Cancer du sein : la présidente de l’Inca démêle le vrai du faux

ENTRETIEN. Médecin oncologue et chercheuse, la Dr Suzette Delaloge est spécialiste du cancer du sein et de la prévention des cancers. Formée en France et au Canada, elle a dirigé le groupe de cancérologie mammaire de Gustave Roussy de 2004 à 2021, avant de prendre la tête du programme de prévention personnalisée « Interception » jusqu’en 2026.
Nommée présidente de l’Institut national du cancer (INCa) en juillet 2026, elle revient, dans cet entretien, sur plusieurs idées reçues et fausses informations autour du cancer du sein, du port du soutien-gorge aux sels d’aluminium dans les déodorants, en passant par le jeûne et la consommation de sucre.
Le cancer du sein est le plus fréquent et le plus mortel chez les femmes en France, avec 61.000 nouveaux cas diagnostiqués et plus de 12.000 décès chaque année.
AFP : Les mammographies sont-elles plus dangereuses que bénéfiques ?
Dr Suzette Delaloge : Les données actuelles montrent que si on fait une mammographie tous les deux ans pendant une quinzaine d'années (avec le dépistage organisé de 50 à 74 ans ndlr), il existe un tout petit risque de cancer du sein qui serait lié à l'exposition aux rayons, de l'ordre d'une femme sur dix mille.
Mais ce risque est infiniment inférieur aux bénéfices, puisque la mammographie va diminuer de 20% le risque de mourir d'un cancer du sein.
Porter un soutien-gorge favorise-t-il l'apparition d'un cancer du sein ?
Non. C'est une idée qui a été partagée dans des médias il y a pas mal d'années, mais de nombreuses études ont montré le contraire. Il n'est pas dangereux de porter un soutien-gorge, quel que soit le type.
Les sels d'aluminium contenus dans les déodorants causent-ils des cancers ?
Nous avions des données biologiques qui montraient qu'il y avait des dépôts d'aluminium à l'intérieur des tumeurs du sein. Beaucoup d'études ont donc été menées depuis quinze ans et n'ont jamais montré une augmentation réelle du risque de cancer du sein avec les déodorants qui contiennent des sels d'aluminium. Néanmoins, la plupart des fabricants ont retiré l'alumine, par précaution, des déodorants.
"Le jeûne ne traite pas le cancer et arrêter le sucre non plus"
Faut-il jeûner et arrêter de manger du sucre quand on a un cancer ?
Le jeûne ne traite pas le cancer et arrêter le sucre non plus. On sait qu'une alimentation très grasse et surtout très sucrée est une alimentation potentiellement favorable à la survenue d'un cancer. Mais une fois qu'on a un cancer, s'affamer ne sert à rien.
Et si un patient suit un jeûne, il faut faire très attention et il faut absolument que ce soit encadré médicalement. Le risque, c'est la dénutrition, qui concerne 30% des patients atteints de cancer. C'est quelque chose que l'on combat car un patient dénutri va avoir davantage d'effets secondaires des traitements et un système immunitaire moins efficace pour tuer les cellules cancéreuses.
La chimiothérapie peut-elle tuer des patients ?
La chimiothérapie reste un traitement essentiel dans certains cancers. Quand on la propose, c'est qu'il y a vraiment un bénéfice très important.
Malheureusement, tout médicament a des risques d'effets secondaires. Chez des personnes particulièrement fragiles, certaines chimiothérapies peuvent avoir des effets secondaires létaux. Cela va représenter un peu moins de 1% des personnes avec des cancers très graves. Mais c'est quelque chose d'absolument exceptionnel.
"Les fake news, elles sont un peu partout, alors il faut rester prudent"
Dans quels cas une personne atteinte d'un cancer doit-elle se méfier ?
Les personnes qui ont un cancer se trouvent dans une situation de vulnérabilité et énormément de personnes profitent de cette situation, notamment avec des approches commerciales. Les fake news sont un peu partout, alors il faut rester prudent. Même les vitamines peuvent être dangereuses parce qu'elles peuvent s'opposer à l'action des traitements.
Il ne faut pas avoir peur de dire qu'il y a un certain nombre de soins de support qui aident beaucoup. Si c'est anodin, pas dangereux, qu'il n'y a pas de bon niveau de preuve, ce n'est pas grave. Par contre, pour certains, on sait que ça ne sert à rien, que ça va coûter de l'argent, que ça peut donner des effets secondaires en soi et plutôt aggraver la situation. Il faut vraiment ne pas oublier de discuter avec les professionnels de santé, ils sont là pour ça.
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