La journaliste Natacha Polony, bientôt candidate à la présidentielle française ? "Je lance un appel aux orphelins de la politique"

Visage bien connu de la télévision française – notamment dans l’émission "On n’est pas couché" de Lauren Ruquier - la journaliste et éditorialiste française Natacha Polony a franchi un cap cet été : elle est passée d’observatrice de la vie politique à actrice.
Elle organise autour d’elle un mouvement politique, s’entoure de conseiller et défend un projet, notamment au travers de son livre "La France corps et âme". Si elle n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature, sa démarche n’est pas anodine : "Il y a une logique, il y a une progression. J’ai exercé différents métiers dans ma vie, j’ai été professeure, j’ai dirigé une rédaction, j’ai créé un média, une revue, donc une entreprise. Je regarde la France depuis des décennies. Et je suis arrivée au bout de ce qui était la nature de mon engagement", assure-t-elle sur l’antenne de matin Première.
J’ai décidé d’aller, comme toujours dans ma vie, là où je me sens utile et où je vais pouvoir être efficace
"J’ai essayé de poser des idées, d’alerter, de lancer des propositions. Je constate, à l’ouverture de cette campagne présidentielle, que nous en sommes toujours au même point, voire que la France s’enfonce. Tous les indicateurs – qu’ils soient sociaux ou économiques - sont rouges. Et c’est même la communauté nationale qui est en train de se défaire. Alors, je prends acte de cela et j’ai décidé d’aller, comme toujours dans ma vie, là où je me sens utile et où je vais pouvoir être efficace", révèle l’éditorialiste.
Natacha Polony assume donc "lancer un appel aux orphelins de la politique, parce qu’en France, ils sont très nombreux. Les gens qui ne se reconnaissent pas dans l’offre politique actuelle, les gens qui voudraient s’engager, qui ont envie d’être utiles à leur pays, mais qui constatent que le paysage politique est totalement bloqué."
Gaullisme social
Si de nombreuses figures politiques bien connues – comme Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Gabriel Attal ou encore Raphaël Glucksmann - se sont déjà déclaré candidat, la journaliste française n’a pas encore passé le cap. Elle assume prendre le temps de se structurer avant de se lancer trop vite : "J’ai fait un appel à tous ceux qui voulaient me rejoindre. Je structure ce mouvement parce que je ne suis pas toute seule et parce que je ne crois pas que tout seul, on puisse faire quoi que ce soit. Je crois à la force d’un collectif, c’est-à-dire à la capacité des citoyens à se lever. Et donc, je structure ce mouvement et nous verrons sur quoi ça débouchera."
Pourtant, sa vision, son mouvement, son idéologie - sans équivalent politique en Belgique – sont déjà bien dessinés. Elle se revendique de la mouvance du "gaullisme social" et entend bien se démarquer de ses concurrents.
"Pour comprendre ce qu’est en France le gaullisme, il faut remonter en fait à l’histoire de la France, à ce qu’a choisi d’en faire le général de Gaulle", explique la journaliste. "C’est par la force de cet homme et par l’idée qu’il avait de la démocratie, de la capacité d’un peuple à décider de son destin, qu’il a réussi à mettre la France non pas dans le camp des puissances vaincues, mais dans celui des vainqueurs. Ou qu’en tout cas, il a réussi à empêcher que la France ne soit une puissance occupée par les États-Unis au sortir de la guerre et qu’elle perde la maîtrise de son destin."
Natacha Polony prône donc la démocratie défendue par le Général de Gaulle, mais aussi la souveraineté française : "La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est l’idée que des citoyens se réunissent pour décider ensemble de leur destin. Et c’est tout simplement ce qu’il faut préserver."
Une Europe ferme et souveraine
L’idée de reprendre son destin en main est donc prédominante dans la vision de Natacha Polony. Une vision qu’elle porte également au niveau européen. L’Europe doit rester ferme et garantir son autonomie ainsi que son indépendance, martèle la journaliste : "Je ne me satisfais pas que l’Union européenne aille se coucher devant Donald Trump, qu’elle soit une colonie numérique américaine, que la plupart des pays européens achètent des F-35 américains, ce qui implique derrière une dépendance aux décisions de politiques étrangères américaines. On a pu le voir notamment lors de la pression mise sur le Danemark à propos du Groenland. Les États-Unis sont une puissance qui peut se retourner contre nous", avertit-elle.
Je crois que les Européens doivent être libres, prendre leur destin en main, ne pas être une colonie industrielle de la Chine, ni une colonie numérique américaine, et ne pas trembler devant Vladimir Poutine
"Je crois que les Européens doivent être libres, prendre leur destin en main, ne pas être une colonie industrielle de la Chine, ni une colonie numérique américaine, et ne pas trembler devant Vladimir Poutine. Cela implique différentes choses, comme par exemple la capacité à produire. Or, l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui n’a pas été conçue pour ça. C’est en fait un grand marché économique qui organise la concurrence entre les pays européens. C’est profondément malsain", ajoute-t-elle.
Défendre la laïcité et éviter le communautarisme
Pour Natacha Polony, la défense de la laïcité "comme pilier de notre pacte politique" est une priorité, "parce que la laïcité à la française – qui est quelque chose de très spécifique – découle directement, premièrement, des guerres de religion. Nous savons ce que c’est que de s’entretuer pour une religion et nous ne voulions pas que ça recommence. Ensuite, l’aboutissement de cela, c’est 1789. C’est l’idée du peuple souverain, c’est-à-dire des citoyens qui s’organisent en une communauté politique en dehors d’une loi divine. C’est ça la laïcité, c’est un principe politique de liberté. C’est selon moi la seule façon de garantir que nous puissions être une société multi-ethnique, c’est-à-dire avec des gens qui viennent de partout, mais qui sont capables de vivre ensemble parce que nous nous retrouvons sur des principes fondamentaux".
L’occasion pour l’éditorialiste de s’élever contre le communautarisme, qu’elle reproche notamment aux Insoumis de Jean-Luc Mélenchon : "Personne ne doit être enfermé dans une supposée communauté. Chacun est libre de ne pas appartenir à sa supposée communauté de naissance. Voilà ce que garantit la laïcité, c’est pour ça que je la défends. C’est la protection des plus faibles. Et je suis consternée de voir à quel point la France Insoumise joue avec le communautarisme pour fracturer la société. Et nous avons payé très cher en France et en Belgique aussi la montée de l’islamisme et le fait que cette idéologie est absolument mortifère. Nous avons des valeurs qui structurent notre société. C’est la liberté de conscience, c’est la mixité homme-femme dans l’espace public, Tout ça, ça n’est pas négociable", affirme-t-elle.
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