CNN TürkMevduat faizi düşecek, kredi faizi ne olacak?ESPNTransfer rumors, news: Como's Paz destroyed Man United, now they want to sign himPunchLa Liga: El Clásico always 50-50, says CourtoisThe Jerusalem PostFive wounded in shooting attack near Hebron, IDF kills two terroristsRTP DesportoLiga Conferência. Braga bate Gent por 2-0 e soma três pontosBollywood HungamaMadhur Bhandarkar announces Syama – The Missing Chapter on Dr. Syama Prasad MukherjeeUOLA Revolução Húngara e a luta pela liberdadeSky TG24Emilia Clarke compie 40 anni, i suoi ruoli più famosi fra film e serie tv. FOTOZDF heuteAktuelle Pressemitteilungen des ZDFRMF24Nowojorscy radni kończą ze 160-letnią tradycją. Trump „zasmucony”Het Laatste NieuwsDag van de Jeugdbeweging viert 257.354 leden met ontbijt, optredens en spelletjes over heel VlaanderenBBC عربينتنياهو يلغي كل أنشطته الانتخابية عقب إطلاق النار على حاجز عسكري في الضفة الغربية
The Daily Newsstand · Free, Always
Friday, October 23, 2026

Sous les pavés, les morilles

Translate

Ce qui me frappe de la « Zbellion » et de la gen Z qui descend dans la rue un peu partout dans le monde, en France, en Albanie, en Argentine, en Inde, au Brésil et dans plusieurs pays d’Europe ? D’abord une énergie de ouf pour une génération, celle de mon fils, qu’on qualifiait de tire-au-flanc. Et puis, peu importe si les causes se mélangent, étudiants, écolos, la vie chère ou Gilets jaunes (en France), il n’en reste qu’une qui compte : rétablir un équilibre rompu entre les riches et les pauvres, un pont dans les inégalités. La fable du ruissellement économique ne tient plus. Il y a des limites à verser de l’eau dans ses céréales. Encore faudra-t-il qu’il reste de l’eau aussi…

Si des dirigeants sont pris au dépourvu par l’origine de ce ressac (on peut départager casseurs et manifestants, ici), c’est qu’ils évoluent dans une bulle déconnectée du réel. Alors qu’une révolution gronde aux portes, le couple Macron assistait à un concert de Céline la veille des manifestations du 17 octobre, où les vitrines de Louis Vuitton ont volé en éclats. C’est une image qui marque les esprits, même pas échauffés.

Plusieurs, en France, ont ramené Victor Hugo au menu le week-end dernier (on ressort toujours Hugo pour parler des révoltes), dans Les misérables, évoquant l’année de la Terreur, 1793, en pleine révolution qui durera dix années.

« L’évêque ne put s’empêcher de murmurer :

— Oui ? 93 !

Le conventionnel se dressa sur sa chaise avec une solennité presque lugubre, et, autant qu’un mourant peut s’écrier, il s’écria :

— Ah ! vous y voilà ! 93 ! J’attendais ce mot-là. Un nuage s’est formé pendant quinze cents ans. Au bout de quinze siècles, il a crevé. Vous faites le procès au coup de tonnerre. »

Il faut être sérieusement déconnecté du zeitgeist pour ne pas sentir le ras-le-bol d’une population à qui on demande de toujours s’adapter alors que quelques milliardaires se la pètent allègrement en apesanteur dans leurs fusées. Les lois de la gravité nous rattrapent un jour.

Ce qui pousse après la chute

Je termine un petit traité-manifeste jouissif, Mycologie politique. Ce qui pousse après la chute. Avec élégance, le compositeur français Wladimir Schall, un mycologue amateur, nous démontre par la métaphore combien le champignon est le symbole tout trouvé de ce courant sous-terrain qui se répand et parfois émerge d’un seul coup à des kilomètres de distance. Il nous rappelle que c’est « le dérisoire qui fait chanceler l’immense ».

« Les révolutions populaires l’ont compris depuis longtemps : là où l’affrontement direct échoue, il faut ruser. Les savoirs “alternatifs” et la patience prennent alors le relais », écrit-il. Schall nous offre un objet poétique et philosophique inédit avec ce petit livre automnal, pile-poil dans l’air du temps.

Je me suis régalée et j’avoue que je suis davantage psilocybine que truffes (bof). J’ai déjà badtripé sur du Golden Teacher, mais je reconnais la pertinence des enseignements lorsqu’ils nous offrent un manuel d’autodéfense dans les coulisses des distractions de l’époque.

Ce bouquin tient à la fois du nihilisme et de l’espoir, puisque le champignon devient le fil rouge qui nous indique organiquement comment ruser. L’auteur fait partie de l’école de l’effondrement avec disruption : la crise ne peut être résolue sans rupture. Il ne suffit pas de repeindre les murs en vert pour que les moisissures disparaissent.

Il est également question de rythme ici, le capitalisme étant obsédé par le rendement (même dans les loisirs), alors que le mycélium s’inscrit dans la durée et la lenteur, les champignons poussant même dans des réacteurs nucléaires ou les souches mortes. « Le vivant, lui, ne fait pas de compromis avec les récits dominants, pas de stratégie de communication. Il transforme, ou il meurt. » Wladimir Schall nous parle ici d’une « écologie de l’insoumission ».

« Dans une époque d’effondrements — climatiques, politiques, sociaux — le champignon est un survivant. Mais pas un survivant solitaire ; c’est un tisseur de recommencements. »

Le courage et la joie

L’ex-députée solidaire Catherine Dorion ne craint pas de regarder la réalité en face elle non plus. J’ai dévoré son dernier essai, Le courage et la joie, le week-end dernier, inspirée par le mouvement contestataire en France. Dorion a écrit un livre vivant et bien documenté, à la fois personnel et universel, sur comment « traverser la tempête fasciste sans perdre le nord ». C’est un cours d’histoire passionnant sur la résistance.

En fait, elle tente de débusquer « les mécanismes psychologiques qui nous rendent si vulnérables face à la montée du fascisme ». L’artiste a aussi fait sa maîtrise à Londres en war studies, un intérêt politique de longue date.

Dorion s’inspire de sa grand-mère Olga, qui s’est enfuie de l’URSS avec ses parents. L’écrivaine fait des allers-retours dans le temps pour nous montrer à quel point le déni est aussi fort aujourd’hui qu’hier, face aux feux clignotants du zeitgeist, à l’arrivée de Trump et à la montée de l’extrême droite partout dans le monde. Le titre de son essai s’inspire d’une phrase écrite par Anne Frank dans son journal, quatre mois avant d’être arrêtée et déportée dans un camp de concentration.

Entre les réactions d’angoisse et de déni, Dorion tente une autre voie, celle de nous rassembler et d’occuper notre liberté. Citant l’historienne Marci Shore, qui a quitté les États-Unis pour Toronto avec son mari : « L’histoire ne vous dit pas ce qui va se passer, mais elle vous donne une idée de ce qui peut se passer. Et à partir du moment où vous savez ce qui peut se passer, il n’y a aucun moyen de dé-savoir ça. »

En revisitant le siècle dernier, Catherine Dorion lève un drapeau rouge : la liberté peut basculer très rapidement, jusqu’à un salut nazi un jour d’investiture chez le voisin.

« Mais ce qui m’a le plus affolée, ce sont les similitudes entre les réactions des tyrannies du siècle dernier et nos réactions à nous, ici et maintenant », écrit la mère de trois filles.

Le livre de Dorion est l’équivalent politique de l’essai du journaliste Nicolas Langelier sur la crise climatique Ce qu’on trouve dans la cendre.

Il ne se réfugie pas dans le confort de l’indifférence. Et sous un régime autoritaire, il serait interdit.

View the original on Le Devoir →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.