le cadre financier du Parti québécois, en l'absence du chef Paul St-Pierre-Plamondon.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin
Seul Charles Milliard a chiffré la croissance des dépenses en santé (5 %) si le Parti libéral du Québec est porté au pouvoir.
Croissance de la bureaucratie amplifiée
Paul St-Pierre-Plamondon juge ses compressions justifiées puisque la CAQ a fait bondir la taille de l’appareil public en huit ans.
Malheureusement, c’est ça le bilan de la CAQ. Ils ont fait grossir la bureaucratie de 24 %.
Vérification faite : c’est inexact. L’augmentation de la bureaucratie s’élève plutôt à 22 % entre 2018 et 2025.
La raison est simple : le PQ a en quelque sorte mélangé des pommes et des oranges. Explications.
Le Conseil du Trésor propose deux chiffres pour compter le nombre d’employés dans la fonction publique et dans le secteur parapublic.
Le premier est simple : il tient compte de l’ensemble des salariés de l’État, point final.
La deuxième méthode propose un plus petit chiffre parce qu’il exclut certains employés de son calcul. Par exemple, les travailleurs du réseau de l’Université du Québec, de certains réseaux scolaires de nations autochtones, ou encore d’Investissement Québec, ne font pas partie de la deuxième méthode.
Le PQ a employé le plus bas chiffre, 499 074, pour l’année fiscale 2018-2019. En 2024-2025, (nouvelle fenêtre)c’est le plus gros chiffre qui a été utilisé, soit 624 711. La formation aurait dû utiliser 608 793, ce qui aurait permis de comparer les deux années de manière équitable.
Avec les informations de Sarah Rahmouni
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