La primaire, une machine à perdre?

Le premier tour de la primaire de la gauche s'est ouvert ce vendredi. Quelque 140 000 électeurs choisissent leur candidat à la présidentielle parmi cinq prétendants, dont le favori, l'eurodéputé de Place publique Raphaël Glucksmann, et son challenger, le patron du PS Olivier Faure. Cette primaire est censée fabriquer de l'unité mais à gauche elle a souvent servi à exposer les divisions qu'elle était justement censée dépasser. Est-ce une machine à perdre les élections ?
La formule n’est pas nouvelle. Elle a aussi bien été été utilisée à droite qu'à gauche, et dernièrement Raphaël Glucksmann lui-même l’avait employée au printemps pour dénoncer le principe d’une primaire de la gauche.
Alors pourquoi cette primaire existe-t-elle encore ? Parce qu’à gauche, on cherche depuis des mois une manière de départager les ambitions sans reproduire les divisions. Cinq candidats se sont finalement lancés : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal. Cinq personnalités, mais surtout plusieurs conceptions de ce que pourrait être la gauche en 2027.
Et c’est là que le problème commence. Car une primaire est censée permettre de choisir un candidat. Mais avant même le vote, elle oblige les candidats à exposer leurs désaccords. Sur l’économie, le pouvoir d’achat ou les services publics, les convergences sont nombreuses.
Mais dès qu’arrive la question des alliances, et notamment celle du rapport à La France insoumise et à Jean-Luc Mélenchon, les lignes se durcissent. Les trois débats de la campagne l’ont encore montré : cette question a occupé une place considérable dans les échanges entre les cinq candidats.
Alors, machine à perdre ?
L’histoire invite à la nuance
En 2006, c’est Ségolène Royal, favorite des sondages, qui l’emporte devant les éléphants roses Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. La candidate, hélas, ne bénéficie pas ensuite d’un plein soutien de ses anciens rivaux… La défaite de Ségolène Royal en 2007 ne dissuade pourtant pas le PS d’organiser sa primaire ouverte en 2011. 2,8 millions d’électeurs participent au choix de François Hollande. Un record qui a permis à François Hollande de s’imposer et de créer une dynamique jusqu’à l’Élysée.
Mais en 2017, Benoît Hamon avait remporté la primaire avant de terminer cinquième au premier tour de la présidentielle. Et en 2022, la primaire populaire avait désigné Christiane Taubira, sans parvenir à rassembler la gauche derrière elle.
Le problème n’est donc peut-être pas la primaire elle-même mais ce qu’on en fait après
Les organisateurs ont obtenu un premier résultat : plus de 140 000 personnes se sont inscrites pour participer à cette primaire, davantage que l’objectif initial de 80 000 à 100 000 votants. La question sera donc moins de savoir si cette primaire aura permis de départager cinq candidats que de savoir si elle sera capable de transformer ce choix en rassemblement.
C’est toute l’ambiguïté de l’exercice. Une primaire peut donner un candidat mais elle ne donne pas forcément une stratégie. Et à gauche, depuis plusieurs années, c’est peut-être justement cette stratégie qui manque le plus.
Alors, machine à perdre ? Peut-être. Mais une chose est sûre : une primaire ne gagne jamais une présidentielle à elle seule. Elle ne fait que désigner celui ou celle qui devra ensuite essayer de rassembler
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