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Friday, November 6, 2026

Avenir de la langue française au Québec | La montée du déclin

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« Est-ce que l’immigration a un impact sur le déclin du français ? »

Publié à

C’est l’une des questions que pose Simon Coutu dans le troublant documentaire De souche portant sur la théorie du « grand remplacement ».

Quelque 15 % des Québécois adhèrent à cette théorie d’extrême droite selon laquelle il existe un plan secret des élites multiculturalistes pour que la population « de souche » soit « remplacée » par une population immigrée⁠1.

Bien que l’adhésion soit plus élevée ailleurs au Canada, le phénomène n’en demeure pas moins inquiétant. Car comme l’explique David Morin, titulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents, cette théorie raciste est un outil de radicalité politique.

Au Québec, si aucun parti politique ne promeut la théorie du « grand remplacement » comme on le fait en France, le déplacement vers la droite de la fameuse « fenêtre d’Overton2 » fait en sorte qu’il est devenu acceptable d’associer dans le débat public l’immigration au déclin du français et à une menace existentielle.

Or, comme le précise le démographe Victor Piché dans De souche, ce n’est pas le français qui décline, mais bien la population québécoise d’origine française. La nuance est importante.

Ce déclin démographique s’explique par un indice de fécondité qui, depuis plus de 50 ans au Québec, est sous le seuil de 2,1 enfants par femme – le seuil requis pour qu’une population puisse se renouveler. L’indice actuel est de 1,36. Il serait illusoire de penser que des politiques natalistes qui n’ont jamais fonctionné pourraient tout à coup renverser la tendance.

« La seule façon de sauver le français au Québec, c’est en francisant les immigrants. Ça, c’est un succès », estime le démographe.

Étrangement, en dépit de ce succès incarné notamment par les enfants de la loi 101 ou par une autrice comme Kim Thúy, l’idée d’un déclin du français s’est imposée ces dernières années comme une évidence dans le débat public.

« Déclin » était (après « immigration » et « bureaucratie ») l’un des trois mots préférés du chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon dans les mois qui ont précédé les élections, selon une compilation du Prof. Datagotchi, du Centre d’analyse des politiques publiques (CAPP) de l’Université Laval⁠3. Dans son Livre bleu et dans son plan en immigration, le Parti québécois (PQ) évoque le déclin une quarantaine de fois en tout, le plus souvent en l’associant à l’immigration.

Le PQ suit en ce sens la voie tracée par le gouvernement Legault. Sous le gouvernement caquiste, l’expression « déclin du français » a d’ailleurs connu une ascension spectaculaire. L’effervescence médiatique et politique autour de cet enjeu témoigne d’une « panique morale », estime le démographe Richard Marcoux, professeur à l’Université Laval qui a cosigné une étude sur le sujet⁠4.

La vision faisant de l’immigration la principale responsable du déclin du français s’appuie sur des indicateurs démolinguistiques qui, souligne le démographe, trahissent une idéologie. Une idéologie qui reconnaît uniquement comme francophone la personne dont le français est la langue maternelle ou qui n’utilise que cette langue à la maison. Cette définition étroite exclut un nombre important de francophones issus de l’immigration.

En faisant une analyse des médias francophones au pays entre 2017 et 2023, les chercheurs ont constaté un point de bascule dans l’utilisation de l’expression « déclin du français » en 2020. On a alors recensé une hausse fulgurante du recours à cette notion. La hausse s’est accentuée dans les deux années suivantes pour connaître son apogée en 2022, année qui a été marquée par la création du nouveau ministère de la Langue française et la campagne électorale menant à la réélection de la CAQ.

« Avant 2019, on ne parlait presque jamais de déclin, mais plutôt de la protection de la langue française ou du français comme langue commune et publique », rappelle Richard Marcoux.

De Gérald Godin à Jean-François Roberge, on constate une rupture radicale. Alors que le gouvernement Lévesque avait compris que l’avenir du français passe par un dialogue avec les immigrants et leurs descendants, le gouvernement Legault a transformé l’immigrant en bouc émissaire.

Paradoxalement, ce discours a gagné en popularité alors même que la proportion de francophones parmi les immigrants n’avait jamais été aussi élevée. L’année dernière, la part des nouveaux immigrants connaissant le français a atteint un sommet de 83 %5.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

C’était loin d’être le cas au tournant des années 1980, à l’époque de Jacques Couture et Gérald Godin. « On accueillait des Grecs, des Portugais, des Italiens, ou les boat people en 1979-1980 qui étaient loin d’être francophones, mais qui se sont très bien intégrés à la société québécoise », rappelle le démographe.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

« Il y a un contraste incroyable entre le discours alarmiste et les données réelles », constate-t-il.

Même en tenant compte de la hausse importante de l’immigration temporaire qui a créé un certain chaos avant la pandémie, la vision alarmiste n’est pas justifiée, croit Richard Marcoux.

Il y a des glissements qui s’opèrent tranquillement dans le discours. On associe « immigrants » à « non francophones », alors que c’est faux. On associe à nouveau maintenant « résidents non permanents » à « non francophones », ce qui est faux également.

Richard Marcoux, démographe

Parmi ces résidents non permanents, on compte un grand contingent de Français et de nombreux étudiants et travailleurs francophones qui n’ont plus accès à la voie rapide vers la résidence permanente du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Auparavant, le Québec les courtisait. Sous la CAQ, le discours a complètement changé. Repris aujourd’hui par le PQ, il sert à justifier une baisse radicale des seuils qui oblige d’excellents candidats, dont de nombreux orphelins du PEQ, à plier bagage, alors qu’ils étudient et travaillent en français.

Dans un contexte nord-américain où l’anglais domine, le français au Québec sera toujours fragile. En refusant de céder aux discours déclinistes, il ne s’agit pas de le nier, de mettre des lunettes roses, ni d’oublier que la survie d’une langue minoritaire impose son lot de défis, précise le démographe. Il s’agit davantage de veiller à avoir un débat nuancé qui s’éloigne de toute vision simpliste.

1. Consultez le rapport de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents 2. Lisez la chronique « La fenêtre d’Over… qui ? » 3. Consultez la compilation du Centre d’analyse des politiques publiques

4. « L’émergence de l’expression “déclin du français” au Québec. Un cas de panique morale » de Steven Therrien et Richard Marcoux, Recherches sociographiques, vol. LXVI, no 1, 2025.

5. Consultez le bilan démographique du Québec 2026

De souche, en ligne sur toutes les plateformes de Télé-Québec. À la télé, le 9 novembre, à 20 h.

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