Retour historique des chefs autochtones à la table des premiers ministres

(Ottawa) Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul, mise sur le dialogue à l’approche de la rencontre des premiers ministres lundi. Pour la première fois en 20 ans, les chefs autochtones ont été invités à la table sur fond de mécontentement envers le gouvernement Carney.
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« J’aborde la rencontre avec un optimisme prudent », dit-il en riant au bout du fil.
« C’est que ce type de rendez-vous là, ça fait extrêmement longtemps que ce n’est pas arrivé. L’objectif, c’est d’en faire quelque chose de continu et de pérenne également. »
Francis Verreault-Paul propose de répéter l’exercice tous les ans. La rencontre de lundi s’annonce comme un rendez-vous historique.
La dernière réunion entre des représentants des peuples autochtones et les premiers ministres fédéral, provinciaux et territoriaux remonte à 2005 lors de la conférence de Kelowna organisée par l’ancien premier ministre Paul Martin. Elle avait mené à la conclusion d’un accord qui prévoyait des sommes de 5 milliards sur cinq ans pour améliorer les conditions de vie des communautés. Trois jours plus tard, le gouvernement minoritaire de Paul Martin était renversé et l’accord ne s’est pas concrétisé.
Cette fois, c’est l’accélération des grands projets d’intérêt national et autres projets de développement économique qui retient l’attention. La rapidité avec laquelle le gouvernement de Mark Carney a adopté le projet de loi C-5 et veut faire adopter le projet de loi C-39 suscite beaucoup de mécontentement parmi les chefs autochtones.
Le premier ministre Carney instrumentalise le processus parlementaire et sa majorité pour faire adopter le projet de loi par le Parlement, en passant outre aux droits inhérents, aux droits issus de traités et aux droits constitutionnellement protégés des Premières Nations.
Les assemblées régionales veulent être consultées adéquatement et réclament des discussions constitutionnelles sur le respect de leurs droits ancestraux reconnus par l’article 35 de la Constitution canadienne. Elles souhaitent la création d’une table de concertation nationale avec la Couronne.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE
Francis Verreault-Paul, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador
« Si on n’est pas à la table, on est sur le menu », rappelle le chef Verreault-Paul en reprenant les propos tenus par M. Carney dans son discours coup de poing au Forum économique de Davos. « C’est assurément quelque chose que je vais rappeler à l’ensemble des leaders lundi parce que jusqu’à maintenant, lorsqu’on parle de grands projets économiques de développement, on n’a pas été à la table encore. »
Par exemple, les Premières Nations ont appris les inscriptions à la liste des grands projets d’intérêt national par l’entremise des médias, même si leurs communautés sont parfois directement touchées. Même scénario pour l’agrandissement de la centrale hydroélectrique de Churchill Falls à Terre-Neuve-et-Labrador. Ni Québec ni Ottawa n’avait pris la peine d’en informer l’APNQL avant l’annonce. Le projet aura pourtant un impact majeur sur le territoire de plusieurs Premières Nations.
« Donc, déjà dans le processus, on est quelque part derrière », constate M. Verreault-Paul. « On doit donner la possibilité au moins aux Premières Nations de consentir ou non à ces projets-là. »
Si on arrive dans le milieu d’un processus, c’est comme si on se faisait imposer quelque chose et, à ma connaissance, il n’y a absolument personne qui aime se faire imposer quoi que ce soit.
En invitant les chefs autochtones à la rencontre des premiers ministres du pays, M. Carney voulait leur tendre la main. Il leur a donné carte blanche pour l’élaboration de l’ordre du jour. C’était il y a moins d’un an, en décembre 2025, lors de l’assemblée extraordinaire des chefs de l’Assemblée des Premières Nations (APN) à Ottawa. La conclusion d’une entente de principe entre le gouvernement fédéral et l’Alberta pour la construction d’un oléoduc vers la Colombie-Britannique suscitait alors beaucoup de mécontentement.
Participer « de la bonne façon »
M. Verreault-Paul réclame que les Premières Nations soient consultées dès l’élaboration des projets de développement. « C’est juste de se donner les bons outils dès le départ pour pouvoir ensuite converger vers quelque chose de commun parce que ce n’est pas vrai que notre but est toujours d’être en opposition, loin de là. On veut participer également au projet, mais de la bonne façon. »
Il y aura trois fauteuils vides lors de cette rencontre lundi. Le premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, n’y participera pas. « Trop serré avec la transition », nous a fait savoir son équipe. Il compte rencontrer le chef Francis Verreault-Paul au cours des prochaines semaines.
La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, sera également absente, elle qui avait pourtant promis au lendemain du référendum sur l’avenir de sa province au sein de la fédération lundi dernier de réclamer plus de pouvoirs au gouvernement fédéral, notamment en matière d’immigration. Son porte-parole Ryan Fournier évoque la reprise des travaux parlementaires pour justifier cette absence. Or, l’Assemblée législative ne siège pas avant mardi après-midi. On s’attendait à ce que ses revendications en matière d’immigration s’invitent dans les discussions.
Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, qui était en voie d’être défait lors des élections dans cette province samedi, sera absent lui aussi.
En tout, 28 sièges ont été prévus pour le premier ministre Mark Carney, ses 13 homologues provinciaux et territoriaux, la cheffe nationale de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak, et 13 représentants autochtones, dont les chefs régionaux.
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