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Thursday, October 22, 2026

Environnement | Montréal veut cesser d’utiliser l’eau potable pour laver les rues

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La Ville de Montréal, qui utilise encore de l’eau potable pour nettoyer ses rues et arroser ses aménagements paysagers, testera d’autres sources d’eau dès l’an prochain. Une mesure déjà en vigueur dans plusieurs municipalités, mais parfois complexe à implanter, a constaté La Presse.

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Lorsque Montréal a sonné l’alarme à la fin mai, priant 1,3 million de citoyens de réduire leur consommation d’eau en raison d’une conduite fragilisée, elle a elle-même suspendu des activités municipales gourmandes en eau potable. Lavage des rues et arrosages « non essentiels » étaient du nombre.

L’arrosage des végétaux a été maintenu, mais « l’utilisation du lave-trottoirs et du camion-citerne pour les nettoyages ponctuels des trottoirs et de la voie publique a été suspendue », nous a récemment indiqué la Ville par courriel.

À Montréal comme dans plusieurs municipalités, la réglementation interdit déjà aux citoyens d’utiliser l’eau potable à tout-va, notamment pour laver leur pavage.

Les villes devraient faire preuve de la même sobriété, estime Québec. Les municipalités devraient « montrer l’exemple », préconise la Stratégie québécoise d’économie d’eau potable 2019-2026. Première suggestion : « installer des points d’alimentation en eau brute [donc non potable] pour des usages municipaux (nettoyage de rue et arrosage) ».

Montréal l’envisage sérieusement, a appris La Presse. « La Ville collabore actuellement avec différents partenaires internes afin d’explorer diverses avenues en vue de déployer des projets pilotes dès 2027 visant l’utilisation d’eau non potable pour les activités d’arrosage et de nettoyage des rues », nous a écrit un porte-parole.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Un camion nettoie une rue du centre-ville, 2019.

Plusieurs sources sont envisagées, comme des cours d’eau, des puits ou l’eau de nouvelles installations de jeux d’eau.

On évalue actuellement « la faisabilité technique, opérationnelle et réglementaire », mais ces travaux sont « à un stade préliminaire », précise la Ville.

« Encourager les arrondissements à utiliser l’eau brute pour leurs activités d’entretien » fait d’ailleurs partie des actions planifiées en 2026, mentionne le premier bilan de la Stratégie montréalaise de l’eau, publié en mars dernier.

En vigueur ailleurs

À Victoriaville, dans le Centre-du-Québec, ça fait plus de 15 ans que la Ville n’utilise plus d’eau potable pour nettoyer les rues ou arroser la végétation. Elle prend de l’eau traitée par son usine d’épuration, c’est-à-dire « de l’eau qui provient du réseau d’égout et qui a été traitée selon les normes du gouvernement avant d’être rejetée dans la rivière Nicolet », précise une porte-parole, Adéliane Sauvageau. Sous-traitants et entrepreneurs doivent en faire autant sur le territoire. Eau potable épargnée : près de 7,3 millions de litres entre mai et septembre derniers.

La Ville de Saguenay, elle, a inauguré sa première prise d’eau brute à l’été 2020. Cette borne-fontaine vert et bleu est alimentée par l’eau pompée dans la rivière Chicoutimi avant qu’elle n’arrive à l’usine de filtration. Deux autres prises d’eau, dans une autre rivière et un ancien puits municipal, se sont ajoutées dans d’autres secteurs, assurant environ 70 % du nettoyage de rues printanier.

PHOTO FOURNIE PAR LA VILLE DE SAGUENAY

La Ville de Saguenay a inauguré sa première prise d’eau brute dans le secteur de Jonquière en 2020.

À Dolbeau-Mistassini, dans la même région, ça fait plus de 10 ans qu’on n’utilise plus d’eau potable pour laver les rues, mais de l’eau souterraine non traitée provenant de deux puits. Dans le secteur Mistassini, on récupère même l’eau des jeux d’eau pour arroser les fleurs.

Sédiments et algues

Environ 370 municipalités ont déjà installé des points d’eau brute pour l’arrosage des rues et végétaux, selon les données 2024 du ministère des Affaires municipales. Trois-Rivières en fait partie, mais plusieurs de ses projets ont tourné court.

Pendant un temps, les camions-citernes d’entretien se sont abreuvés à une prise d’eau dans la rivière Saint-Maurice. « L’accumulation importante de sédiments […] bouchait toutefois fréquemment les équipements et les buses », relate le porte-parole de la Ville, Mikaël Morrissette.

La municipalité a aussi aménagé de grands barils de récupération d’eau de pluie.

« Ça fonctionnait bien au début pour nos besoins. À moyen terme par contre, des algues se formaient dans l’eau stagnante. »

Ces contenants étant hermétiques, « nous pouvions uniquement régler le problème par le biais de produits chimiques pour le traitement des algues, ce qui nous empêchait de l’utiliser pour l’arrosage des aménagements floraux ».

La volonté d’utiliser l’eau de pluie est « toujours présente » et les équipes « restent à l’affût de solutions potentielles », mais l’heure, Trois-Rivières est pratiquement « de retour à la case de départ ».

À Montréal, une page Web de la Ville, aujourd’hui disparue, a déjà mentionné que l’eau du fleuve ne pouvait pas servir au rinçage des rues et à l’arrosage, car « une eau non traitée laisserait une odeur désagréable dans les rues et la prolifération d’algues se ferait dans les citernes ».

Recycler l’eau

À la fin septembre, la Ville de Québec a fait une démonstration de lavage de rue avec de l’eau dite recyclée. Il s’agit d’eau issue d’une station de traitement d’eaux usées, donc qui aurait pu être rejetée dans le fleuve, ayant subi des traitements supplémentaires.

Ce projet, réalisé avec le Carrefour de l’eau (un partenariat entre la Ville et plusieurs organisations), est encore en développement. L’eau recyclée est produite par une usine mobile, d’une capacité limitée. Cette unité mobile, qui appartient à l’entreprise H2O Innovation, un des partenaires du Carrefour, s’inscrit dans une vision bien plus large que l’arrosage de rues et de plantes.

Une véritable infrastructure d’eau recyclée pourrait aussi servir à d’autres types de nettoyage, à de l’irrigation, à des fins industrielles ou même à renflouer les réserves d’eau, illustre le PDG d’H2O et président du conseil du Carrefour, Frédéric Dugré.

Encore faudrait-il que l’eau recyclée soit encadrée au Québec. H2O y travaille. « L’idée, c’est de développer un protocole de tests […] pour arriver à écrire ce nouveau cadre réglementaire » utilisable par tous, dit M. Dugré, dont l’entreprise travaille sur plusieurs projets de recyclage d’eau aux États-Unis.

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