Planète bleue, idées vertes | Transformer… le transformateur

(Paris) Oubliez les spaghettis de lignes électriques qui enlaidissent la périphérie des villes. Le gestionnaire du réseau français de transport d’électricité a récemment inauguré un nouveau poste de transformation parfaitement intégré dans la Ville Lumière, construit avec des standards écologiques élevés.
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Le poste Tolbiac – c’est son nom – pourrait inspirer Hydro-Québec. La société d’État québécoise réfléchit ces jours-ci à la meilleure façon de remplacer son poste de transformation Berri (situé dans la côte du même nom à Montréal). Après un vif débat, elle prévoit maintenant l’intégrer au réaménagement de l’hôpital de la Miséricorde, dans l’est du centre-ville.
Les deux installations sont d’une ampleur équivalente, explique à La Presse Thomas Porteau, gestionnaire de projet pour RTE (la société publique chargée de gérer les lignes de transport électrique), pendant une visite du poste Tolbiac.
« Tout ça, c’était un stationnement », décrit-il en pointant l’emplacement du poste de transformation électrique. La façade de bois foncé du bâtiment lui donne des airs de spa scandinave en plein 13e arrondissement de Paris, dans un quartier résidentiel dense.
PHOTO PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD, COLLABORATION SPÉCIALE
La façade du poste de transformation Tolbiac, dans le 13e arrondissement de Paris.
RTE ne voulait « pas un poste brut, basique, avec des bardages métalliques, qui fait très industriel. Dans un environnement comme celui-ci, en termes d’acceptabilité, ça aurait pu être très compliqué », ajoute-t-il. « L’idée, c’était d’en faire un projet modèle pour montrer qu’on est capable de faire des projets qui sortent de l’ordinaire et d’utiliser des matériaux qu’on n’utilise pas en temps normal, comme le bois », rarement associé aux usages industriels et encore moins électriques.
En façade, le bois a même subi un brûlage pour éliminer les « risques d’infestation par des bestioles ou des champignons », même sans vernis et sans traitement.
La main sur le transformateur
Dans le ventre du poste : l’immense transformateur, qui reçoit l’électricité à haute tension en provenance du réseau de RTE et transmet de l’électricité à basse tension pour approvisionner quelque 300 000 foyers parisiens.
Thomas Porteau s’approche du transformateur et y pose sa main. Aucun danger : contrairement aux postes extérieurs, où les lignes sont visibles, le poste de Tolbiac a été construit sous une enveloppe métallique. Les lignes passent dans des tuyaux d’acier remplis d’un gaz extrêmement isolant, le SF6.
PHOTO PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD, COLLABORATION SPÉCIALE
Thomas Porteau
« Sur un poste aérien [extérieur], il faudrait que je sois à cinq mètres », pour éviter le risque d’une électrocution mortelle, explique Thomas Porteau, sa main toujours sur le transformateur. « Un poste comme celui-ci sans cette technologie, ça représente 15 fois la superficie. »
Résultat : des voisins qui résident à quelques mètres, sans impact sur leur vie.
« C’est discret et c’est assez simple », juge Sidney Botbol, un photographe qui a son studio juste en face, à propos de l’insertion du bâtiment dans la trame urbaine. L’allure n’est pas particulièrement parisienne, mais le 13e arrondissement « est assez disparate » sur le plan architectural et peut donc bien accueillir cette structure, à son avis.
« J’ai trouvé que c’était pas mal fichu », lance François Popovics, qui vit à 100 mètres. « Je pense que c’est très bien. »
Si la grande salle qui accueille le transformateur est couverte de bois, RTE a quand même dû utiliser des matériaux plus traditionnels.
« Techniquement, on devait conserver des matériaux avec certaines caractéristiques techniques (de résistance, par exemple) que le bois n’arrivait pas à avoir. Donc il fallait que le transformateur soit dans une loge en béton », explique-t-il pendant la visite, casque de sécurité sur la tête.
Sur les fondations, on n’a pas pu faire autre chose que du béton, mais on a fait du béton bas carbone. Chaque fois, on a été challengé pour faire les bons choix.
La seule chose qui diffère, c’est le temps de séchage. Les additifs qu’on met dans le béton permettent normalement de le faire sécher plus vite, ou encore en présence d’eau. Dans le cas du béton bas carbone, comme on réduit les additifs, il doit sécher plus naturellement, donc c’est plus long. » Les équipes ont dû s’adapter.
Même technologie à la Miséricorde
Contactée par La Presse, Hydro-Québec indique que le nouveau poste de transformation qui doit être inséré dans le projet de l’hôpital de la Miséricorde sera lui aussi un poste sous une enveloppe métallique.
« Cette technologie est connue et utilisée par Hydro-Québec depuis plusieurs décennies », assure la société d’État dans un courriel. « À Hydro-Québec, les postes construits dans les secteurs urbains sont généralement des postes sous enveloppe métallique. Les équipements électriques peuvent de plus être recouverts dans un bâtiment qui est entièrement ou partiellement fermé, ce qui permet de réduire encore davantage leur superficie au sol en ajoutant des étages pour répartir les équipements en hauteur. »
Le projet de renouvellement du poste électrique Berri donne du fil à retordre à Hydro-Québec depuis plusieurs années. La société d’État doit remplacer cette infrastructure vieillissante et lorgnait d’abord un grand terrain gazonné situé juste à côté de la Grande Bibliothèque. Ce scénario a suscité une levée de boucliers, notamment chez Lise Bissonnette, la « mère » de la Grande Bibliothèque.
Par écrit, Hydro-Québec souligne que les postes de transformation québécois doivent être plus puissants que ceux en France, en raison de la demande en électricité liée au chauffage des maisons pendant l’hiver.
Le poste Tolbiac a coûté environ 29 millions d’euros (plus ou moins 48 millions de dollars).
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