« J’ai dû prendre la lourde décision de laisser partir Aliya après 9 jours de vie » : l’ambulance qui a pris en charge Chaimae, enceinte de 38 semaines, a dû s’arrêter huit fois entre Chimay et Charleroi (vidéo)


C’est un témoignage bouleversant que livrent Chaimae et Emmanuel. Septembre devrait être synonyme de bonheur pour ce couple de Bruxellois venu s’installer à Baileux (Chimay) avec ses enfants début août, mais septembre a viré au cauchemar. Victime d’une hémorragie placentaire, la jeune maman de 28 ans a dû être emmenée en urgence en milieu hospitalier. « L’ambulance a mis près de deux heures pour arriver à Charleroi, elle a dû s’arrêter huit fois sur le trajet car je perdais connaissance », raconte-t-elle. Trop tard, trop long. « J’ai dû prendre la lourde décision de laisser partir Aliya après 9 jours de vie », explique-t-elle avec beaucoup de sérénité mais quelques trémolos dans la voix. « Si je parle, c’est pour Aliya, pour ne pas qu’on l’oublie mais surtout pour ne pas que ça arrive à d’autres. »
Pour le couple qui tente aujourd’hui de survivre, c’est l’incompréhension. « Pourquoi est-on allé à Charleroi ? Pourquoi pas plus près, à Fourmies en France ? Et si elle avait été prise en charge plus tôt, plus vite ? Si à Chimay, on avait pu me faire une césarienne en urgence ? Y aurait-il eu moins de dégâts ? », se questionne-t-elle. Avec des si… On ne le saura sans doute jamais. « Ils m’ont sauvé la vie mais j’ai perdu ma fille. Oui, je suis triste, oui je suis en colère et je ne comprends pas. Je suis partie de chez moi pour accoucher, je suis ressortie avec ma fille, mon unique fille dans une boîte », sanglote-t-elle.
À l’heure où l’on parle de la réforme hospitalière, à l’heure où les politiques, les citoyens, le personnel se bat pour maintenir le Centre de Santé des Fagnes, ce témoignage résonne, interpelle, même si aucun lien formel n’est établi. « Il n’en faut pas d’autres. Ma fille n’est plus là, elle reste un chiffre pour l’Etat, mais qui sera la suivante ? Il faut des services pour tous dans la région et ne pas perdre ce temps en chemin, il faut que ça s’arrête. J’ai été bête, j’aurais dû attendre et accoucher à Bruxelles, je ne savais pas qu’il n’y avait pas de maternité dans la région », se désole-t-elle.
Le député-bourgmestre de Sivry-Rance, Jean-François Gatelier a déjà fait écho de ce drame en commission fédérale de la Santé. « Habiter en zone rurale ne peut pas signifier être moins bien soigné », a-t-il signifié au ministre. « Son témoignage nous rappelle un enjeu essentiel de la réforme hospitalière : oui à la concentration de certaines expertises médicales, mais jamais au détriment de l’accès rapide aux soins vitaux dans nos régions rurales. »
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