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Friday, September 18, 2026

Churchill Falls : les élus de T.-N.-L. votent en faveur de l’entente-cadre

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La Chambre d’assemblée de Terre-Neuve-et-Labrador a approuvé une entente-cadre historique avec Hydro-Québec, jeudi en soirée, au terme d’un débat spécial sur quatre jours qui a donné lieu à des discours remplis d'émotions et des échanges corsés.

Lors d'un vote très serré (21-18), tous les députés de l’opposition, sauf l’indépendant Eddie Joyce, se sont opposés à l’accord de principe.

Le gouvernement progressiste-conservateur crie toutefois victoire. Il souligne la manne importante que l’entente-cadre énergétique, une fois transformée en accords définitifs, pourrait représenter pour la province la plus endettée du pays.

Avant le vote, les élus ont chacun à leur tour prononcé un discours sur l’entente-cadre sur 50 ans, qui pourrait représenter environ 49 milliards $ (en dollars de 2026) pour le Trésor provincial.Nous allons transformer la situation des finances publiques, a claironné le ministre des Finances, Craig Pardy.

Une entente-cadre historique, mais controversée

L’entente-cadre, une version renégociée d’un accord de principe annoncé sous l’ex-gouvernement libéral en 2024, vise à remplacer le contrat existant de la centrale de Churchill Falls, signé en 1969. Ce contrat béton rime avec rancœur pour plusieurs Terre-Neuviens et Labradoriens, puisqu’il permet à Hydro-Québec d’acheter presque toute la production de la centrale hydroélectrique à seulement 0,2 cent le kilowattheure.

Hydro-Québec revend cette énergie à fort prix, encaissant des profits mirobolants, mais accepte de rouvrir le contrat une décennie et demie avant son expiration parce qu'en échange, Terre-Neuve-et-Labrador autorise la construction de nouvelles installations hydroélectriques sur son territoire, dont la grande part de la production sera réservée à la société d'État québécoise.

Le fédéral a facilité l'entente-cadre et s'engage à contribuer 10 milliards $ aux projets de construction.

C'est fort probablement la décision la plus importante que cette Chambre aura à prendre pendant plusieurs années à venir, a souligné en matinée le président du Parlement provincial, Paul Lane, en rappelant les députés à l’ordre à la suite d’une série d’échanges particulièrement bruyants.

Signe des tensions qui sont apparues pendant ce débat suivi de près par la population, le ministre de l'Énergie, Lloyd Parrott, a confié jeudi qu'il avait reçu des menaces de mort et à l'égard de ses enfants après avoir lancé une attaque frontale, lundi, contre l'arrogance de ceux qui critiquent l’entente-cadre et qui haïssent le Québec, selon lui.

L’opposition s’indigne

Depuis lundi, des députés de l’opposition expriment leurs préoccupations quant à la supervision des pourparlers, aux modalités du débat. Mais ils s’inquiètent surtout que leur province risque toujours de ne pas profiter au maximum de sa richesse hydroélectrique, malgré les dizaines de milliards promis dans l’entente-cadre.

Les libéraux s'indignent notamment des mesures envisagées pour indexer le prix de l’énergie du complexe existant de Churchill Falls et du projet de barrage à Gull Island, en aval du fleuve Churchill.

Il n’est pas trop tard pour revenir à la table de négociation, a soutenu Lisa Dempster, députée libérale dans Cartwright–L’Anse-au-Clair, dans le sud du Labrador. Lisant une lettre reçue d’un citoyen, elle affirme que Terre-Neuve-et-Labrador va se souvenir de ceux et celles qui se mettent debout quand ça compte.

Tony Wakeham, Mark Carney et Christine Fréchette.

Les premiers ministres Tony Wakeham, Mark Carney et Christine Fréchette lors de l'annonce du nouveau protocole d'entente concernant les projets hydroélectriques du fleuve Churchill, à Saint-Jean de Terre-Neuve, le 17 aoùt 2026.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Tout au long de la semaine, les deux députés du NPD ont demandé une évaluation indépendante de l’entente, idée qui n’intéresse pas le gouvernement progressiste-conservateur.

Je dois voter contre la résolution parce qu’à ce moment-ci, je ne sais pas si l’entente-cadre sert au mieux les intérêts de la province, explique la députée néo-démocrate dans Saint-Jean-Est–Quidi Vidi, Sheilagh O’Leary.

Les Innus demandent aux élus de voter contre l'entente-cadre

Les néo-démocrates craignent aussi les effets environnementaux inattendus des nouvelles installations hydroélectriques et rappellent que la Nation innue du Labrador ne soutient pas l'entente-cadre. Le fleuve Churchill traverse les terres ancestrales des Innus, dans le centre du Labrador.

Dans un communiqué envoyé quelques heures avant le vote, la grande cheffe représentant les Innus de Sheshatshiu et de Natuashish, Jodie Ashini, a demandé aux députés de votre contre l’entente, surtout en raison d’une dispute amère avec le gouvernement concernant l’histoire du peuple innu au Labrador.

Le député indépendant, Keith Russell, qui a quitté le caucus progressiste-conservateur au tout début du débat, a pour sa part soulevé les effets possible de l'entente-cadre sur sa circonscription de Lac Melville, qui englobe Churchill Falls et Gull Island. S'il souhaite profiter de l'activité économique que l'accord de principe pourrait représenter, il estime que le gouvernement n'a aucun plan pour gérer les effets de l'arrivée de milliers de travailleurs sur l'accès au logement et aux services essentiels.

Jodie Ashini.

Jodie Ashini, la grande cheffe de la Nation innue du Labrador, en marge d'une conférence de presse à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, le 17 août 2026. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Prochaines étapes

Pendant le débat marathon, une série de témoins ont répondu aux questions des élus provinciaux, notamment l’équipe de négociation de Terre-Neuve-et-Labrador, des membres du conseil d’administratio (nouvelle fenêtre) d’Hydro Terre-Neuve-et-Labrador et des experts indépendant (nouvelle fenêtre) ayant conseillé le gouvernement provincial et supervisé les pourparlers.

Le premier ministre, Tony Wakeham, s'engage à établir un comité indépendant pour superviser la négociation des ententes définitives avec Hydro-Québec. Il a toutefois esquivé des questions, jeudi soir, sur la tenue d'un débat spécial sur les accords définitifs, une fois conclus, promettant plutôt des discussions entre les leaders parlementaires à ce sujet.

Hydro-Québec et Hydro Terre-Neuve-et-Labrador espèrent finaliser les accords définitifs d’ici la fin de l’année.

Tony Wakeham avait promis un référendum sur le nouveau partneriat énergétique entre sa province et le Québec. Il est cependant revenu sur cette promesse, le mois dernier.

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