Dépistage du cancer du sein | Pensez à la vie de ces femmes

Comment expliquer que le Québec n’offre toujours pas de dépistage systématique du cancer du sein aux femmes de 45 à 49 ans ?
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Comment expliquer qu’il demeure la seule province qui exige de ces femmes une ordonnance médicale pour accéder à un dépistage aussi vital ?
Comment expliquer cette étrange exception québécoise alors que l’incidence du cancer du sein au Québec est plus élevée que la moyenne canadienne et devrait logiquement mener à plus de dépistage ?
Un an après que l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux a recommandé d’intégrer graduellement les Québécoises de 45 à 49 ans dans le Programme québécois de dépistage du cancer du sein, Québec boude toujours cette recommandation, nous rappelait récemment ma collègue Marie-Eve Cousineau. Un manque d’empressement d’autant plus inexplicable que l’on constate ces dernières années une hausse significative du cancer du sein chez les femmes de 40 à 49 ans1.
Tout ça est non seulement « inacceptable », mais aussi « gênant », martèle le Dr Grégoire Bernèche, président de l’Association des radiologistes du Québec.
Car le dépistage précoce peut faire toute la différence dans la vie de ces femmes. Lorsqu’un cancer du sein est détecté au stade 1, le taux de survie de la patiente après cinq ans est pratiquement de 100 %. En revanche, si ce même cancer est détecté au stade 4, le taux de survie tombe à 23 %. La proportion des patientes dont le cancer a été diagnostiqué au stade 1 et qui ont une récidive et en meurent est très faible.
PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE
Le Dr Grégoire Bernèche, président de l’Association des radiologistes du Québec
« Le dépistage, combiné aux traitements applicables à un stade limité de la maladie, donne des résultats nettement supérieurs pour assurer la survie à ceux des traitements administrés lorsque la maladie est en stade métastatique, et ce, malgré les avancées pour traiter le cancer du sein », explique le Dr Denis Soulières, hématologue et oncologue médical et porte-parole médical et scientifique de la Société canadienne du cancer.
Survie nette à cinq ans pour les femmes atteintes d’un cancer du sein
- Stade 1 : 100 %
- Stade 2 : 92 %
- Stade 3 : 74 %
- Stade 4 : 23 %
Source : Société canadienne du cancer
Le refus de Québec d’inclure immédiatement les femmes de moins de 50 ans dans son programme de dépistage est quelque peu absurde, me dit Émilie Delorme, 45 ans, qui poursuit un marathon de traitements après avoir reçu l’an dernier un diagnostic de cancer du sein triple négatif de stade 2.
« Ce n’est pas comme s’il n’y en avait pas de cancers avant 50 ans ! »
Le 20 août 2025, en se lavant, l’enseignante et mère de famille a senti une petite bosse à la surface de son sein gauche, de la grosseur d’une tomate cerise. Elle n’avait aucune douleur. Pas d’antécédents familiaux de cancer du sein, non plus. Mais elle n’a pris aucun risque et a consulté aussitôt son médecin.
Après une mammographie, une échographie et une biopsie, le diagnostic est tombé le 21 octobre 2025, quatre jours avant ses 45 ans. S’en est suivie une ronde de traitements, dont de la chimio, une mastectomie partielle, de la radiothérapie et de l’immunothérapie.
D’une certaine façon, Émilie, qui a bien répondu à ses traitements, a eu de la chance dans sa malchance, notamment parce qu’elle a eu un accès rapide à un médecin qui lui a tout de suite prescrit une mammographie. « Je connais des femmes qui, même après avoir senti une bosse ou quelque chose de différent dans un sein, se sont fait automatiquement dire non parce qu’elles n’avaient pas l’âge requis pour le dépistage. »
En ce moment, le Programme québécois de dépistage du cancer du sein est réservé aux femmes de 50 à 74 ans. Les femmes de moins de 50 ans désirant obtenir une mammographie doivent obtenir une ordonnance auprès d’un médecin ou d’une infirmière praticienne spécialisée.
Si le programme de dépistage incluait d’emblée les femmes dans la quarantaine, on aurait fort probablement pu détecter le cancer d’Émilie et bien d’autres dès le stade 1, améliorer le pronostic et offrir des traitements moins lourds et moins coûteux.
« Quand c’est rendu une masse palpable, souvent, il n’est pas trop tard. Mais il est souvent plus tard que lors d’une mammographie de dépistage faite dans une situation où on est asymptomatique, on ne sent pas de bosse ou rien d’autre. C’est vraiment ce qui est important : détecter le cancer avant même qu’il puisse être senti », rappelle le Dr Bernèche.
Au nouveau (ou à la nouvelle) ministre de la Santé et des Services sociaux qui sera nommé le 21 octobre, un an jour pour jour après qu’Émilie a eu son diagnostic, la mère de famille lance un cri du cœur.
« Plutôt que de penser d’un strict point de vue financier, pensez à la vie de ces femmes dont la santé dépend d’une mammographie. »
Elle aimerait aussi que l’on pense à la vie de leurs enfants, souvent pas encore adultes, qui doivent composer avec les impacts d’un diagnostic tardif.
Au-delà du nécessaire élargissement du programme de dépistage réclamé pour le cancer du sein, il faut espérer que le nouveau gouvernement reconnaisse que le cancer est l’enjeu de santé publique le plus important au Québec, estime le Dr Soulières.
Ça ne veut pas dire que d’autres enjeux, comme l’itinérance, n’ont pas d’importance. « Mais la maladie qui a le plus d’impact au Québec en termes de mortalité et de morbidité, c’est le cancer. Ce sont deux personnes sur cinq qui, au cours de leur vie, vont avoir un diagnostic de cancer et 25 % qui vont en décéder. C’est LA priorité. Et pourtant, ça ne paraît pas dans les orientations du Ministère depuis plusieurs années. »
Souhaitons donc que cette priorité soit réellement prioritaire.
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