Le SPVM s’est procuré quatre caméras semblables à celles de Flock

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) s’est procuré quatre caméras de lecture automatique des plaques d’immatriculation, similaires à celles de l'entreprise américaine controversée Flock.
Le SPVM a loué quatre systèmes de caméras Cloudrunner CR-H2 de l’entreprise montréalaise Genetec afin de soutenir le travail de [ses] enquêteurs dans des dossiers précis
.
D'après une facture obtenue par Radio-Canada via la Loi d'accès à l'information, le service de police a versé 18 763,92 $ à la firme de sécurité Infynia.com Inc. pour louer quatre systèmes pendant un an.
Ces caméras, alimentées par des panneaux solaires, enregistrent à toute heure du jour la plaque d’immatriculation, ainsi que des caractéristiques comme la couleur et le modèle de chaque véhicule passant dans sa mire.
Si la technologie n’est pas nouvelle, elle fait présentement controverse aux États-Unis, où un réseau de plus de 100 000 caméras de lecture automatique de plaques de l’entreprise Flock est devenu, pour certains, un symbole de la surveillance de masse.

Les caméras de Flock font controverse aux États-Unis, et plusieurs sont vandalisées. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Cheney Orr
En août, Radio-Canada avait repéré l’une des Cloudrunner CR-H2 sur un lampadaire dans le quartier Rivière-des-Prairies. Radio-Canada avait sollicité sept propriétaires potentiels, dont la Ville de Montréal, le SPVM et Genetec, mais aucun n’avait confirmé qu’il était celui qui l’avait installée.
La police a finalement confirmé, après l’avoir retirée dans les heures suivant la publication de notre reportage, qu’elle était l’opératrice de cette caméra et qu’elle s’en servait dans le cadre d’une enquêteciblée
.
Le SPVM n'avait toutefois pas précisé combien de dispositifs elle avait en sa possession.
Fournir une réponse ciblée permettait d’éviter de nuire à tout autre dossier où un tel équipement aurait été déployé ou de devoir éventuellement le retirer afin de préserver nos stratégies d’enquête, comme nous avons dû le faire sur le boulevard Henri-Bourassa Est
, ajoute-t-il.
La Ville passe aux aveux
En août, la Ville de Montréal, responsable de l'approvisionnement du SPVM, indiquait que le Service des technologies de l'information de la Ville de Montréal n’a pas acquis et n’installe pas de caméras de type [LAPI] Genetec Cloudrunner CR-H2
.
Lorsque Radio-Canada l’a informé de sa découverte du bon de commande et de la facture pour les quatre systèmes, le relationniste Gonzalo Nunez a expliqué qu’au moment de répondre à notre première demande, la vérification n’avait pas été faite auprès du Service de l’approvisionnement
.
Ce dernier nous confirme la présence d'un bon de commande (contrat) effectué par le SPVM auprès de la firme Infynia.com Inc. pour le type de caméra mentionné
, a-t-il écrit dans une déclaration par courriel.
Pourquoi a-t-il fallu talonner la Ville et le SPVM pour obtenir des réponses? L’experte en cybersécurité et co-fondatrice de l’entreprise Cyber citoyen, Catherine Dupont-Gagnon avance que c'est probablement parce qu'ils savent, sachant la mauvaise presse que ça a en ce moment, que ça créerait plus de problèmes qu'autre chose de l'annoncer, que les gens s'opposeraient et que ça serait difficile
.
Peu importe la situation, il y a eu un manque de transparence dans le processus
, estime-t-elle.
Aux États-Unis, des médias ont rapporté que des policiers se sont servis du système de Flock pour traquer leur conjointe ou leur ex-conjointe. D'autres rapportent qu'elles auraient servi à déterminer si une femme du Texas aurait changé d'État pour se faire avorter, là où la loi le permet.
Le système Cloudrunner de Genetec implanté sur le territoire québécois n’est toutefois pas identique à celui de Flock. Les informations collectées par les caméras Flock sont mises en commun dans une base de données centrale, accessible à plusieurs corps de police, alors que celles de Genetec ne peuvent être consultées que par leur opérateur.
Selon Mme Dupont-Gagnon, l'enjeu reste le même : l'usage de ce genre de technologie par les forces policières, que les données soient colligées dans un méga réseau ou pas
.

Le systeme de Genetec permet de trier ou de filtrer les véhicules repérés sur les images d'un réseau de caméras. (Photo d'archives)
Photo : Genetec
On n’a aucune information sur qui consulte les données, combien d’informations sont collectées, combien de temps c'est conservé et si, une fois l’enquête terminée, les informations sont supprimées
, explique-t-elle.
Par courriel, le SPVM assure que l'utilisation des caméras se veut temporaire
et qu'elle a lieu pour aider les enquêteurs dans des dossiers précis
, notamment en matière de vol de voitures ou de violence armée. Rappelons d’ailleurs que l'accès aux images captées est réservé exclusivement aux responsables des différents dossiers traités
, écrit-il.
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