Comment se déroulent les élections générales au Brésil: un système complexe mais une démocratie solide

Quelque 158 millions de Brésiliens sont appelés aux urnes le dimanche 4 octobre 2026 pour des élections générales, déterminant la composition des principales fonctions de l'État pour les années à venir, notamment le président, mais aussi les législateurs et gouverneurs. Quelque quarante ans après le retour de la démocratie dans le pays, le Brésil a établi un système électoral solide mais parfois complexe. Ce qui l'a fait devenir une des plus grandes démocraties au monde.
Sur ses 214 millions d’habitants, près de 158 millions d’électeurs sont appelés aux urnes le dimanche 4 octobre pour le premier tour des élections générales. Le Brésil est une République fédérative composée de 26 États fédéraux mais aussi du District fédéral – une 27e région au statut particulier qui abrite Brasilia, la capitale du pays.
Les Brésiliens voteront donc pour élire des représentants à deux niveaux différents : au niveau national (officiellement appelé fédéral) et au niveau régional. Chaque électeur doit choisir un total de six noms : un député fédéral, un député régional, deux sénateurs, un gouverneur et un président de la République. Si aucun des candidats aux postes de président et de gouverneur d’un État n'obtient plus de la moitié des suffrages valides, un deuxième tour est alors organisé. Celui-ci est prévu le dimanche 25 octobre.
Le niveau national : présidentielle et législatives
Au niveau national, les Brésiliens doivent avant tout choisir le président et le vice-président. La fonction suprême dans ce pays à régime présidentialiste concentre à la fois les postes de chef de l’État et chef du gouvernement national. À la différence de pays comme la France, le poste de Premier ministre n’existe pas, aucune cohabitation n’est possible et la composition du Parlement n’a pas forcément d’incidence sur la composition de l’exécutif. Le Parlement peut toutefois bloquer les projets de loi présentés par le gouvernement. Le président est élu pour un mandat de quatre ans, renouvelable une seule fois à la suite.
Alors que 13 candidats briguent le poste, la campagne présidentielle se polarise autour de deux favoris : l’icône de gauche Luiz Inacio Lula da Silva et Flavio Bolsonaro, fils de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Après avoir dirigé le pays de 2003 à 2010, Lula est revenu au pouvoir en 2023 et brigue désormais un quatrième mandat. Le sénateur Flavio Bolsonaro, lui, tente de prendre la revanche au nom de son père : battu à la présidentielle en 2022 par Luiz Inacio Lula da Silva, Jair Bolsonaro a ensuite voulu garder le pouvoir via une tentative de putsch qui lui a valu une condamnation en septembre 2025 à 27 ans de prison ferme.
Comme lors de l'élection 2022, le vote s’annonce très serré : selon les derniers sondages réalisés le 17 septembre par le très sérieux Datafolha, Lula est crédité de 39 % des intentions de vote au premier tour, quand son rival d’extrême droite Flavio Bolsonaro pourrait avoir 36 %. Au second tour, les scores seraient respectivement de 46 % et 44 %. Et cela avec une marge d’erreur de deux points, ce qui pourrait changer l’issue du vote. Les autres candidats – notamment Augusto Cury, Ronaldo Caiado et Romeu Zema – ne dépassent pas la barre des 6 %.
Les deux tiers des 81 sièges du Sénat sont également soumis au vote cette année : le 4 octobre, chaque électeur doit choisir deux candidats. Ceux ayant recueilli les meilleurs scores dans chacune des 27 régions intégreront alors la Chambre haute du Parlement - soit un total de 54 sénateurs, dont le mandat dure huit ans. Les 27 sièges restants, soit un par région, ne sont soumis au vote qu’en 2028, en même temps que les élections municipales.
Chaque électeur vote également pour un candidat à la députation fédérale, dans un mode de scrutin complexe. Contrairement à la présidentielle, aux sénatoriales et à l’élection des gouverneurs, il ne suffit pas d’être parmi les candidats recueillant les meilleurs scores pour devenir l’un des 513 membres de l’Assemblée législative à Brasilia. Les députés accèdent à cette dernière via un vote à la proportionnelle, dans lequel sont pris en compte les suffrages obtenus par les candidats et ceux attribués directement aux partis.
Chaque électeur peut voter pour un candidat à la députation ou simplement voter pour son parti préféré. Ces résultats déterminent alors le nombre de sièges attribués à chaque parti, qui identifient ensuite les candidats qui les occuperont. Ainsi, un candidat très populaire peut ne pas accéder à la fonction, tandis qu'un autre, ayant obtenu moins de voix, peut obtenir un siège, puisque le résultat global dépend des résultats électoraux du parti.
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Niveau régional : gouverneurs et législateurs
Les électeurs sont également appelés à choisir des représentants au niveau régional, notamment le gouverneur de chaque État et du District fédéral. À la tête de l’exécutif régional, les gouverneurs ont des prérogatives relativement larges, allant de l’éducation à la fiscalité.
Leur élection suit le même modèle simple que la présidentielle : pour être élu au premier tour, tout candidat doit obtenir plus de la moitié des voix exprimées. À défaut, les deux candidats ayant obtenu le plus grand nombre de votes s’affrontent lors d’un second tour. Tout comme avec le président, le mandat du gouverneur dure quatre ans et peut être renouvelé une seule fois à la suite.
Les électeurs élisent également les membres des chambres législatives régionales : les députés régionaux adoptent des lois locales, surveillent l’exécutif de chaque région et leur nombre varie selon chaque État. Le Brésil compte un total de 1 035 députés régionaux, en plus des 24 députés du District fédéral, et leur élection suit le même modèle complexe que celui des députés fédéraux.
Un vote électronique et obligatoire
Depuis la première Constitution brésilienne, en 1824, le vote est obligatoire pour tous les Brésiliens alphabétisés âgés de 18 à 70 ans. En cas d’absence non justifiée lors du scrutin, les électeurs fautifs ne peuvent ni obtenir un passeport, ni accéder à une fonction publique, ni suivre des cours dans un établissement scolaire. Pour régulariser leur situation, ils doivent alors acquitter une amende.
Le vote au Brésil est très majoritairement électronique. Pensées dès 1932, mais adoptées pour la première fois en 1996, les machines à voter ont remplacé le vote en papier dans presque tout le pays dès l'an 2000. Grâce à un système très avancé de vérifications multiples, elles ont permis d’éradiquer de nombreuses fraudes largement répandues jusque-là.
Avant et après chaque élection, les autorités électorales communiquent notamment sur les résultats d’audits réalisés. La justice organise également des « tests publics de sécurité » durant l’année précédant chaque scrutin : des professionnels informatiques et des hackeurs sont invités à « pirater » le système électoral et les machines, puis à tenter d’altérer les résultats ou simplement de violer le secret du vote. Pour l'heure, aucune de ces tentatives ne semble avoir été fructueuse ni révélé des failles de sécurité, indiquent les autorités.
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Les infox de l'extrême droite sur les machines à voter
Malgré cette transparence, le vote électronique est régulièrement la cible de campagnes de désinformation depuis une dizaine d’années, notamment par l’extrême droite. Alors qu’il était encore président, Jair Bolsonaro est devenu l’un de ses détracteurs les plus féroces, affirmant que le système ferait régulièrement l’objet de fraudes : il n’a jamais présenté une seule preuve de ses allégations.
Ses critiques se sont intensifiées autour de la présidentielle de 2022, qu’il a perdue face à Luiz Inacio Lula da Silva. Selon les autorités fédérales, Jair Bolsonaro a été personnellement à l’origine d’une campagne de désinformation, faisant circuler des accusations de fraude non fondées, des interprétations erronées des bulletins de vote et des informations mensongères sur le dépouillement des suffrages. Ses tentatives ont alors poussé la justice brésilienne à adopter une série de mesures très contraignantes contre la désinformation, devenues modèles pour d'autres pays.
Parmi d’autres fausses informations, des partisans de l’extrême droite affirment notamment que les seuls pays à utiliser des machines à voter, à part le Brésil, seraient le Venezuela et Cuba, deux pays autocratiques. Cependant, selon une étude de l'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale (IDEA), au moins 34 pays utilisent ou ont déjà utilisé un système de vote électronique dans le cadre de scrutins officiels, rapporte le quotidien Folha de São Paulo. Parmi ceux-là figurent notamment l’Argentine, la Belgique, le Bangladesh, la Corée du Sud, les États-Unis, et la France, par exemple. Cuba, en revanche, ne figure pas dans la liste.
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