L’armée canadienne s’affaire à rattraper son retard dans le secteur des drones
Alors que la guerre menée à l’aide de drones fait rage en Ukraine, le programme de l’armée canadienne visant à acquérir rapidement des drones de base commence tout juste à prendre de l’ampleur.
Et la pression s’intensifie pour que les Forces armées canadiennes accélèrent l’adoption des drones, puisque cette technologie bouleverse la nature de la guerre moderne.
Le lieutenant-colonel Jonathan Penney est un réserviste qui a auparavant travaillé dans le secteur de la fabrication d’équipements de défense et qui coordonne désormais le programme de drones Minerva des Forces armées.
En entrevue, il a expliqué que, bien que l’armée ressente une certaine pression pour accélérer le rythme, elle s’attache à la fois à trouver la combinaison technologique adaptée à ses besoins actuels et à développer l’industrie nationale des drones.
« L’armée est vraiment douée pour s’adapter et évoluer », a-t-il souligné lors de son entretien avec La Presse canadienne.
Approche réfléchie
Au cours des derniers mois, le programme Minerva a lancé une série d’appels d’offres pour toute une gamme de nouveaux drones – allant des drones de surveillance arctiques à faible coût destinés aux Rangers canadiens aux drones terrestres et aériens capables d’assurer le ravitaillement en marchandises.
« Nous cherchons à définir ce qui constitue la “bonne” solution », a expliqué M. Penney.
« Au lieu de nous lancer tête baissée et d’acheter un tas de choses dont nous n’avons pas besoin, nous achetons ce dont nous pouvons nous servir dès aujourd’hui, puis nous laissons le système évoluer afin qu’il s’intègre à la manière dont nous menons nos opérations », a-t-il ajouté.
Le programme Minerva fonctionne différemment d’un processus d’acquisition classique, dans lequel l’armée établit une liste d’exigences.
En lieu et place, Minerva lance ce qu’il appelle des « défis industriels » : des projets en cours qui chargent des entreprises de créer des prototypes destinés à des usages spécifiques. Le personnel de l’armée testera ces prototypes jusqu’à l’été ou l’automne prochain, environ.
L’armée recherche également actuellement un drone de ciblage à faible coût – un observateur aérien permettant aux équipes d’artillerie de frapper des cibles qu’elles ne peuvent pas voir.
M. Penney a rappelé qu’il est plus sûr de s’appuyer sur un drone aérien pour le ciblage plutôt que d’envoyer un soldat sur le terrain muni de jumelles et d’un télémètre laser.
« Si le drone est abattu, il suffira d’en envoyer un autre, a-t-il mentionné. La réduction des risques pour notre personnel est considérable. »
Industrie canadienne
Ce type d’équipement est assez facile à acheter, mais l’un des objectifs du programme Minerva est de développer le secteur national des drones et de veiller à ce que cette technologie puisse être facilement intégrée par les unités militaires canadiennes.
« Est-ce qu’il s’intègre à nos systèmes et est-ce qu’il est produit au Canada ? C’est ce vers quoi nous tendons », a précisé M. Penney.
Au cours des trois à quatre prochains mois, l’armée devrait finaliser une nouvelle liste de drones à concevoir et à acquérir, notamment un drone de franchissement destiné à venir à bout d’obstacles au sol tels que les mines.
L’initiative Minerva a été lancée il y a environ un an dans le but d’étendre rapidement l’utilisation des drones au sein de l’armée, plutôt que de se limiter à en commander auprès des fabricants approuvés par le ministère américain de la Défense.
Le commandant de l’armée canadienne, le lieutenant-général Michael Wright, a dit vouloir « inonder » les forces terrestres de drones.
Cependant, remporter un concours de prototypes de drones n’est pas la même chose que décrocher une importante commande de production militaire.
L’approche par concours de prototypes permet à la Défense nationale de prendre en charge les coûts de recherche et de développement dès le début du processus – ce qui devrait encourager les fabricants de drones à prendre le risque de construire des prototypes sans acheteur garanti. Le concours de drones aériens dans l’Arctique, d’une durée de 15 mois, prévoit, par exemple, une subvention maximale de 500 000 $.
Des consommables
Le lieutenant-général Darcy Molstad a été chargé de superviser l’intégration des drones au sein de l’ensemble des forces armées. Lors d’une entrevue antérieure, il avait fait savoir que l’armée commençait à considérer les systèmes sans pilote davantage comme des munitions que comme du matériel traditionnel ou des véhicules coûteux.
« Nous devons les traiter presque comme des consommables, plutôt que comme des biens que nous devons conserver en stock et dont nous amortissons le coût sur 20 ans, avait-il expliqué. Ces appareils ont tout simplement une durée de vie très courte. »
M. Penney a précisé que cela valait particulièrement pour les drones utilisés par les forces terrestres.
« Du point de vue de l’armée de terre en particulier – qui diffère de celui de l’armée de l’air –, nous considérons ces appareils comme […] des consommables, des objets que nous allons utiliser, et s’ils sont détruits, tant pis, nous en enverrons simplement un autre », a-t-il illustré.
Alors que la Russie met à l’épreuve les alliés de l’OTAN en Europe par des incursions répétées de drones, l’armée canadienne cherche des moyens de contrer cette menace émergente.
Les Forces armées canadiennes ont récemment lancé un appel d’offres distinct pour un système de lutte contre les drones aériens pouvant être déployé dans des installations militaires à travers le pays.
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