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Wednesday, September 30, 2026

Violence conjugale | Un ex-policier séquestre son ex et s’en tire avec la clémence de la cour

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Marion* est terrifiée. Son ex-chum policier l’accuse de le tromper. Il prend son cellulaire, la séquestre dans sa chambre et la « saisit » plusieurs fois. Elle aura une « soirée de calvaire », lui dit-il. Disant avoir « vu noir », l’ex-policier a pu bénéficier mercredi de la clémence du tribunal.

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« Il s’agissait d’un passage à l’acte découlant d’une crise situationnelle et ponctuelle », a relativisé mercredi la juge Julie Beauchesne au palais de justice de Granby.

Alors que la Couronne réclamait une peine de 4 à 6 mois de prison à la maison, la juge a plutôt octroyé à Benoit Migneault une absolution conditionnelle, assortie de 200 heures de travaux communautaires. Sans être exceptionnelle, l’absolution est une sanction très clémente, puisqu’elle permet d’éviter de traîner un casier judiciaire.

« Malgré l’importance de maintenir la confiance du public dans l’administration de la justice, une personne raisonnable et bien informée […] ne serait pas choquée ni indignée par l’octroi d’une absolution », a conclu la juge Beauchesne.

Benoit Migneault a plaidé coupable, le printemps dernier, à des accusations de séquestration et de harcèlement criminel. Policier pendant 15 ans, l’homme de 38 ans a perdu son emploi au Service de police de Granby. Il est maintenant gestionnaire en assurances chez SunLife.

Comme il allait perdre son nouvel emploi en cas de peine de détention, la juge a conclu que l’absolution était dans son « intérêt véritable », l’un des critères pour accorder l’absolution.

De propos « inquiétants »

Hiver 2025, Benoit Migneault et sa copine sont en processus de séparation. Le policier à la stature imposante débarque chez Marion et l’accuse de le tromper. Il lui prend son téléphone et réclame le code pour le déverrouiller. Il « l’amène » dans sa chambre, puis se place devant la porte pour l’empêcher de sortir.

Marion est prise au piège. Elle tente de partir, mais Migneault lui bloque le passage ou « la restreint physiquement », selon la trame factuelle présentée en cour. On évoque aussi que Migneault la « saisit » à plusieurs occasions, sans donner plus de précisions. Marion ne peut même pas aller à la salle de bain.

La femme enregistre alors le policier à son insu grâce à sa montre intelligente. Un enregistrement de 49 minutes où Migneault tient des propos menaçants. « Le Tribunal a eu la chance de l’écouter. C’est inquiétant », a résumé la juge.

En pleurs, Marion tente d’alerter ses voisins en déclenchant l’alarme de son véhicule. Elle dit à Migneault qu’elle ne se sent pas bien et qu’il lui fait mal. Au bout d’une heure, elle réussit à prendre la fuite. Dans sa voiture, elle appelle le 911, alors que Migneault la pourchasse. Le policier sera arrêté en se présentant à son quart de travail.

À son arrestation, il présente la victime comme une « menteuse ». Des propos « inacceptables » selon la juge. Il cherche même à influencer le processus judiciaire en mentionnant avoir lui aussi porté plainte contre Marion (une plainte croisée), dénonce la juge.

« Cet individu a perdu le contrôle [ce soir-là]. Sans droit, il a utilisé sa force physique et sa stature pour priver une femme de sa liberté en la séquestrant et en la harcelant », a affirmé la juge.

« La violence conjugale est un fléau social. […] Le Tribunal doit qualifier le caractère inacceptable de ce comportement. Une personne devrait pouvoir mettre fin à sa relation sans crainte pour sa sécurité », a-t-elle poursuivi.

Une relation « toxique »

Pour Marion, les conséquences sont bien réelles. Elle souffre d’hypervigilance et de crises de panique et présente des symptômes de choc post-traumatiques. Elle a dû mal à faire confiance aux hommes et aux policiers. Elle demeure préoccupée pour sa sécurité.

Dans un rapport, une criminologue affirme que l’accusé et la victime « évoluaient dans une relation toxique ». À ses yeux, les gestes de Migneault font partie d’un « évènement isolé survenu dans un contexte particulier ». Son niveau de dangerosité est faible, conclut cette criminologue.

À la dernière audience, Benoit Migneault a raconté qu’il avait réalisé son « rêve » en devenant policier. Il a dit que ces gestes « ne lui ressemblaient pas ». Selon lui, il a « vu noir » le soir des évènements. Il s’implique maintenant dans une ressource d’aide pour hommes.

Le fait que le délinquant était policier n’a pas constitué un facteur aggravant aux yeux de la juge.

Me Sabrina Labrie a représenté le ministère public, alors que Genesis R. Diaz a défendu le délinquant.

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