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Wednesday, September 16, 2026

Ursula von der Leyen : ce qu’il faut retenir du discours sur l’état de l’Union européenne

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Ce "State of the European Union" (discours sur l’état de l’Union européenne), ou SOTEU dans le jargon politique européen, ne fait pas partie du patrimoine politique européen. Tout comme le Black Friday et Halloween, il provient des États-Unis, où le président fait chaque année au Capitole le point sur la situation du pays et annonce ses nouvelles mesures politiques.

Le prédécesseur de Mme von der Leyen, José Manuel Barroso, avait repris cette idée en 2010 et, peu à peu, ce discours est devenu l’un des moments phares de l’année politique européenne.

Et ce discours prononcé devant les eurodéputés réunis à Strasbourg a commencé par : "La situation de notre Union est la plus forte qu’elle ait jamais été. Mais elle peut aussi sembler plus précaire qu’elle ne l’a jamais été", a déclaré Ursula von der Leyen devant le Parlement européen, où le Premier ministre canadien Mark Carney était présent comme invité d’honneur.

Une Europe face aux rapports de force

La présidente de la Commission a placé son intervention sous le signe de l’autonomie européenne, dans un environnement international marqué par la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient, la concurrence économique chinoise et américaine, ainsi que la multiplication des menaces hybrides.

"Une guerre territoriale d’agression fait rage sur notre continent. D’autres ont éclaté à proximité. Une lutte pour les capacités industrielles façonne la concurrence mondiale. Et une bataille des récits cherche à affaiblir la confiance en l’Europe", a-t-elle énuméré.

Elle a insisté sur la nécessité de défendre la capacité des Européens à décider par eux-mêmes. Selon elle, "dans la froide fragilité du monde actuel, seule l’Europe peut offrir une véritable souveraineté aux Européens".

Ursula von der Leyen a également ciblé les forces politiques et les influences qui, selon elle, cherchent à exploiter les inquiétudes économiques, sociales et sécuritaires. "Qu’il s’agisse d’ultranationalistes ou d’antieuropéens, d’ingérences russes ou de désinformation, les noms changent, mais l’objectif est le même. Ils méprisent nos valeurs et veulent briser l’unité européenne", a-t-elle lancé, appelant à "lutter ensemble pour notre idée de l’Europe".

Ukraine et sécurité : une réponse européenne

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a occupé une place centrale dans cette rentrée européenne. Ursula von der Leyen a souligné que les menaces visant le continent ne relevaient plus uniquement de l’hypothèse : attaques hybrides, cyberattaques, sabotages, campagnes de désinformation et incursions de drones font désormais partie du paysage sécuritaire européen.

"Nous ne devons nourrir aucune illusion sur ce qui est en train de se passer : les menaces hybrides auxquelles l’Europe est confrontée sont de moins en moins hybrides et de moins en moins des menaces", a-t-elle ajouté.

La Commission européenne veut notamment poursuivre l’effort de défense engagé par les États membres. Les dépenses européennes dans ce domaine ont augmenté de 80% en cinq ans, a rappelé la présidente. Dans ce contexte, elle a évoqué la nécessité de consolider la défense aérienne ukrainienne et de maintenir l’aide européenne à Kiev à l’approche d’un nouvel hiver de guerre.

Plus largement, la Commission défend la mise en place d’une architecture de sécurité plus intégrée, alors que les capitales restent divisées sur la profondeur de l’intégration militaire et sur les instruments financiers à mobiliser.

Et celle-ci, a proposé la création d’un conseil de sécurité européen pour mieux faire face aux menaces croissantes visant le continent, émanant notamment de Russie.

Énergie : sortir de la dépendance

La flambée des prix de l’énergie reste l’un des principaux points de fragilité pour les entreprises et les ménages européens. Ursula von der Leyen a reconnu que les prix élevés de l’énergie et du crédit "pèsent sur les citoyens et les entreprises", même si l’économie européenne a, selon elle, mieux résisté que prévu aux conséquences des guerres au Moyen-Orient.

Elle a particulièrement pointé les effets de la crise autour du détroit d’Ormuz. Cette dernière aurait déjà représenté un coût supplémentaire de 90 milliards d’euros pour l’Union, en raison de sa dépendance aux combustibles fossiles importés. "Nous ne pouvons pas rester une puissance industrielle si nos prix de l’énergie sont structurellement trop élevés", a-t-elle averti. La réponse proposée repose sur l’accélération du déploiement des énergies renouvelables, du nucléaire, du biométhane, des réseaux électriques et du stockage.

La présidente a réaffirmé l’objectif de porter l’électrification à 46% d’ici 2040. L’enjeu, pour Bruxelles, est à la fois climatique, industriel et géopolitique : réduire la facture énergétique tout en diminuant la dépendance de l’Union aux importations fossiles.

Climat et canicules : une stratégie de résilience

Après un été marqué par les vagues de chaleur et les incendies de forêt, Ursula von der Leyen a promis la présentation, le mois prochain, d’un nouveau cadre européen de résilience climatique. "Notre prospérité et notre sécurité futures dépendront en grande partie de notre gestion des points de bascule de notre époque : le changement climatique et l’IA", a déclaré la cheffe de l’exécutif européen.

La Commission prévoit d’identifier "100 des territoires les plus vulnérables" de l’Union et d’évaluer les risques auxquels ils sont confrontés, ainsi que l’échelon le plus pertinent pour y répondre. La présidente a insisté sur la nécessité de ne plus se limiter à la réaction aux catastrophes : "Nous avons besoin de systèmes d’alerte précoce plus efficaces et d’une meilleure préparation sanitaire. Nous avons besoin d’adaptation et de refroidissement au niveau des zones urbaines. Et nous devons soutenir les plus vulnérables".

Cette orientation répond à une succession d’épisodes extrêmes. Selon les chiffres évoqués durant la séquence, environ 660.000 hectares ont brûlé cet été en Europe et quelque 12 millions de tonnes de récoltes ont été perdues.

La Commission entend également présenter une initiative européenne sur l’eau et créer une alliance pour l’assurance des risques climatiques. Ursula von der Leyen a relevé qu’environ 25% seulement des pertes liées aux catastrophes naturelles sont aujourd’hui couvertes par l’assurance privée en Europe, laissant les États intervenir largement comme assureurs de dernier recours. Ursula von der Leyen n’a cependant pas détaillé de calendrier pour ce plan.
 

Chine, IA, migrations : les autres priorités

Sur le commerce, Ursula von der Leyen a adopté un ton ferme à l’égard de Pékin. Le déficit commercial quotidien de l’Union avec la Chine atteint désormais un milliard d’euros, selon la Commission. "Nous utiliserons tous les outils dont nous disposons pour rééquilibrer notre relation. Parler, c’est bien. Agir, c’est mieux", a-t-elle affirmé.

"Notre déficit commercial avec la Chine s’élève aujourd’hui à 1 milliard d’euros par jour. Il a atteint un point de bascule", a estimé la cheffe de l’exécutif européen, ajoutant que ce "choc chinois" entraîne "la désindustrialisation dans les bassins industriels de l’Europe.

Elle estime que l’Europe doit obtenir rapidement des résultats dans ses discussions avec la Chine, sous peine de devoir renforcer ses mesures de défense commerciale. L’objectif affiché est d’éviter une désindustrialisation dans certains secteurs européens sous l’effet de la concurrence chinoise.

En matière d’intelligence artificielle, la présidente souhaite réunir les principaux laboratoires à la pointe du secteur afin d’examiner comment soutenir les démarches visant à ralentir le développement des modèles les plus risqués. Elle entend s’appuyer sur l’AI Act européen et coopérer notamment avec le Canada et le Royaume-Uni.

La protection des mineurs en ligne constitue aussi l’un des dossiers attendus. Un projet d’"EU Kids Act" doit être présenté jeudi. Il pourrait instaurer un accès graduel aux plateformes : comptes encadrés pour les plus jeunes, restrictions sur les mécanismes jugés addictifs et obligations renforcées de vérification de l’âge.

"Pas de réseaux sociaux avant l’âge de 13 ans" et "pas de compte personnel avant 15 ans", a déclaré la cheffe de l’exécutif européen, ajoutant qu'"ainsi, les enfants entre 13 et 15 ans ne disposeront que de mini-comptes, installés et surveillés par leurs parents, avec des fonctionnalités restreintes et une durée d’utilisation limitée". Le texte devra ensuite être négocié avec le Parlement européen et les États membres.

La Commission entend également s’attaquer plus largement aux risques liés à la conception des plateformes, notamment à leurs mécanismes addictifs, qui touchent l’ensemble des utilisateurs. Elle proposera à l’automne un "règlement sur l’équité numérique" (Digital Fairness Act), a annoncé la présidente de l’institution.

La Commission on le sait, peut s’attendre à d’intenses débats au sein du Parlement et des Etats membres, notamment sur les modalités d’application et les systèmes de vérification d’âge, qui suscitent beaucoup de méfiance chez les internautes et les organisations de défenses des usagers.

Enfin, après l’épisode migratoire de Ceuta, Ursula von der Leyen a annoncé un projet de mécanisme européen de réponse d’urgence. Il viserait les situations où des "mouvements de masse sont orchestrés et utilisés comme arme", avec des critères stricts et une flexibilité limitée dans le temps.

La présidente de la Commission a ainsi dessiné une feuille de route très large : défendre l’Ukraine, protéger l’économie européenne, investir dans l’énergie propre, s’adapter aux chocs climatiques, mieux réguler le numérique et renforcer les frontières extérieures. Reste désormais à traduire ces annonces en textes, financements et compromis entre les Vingt-Sept.

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