« Aucune raison scientifique de retarder » la preuve : des mathématiciens s’agacent de l’attitude d’OpenAI sur un résultat de physique crucial
L’AGMAI, un groupe de neuf mathématiciens, demande à OpenAI de publier « sans délai » les preuves sur la théorie de Yang-Mills que l’entreprise a annoncées ce lundi 26 octobre 2026. OpenAI avait elle-même contacté une partie de ces chercheurs pour la conseiller.
Il y a la communication d’OpenAI. Et puis il y a la façon dont la communauté scientifique accueille tout cela. Or, le moins que l’on puisse dire, en lisant le communiqué de l’Advisory Group on Mathematics and Artificial Intelligence (AGMAI), c’est que les toutes dernières annonces de l’entreprise américaine spécialisée en IA font encore parler.
Rappel des faits : OpenAI a présenté ce lundi 26 octobre trois résultats de tout premier plan en mathématiques, en informatique et en physique.
Le résultat en physique fait réagir l’AGMAI. OpenAI avait approché certains de ses membres pour monter un comité consultatif externe. En accord avec l’entreprise, ils ont préféré créer un groupe indépendant et bénévole, qui conseille toutes les entreprises d’IA sur la publication de résultats mathématiques.
En l’espèce, un modèle interne d’IA aurait prouvé l’existence mathématique de la théorie de Yang-Mills en quatre dimensions. L’IA d’OpenAI aurait aussi prouvé celle de la chromodynamique quantique, c’est-à-dire la théorie de la force qui lie les quarks entre eux, au cœur des atomes. Sauf que personne n’a pu lire ses preuves, hormis cinq physiciens choisis par OpenAI et menés par David Gross, prix Nobel de physique 2004.
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Aucune raison scientifique de retarder cette publication
Cela pose cependant un gros problème à l’AGMAI, qui est un collectif de neuf mathématiciens rattaché à l’Institute for Advanced Study de Princeton. Leur justification ? Les découvertes liées à Yang-Mills ont de toute évidence des implications considérables en mathématiques. Dès lors, l’AGMAI juge qu’il faut partager cela avec la communauté.
OpenAI date sa preuve de Yang-Mills au 9 septembre. Le groupe dit avoir attendu la fin de sa traduction en Lean, un logiciel qui vérifie étape par étape une démonstration. Ce travail s’est terminé le 16 octobre. Aux yeux de ce comité, les choses sont donc claires : si la vérification est finie, il n’y a plus « aucune raison scientifique » de retarder la publication.
« Nous appelons OpenAI à rendre publiques sans délai ses productions en langage naturel et en Lean qui sous-tendent l’annonce de ses preuves d’existence pour la théorie de Yang-Mills, la chromodynamique quantique et une complétion du modèle standard », lit-on dans le communiqué publié ce lundi 26 octobre.
« Nous appelons OpenAI à rendre publiques sans délai ses productions »
AGMAI
« Bien qu’il s’agisse de questions centrales en physique, note l’AGMAI, ce sont également des questions majeures en mathématiques. L’existence de [cette théorie] fait partie d’un des problèmes du millénaire, et la construction de théories quantiques des champs en interaction à quatre dimensions est un objectif de la physique mathématique depuis des décennies. »
L’appel de l’AGMAI est d’autant plus fort que dans le même temps, OpenAI a pourtant mis en ligne le texte et le code Lean d’un autre résultat annoncé le même jour : celui de la réfutation de l’hypothèse du temps exponentiel, décrit comme étant « peut-être la plus grande surprise » depuis 20 ans dans ce domaine, selon un chercheur en IA d’OpenAI.
« La connaissance doit se développer au grand jour, chacun disposant du même niveau d’accès. OpenAI a déclaré avoir retardé la publication jusqu’à ce que la formalisation en Lean soit terminée. Selon leurs propres dires, c’est désormais chose faite ; il n’y a donc aucune raison scientifique de retarder davantage cette publication », ajoute l’AGMAI.

Des pratiques contestées et un résultat qui ne règle pas tout
Comme le pointe Scientific American, confier la preuve à des experts choisis par l’entreprise va contre une note que l’AGMAI a publiée la veille, le 25 octobre. Ce texte déconseille aux firmes d’IA de choisir les chercheurs qui voient les résultats en premier. Début octobre, un autre collectif, l’Association for Human Mathematics, appelait déjà à cesser toute collaboration avec OpenAI.
Même publiée, cette preuve ne suffirait pas à résoudre le problème du millénaire sur Yang-Mills. L’Institut de mathématiques Clay a posé ce problème en 2000, avec six autres grandes questions mathématiques, chacune dotée d’un million de dollars (environ 860 000 euros). Son énoncé demande aussi de démontrer l’existence d’un « écart de masse », c’est-à-dire une masse minimale strictement positive pour les particules de la théorie. OpenAI ne revendique pas cette partie.
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