Des indépendantistes albertains se réunissent à Edmonton, à deux jours du référendum
Quelques milliers de personnes ont bravé le vent glacial qui s’abattait sur Edmonton, samedi après-midi, pour assister au dernier rassemblement des forces indépendantistes albertaines à 48 heures du référendum.
L’organisation Let Alberta Decide avait initialement prévu l’événement à 15 h, heure locale, mais les vents soufflant de 30 à 60 kilomètres à l’heure dans la région ont amené les organisateurs à reporter l’heure de début à 16 h.
Ce retard n’a tout de même pas refroidi les ardeurs des nombreux militants sur place, dont certains ont fait la route des quatre coins de la province pour assister au rassemblement. Plusieurs y avaient amené leur drapeau de l’Alberta, et certains ont même improvisé un drapeau de l’hypothétique république albertaine.
Les organisateurs affirment qu’une dizaine d’autobus ont d’ailleurs été mobilisés pour transporter des partisans de l’extérieur de la région d’Edmonton.
« Nous avons eu trop de tyrannie de la part de l’Est, et nous avons besoin de plus d’autonomie en Alberta que ce que nous obtenons », a déclaré Carl, un sympathisant qui est monté à bord de l’un des autobus provenant de Red Deer, une ville située à un peu moins de deux heures de route, au sud de la capitale albertaine.
Carl reproche notamment à Ottawa d’empêcher l’Alberta de se développer à la hauteur de son potentiel économique.
« Nous voulons tout simplement avoir le droit de travailler fort. Actuellement, on rit de nous parce qu’on valorise le travail et qu’on développe nos ressources », a lancé à la foule Adam Derge, un baladodiffuseur bien connu dans les milieux indépendantistes, sous un tonnerre d’applaudissements.
Des revendications disparates
Lorsqu’ils ont été questionnés sur les raisons pour lesquelles ils appuient le mouvement, les différents intervenants rencontrés par Le Devoir en ont énuméré plusieurs.
Certains rêvent de l’indépendance de l’Alberta pure et dure, à l’image de Roland, d’Edmonton, pour qui un État géré par des « locaux » ne peut qu’être bénéfique.
« Ce pays ne sera pas géré par des gens à 3000 milles de chez nous, et nous n’enverrons pas 30 milliards de dollars au fédéral pour se faire blanchir, gaspiller et tout le reste », a-t-il argué.
Ayant fait la route depuis Fairview, à cinq heures de route au nord d’Edmonton, Shawn fait quant à lui partie de ceux qui appuient le mouvement principalement pour envoyer un message aux dirigeants fédéraux à Ottawa.
« Que vous ayez fait la route de Montréal pour venir ici entendre nos revendications est déjà une victoire pour moi », philosophe Shawn.
« Je suis souverainiste et non pas indépendantiste. La nuance est très importante », lance pour sa part Benoît Trudeau, un Québécois établi en Alberta depuis 20 ans et membre fondateur de l’ADQ. Il a jadis été candidat pour l’ADQ, avant de déménager dans l’Ouest.
« Les gens ici ne comprennent pas encore l’étendue des pouvoirs qu’ils peuvent aller chercher au sein de la fédération », clame-t-il, en nommant notamment la capacité du Québec de percevoir ses propres impôts et d’avoir son propre corps de police.
Rencontré à quelques jours de l’événement, l’une des figures de proue du mouvement indépendantiste, le blogueur et auteur Cory Morgan, a exprimé sa déception par rapport à l’absence de ligne directrice claire au sein du mouvement.
« Nous demandons aux gens de voter sur quelque chose, et quand vous entendez des voix différentes parlant au nom de factions au sein du mouvement qui disent “Je veux faire ça ou ça”, je pense que ça dissuade les gens de voter pour l’indépendance », se désole celui qui rêve d’une république albertaine depuis plus de 30 ans.
Des attentes modestes
Très peu de gens rencontrés sur place croient réellement aux chances de l’emporter de l’option indépendantiste.
Ne se berçant pas d’illusions, Cory Morgan prédit plutôt que son option récoltera entre 25 et 30 % des voix lundi soir.
« Ça voudrait quand même dire que le quart de cette province voudrait quitter le pays, ça enverrait un puissant signal à Ottawa », croit-il.
Les derniers sondages donnent un peu plus de 20 % à l’option indépendantiste, contre près de 70 % pour l’option fédéraliste.
Les résultats préliminaires de la question 10 sur l’indépendance seront connus au courant de la matinée de mardi. Pour les questions 1 à 9, portant sur l’immigration et la constitution, les résultats pourraient se faire attendre jusqu’à 48 heures, selon Élections Alberta.
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