Consigne | La plupart des « cartons » de boissons ne pourront pas être recyclés au Québec

L’essentiel des quelque 14 000 tonnes de « cartons » de lait et de jus qui seront consignés le 1er mars prochain ne pourra pas être recyclé au Québec, puisque la seule usine pouvant le faire n’a pas la capacité suffisante, une situation que le gouvernement connaissait avant sa réforme de la consigne.
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Ces contenants multicouches sont complexes à recycler parce qu’ils sont constitués d’un mélange de carton, de plastique et d’aluminium. Seulement six usines en Amérique du Nord en recyclent, dont une seule au Canada, celle de Sustana, à Lévis.
« Je ne peux pas en prendre plus que 3000 tonnes, on n’est techniquement pas capables », a expliqué à La Presse Marie-Eve Chapdelaine, directrice associée, développement durable et affaires publiques, de l’entreprise.
L’approvisionnement provenant du Québec, par la collecte sélective, représente 2000 tonnes sur le total ; le reste provient de l’Ontario, précise-t-elle.
C’est donc un maximum de 15 % des contenants multicouches consignés qui pourront être recyclés au Québec, alors que la réglementation sur la consigne impose un taux de « valorisation locale » de 80 % d’ici 2030 pour ce type de contenants.
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Usine de Sustana à Lévis
La définition de local dans la réglementation englobe le Québec, l’Ontario, les provinces atlantiques, les États de la Nouvelle-Angleterre, ainsi que le New Jersey, New York et la Pennsylvanie. Aucune autre usine recyclant des contenants multicouches ne s’y trouve.
Une très petite quantité de contenants multicouches se retrouve aussi parfois dans les ballots de « fibres mélangées », avec du papier et du carton, qui sont recyclées dans les usines québécoises de Kruger, tandis que Cascades et Domtar n’en recyclent pas, ont indiqué les trois entreprises à La Presse.
Québec le savait
L’impossibilité de recycler au Québec la majorité des contenants multicouches qui sont mis sur le marché québécois était connue du gouvernement caquiste, lorsqu’il a lancé la réforme du système de consigne, en 20201.
Inclure les contenants multicouches dans la consigne « ne répondait à aucun problème et ce n’était pas une solution à leur recyclage, car les infrastructures locales étaient incapables de gérer ce gisement et c’est encore le cas », souligne Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED).
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Les contenants multicouches sont complexes à recycler parce qu’ils sont constitués d’un mélange de carton, de plastique et d’aluminium.
Seulement 22 % des contenants multicouches récupérés en 2025 ont été recyclés au Québec, les 78 % restants ont été expédiés principalement au Mexique et en Malaisie, indique Éco Entreprise Québec (EEQ), qui gère le système de collecte sélective.
Consigner pour consigner ne sert à rien si les infrastructures de recyclage des contenants récupérés n’existent pas.
À défaut de pouvoir recycler localement les contenants multicouches, il faudrait restreindre leur production, prône depuis longtemps le FCQGED.
La consigne est complémentaire à la collecte sélective et est utile notamment pour augmenter la récupération des contenants qui sont peu récupérés, rappelle M. Ménard. Or, le taux de récupération des contenants multicouches s’élève à 88 %, selon EEQ.
Québec a inclus les contenants multicouches afin de « simplifier le système pour les citoyens en harmonisant les règles applicables aux différents contenants de boissons », a indiqué à La Presse une porte-parole du ministère de l’Environnement, Josée Guimond.
Consignaction espère de nouveaux débouchés
L’Association québécoise de récupération des contenants de boisson (AQRCB), mieux connue sous sa marque d’affaires Consignaction, s’engage à recycler 100 % des contenants multicouches, affirmait son président-directeur général Normand Bisson, dans une entrevue à Qub radio, le 21 octobre.
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Le président-directeur général de l’Association québécoise de récupération des contenants de boisson, Normand Bisson
« C’est 100 % des contenants dans le système de consigne qui sont recyclés, parce que ça n’aurait aucun sens de mettre en place une activité comme celle-là si ce n’est pas pour recycler à 100 % », avait-il déclaré.
L’AQRCB, qui a refusé d’accorder une entrevue à La Presse, soutient que la consigne « permettra de récupérer des volumes plus importants de matière de meilleure qualité grâce au tri à la source […], ce qui favorise le développement de nouveaux débouchés », a déclaré dans un courriel son directeur des communications, Maxime Roy.
L’AQRCB, une organisation privée mise sur pied par les entreprises qui vendent des boissons pour gérer le système québécois de consigne, n’a pas indiqué ce qu’elle fera des contenants multicouches en attendant de nouveaux débouchés.
Pendant ce temps, l’AQRCB poursuit son projet d’usine de conditionnement du verre, malgré le fait que l’industrie québécoise affirme avoir la capacité de recyclage suffisante pour prendre tout le volume de verre provenant de la consigne2.
Possible agrandissement
La solution au recyclage local des contenants multicouches consignés pourrait résider dans l’agrandissement de l’usine de Sustana de Lévis, auquel l’entreprise réfléchit, mais qui n’est pas confirmé.
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L’entreprise Sustana songe à agrandir son usine de Lévis, mais rien n’est confirmé.
« Sans financement, le retour sur investissement est tellement long qu’il n’est pas justifiable », indique Marie-Eve Chapdelaine, précisant avoir fait des demandes de subvention à un programme provincial et à un programme fédéral.
Les contenants multicouches offrent une matière de qualité, mais sont plus difficiles à traiter et génèrent beaucoup de rejets, soit les couches de plastique et d’aluminium, pour lesquelles Sustana cherche toujours des débouchés.
Si le projet d’agrandissement va de l’avant, il nécessitera un an et demi de travaux, indique Sustana, ce qui veut dire que l’usine pourrait commencer ses activités au milieu de l’année 2028, au plus tôt.
Consignaction cache toujours son rapport annuel
Consignaction n’a toujours pas publié son rapport annuel de 2025, en dépit des critiques sur son manque de transparence. L’organisation affirme qu’elle ne pouvait légalement le faire avant qu’il ait été analysé par Recyc-Québec, ce qui est faux, indique le ministère de l’Environnement. « Le règlement n’interdit pas à l’AQRCB de diffuser des renseignements sur ses activités avant d’avoir reçu les résultats de l’analyse », a déclaré Josée Guimond, porte-parole du Ministère. Éco Entreprises Québec, qui est assujettie aux mêmes règles, a d’ailleurs publié son rapport annuel en avril, bien avant de recevoir l’analyse de Recyc-Québec. La Presse tente depuis le mois de mai d’obtenir le rapport de Consignaction par le mécanisme de la Loi sur l’accès à l’information, mais l’organisation s’est opposée à sa divulgation et la Commission d’accès à l’information n’a pas encore entendu l’affaire.
1. Lisez l’article « Consigne élargie : “des normes du XXIe siècle” » 2. Lisez l’article « Consigne sur les contenants de verre : une usine financée par les consommateurs »
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