La Peltrie après Éric Caire
Député de La Peltrie sans interruption pendant 19 ans, Éric Caire a quitté la politique cette année en laissant une circonscription à la croisée des chemins. Un renouveau perçu localement à la fois comme une occasion et une source d’inquiétudes.
Martine Duchaine, du Service d’entraide communautaire Rayon de soleil, est carrément anxieuse à l’idée de voir son député changer. « C’est 19 années à reprendre du début. » Lorsqu’elle appelait au bureau de M. Caire pour une aide de dernière minute, son équipe répondait tout de suite et, surtout, elle n’avait plus besoin de leur expliquer sa mission, ses enjeux et tout le reste. En plus, non seulement le député part, mais c’est aussi le cas de tout son personnel. « Son équipe connaissait tout de nos problématiques. »
À l’instar d’une bonne partie de la population, Mme Duchaine est, comme électrice, assez « tannée » de la Coalition avenir Québec (CAQ). Mais en tant que directrice d’organisme, c’est assurément une perte.
En même temps, la conversation avec elle montre à quel point la circonscription a changé depuis l’époque où Éric Caire s’est fait élire la première fois en 2007 sous la bannière de l’Action démocratique du Québec (ADQ) avec une majorité de près de 10 000 voix.
Le service d’entraide Rayon de soleil est situé au cœur de L’Ancienne-Lorette, une banlieue défusionnée située au nord-est de la ville de Québec, près de l’aéroport, et dont la population est assez âgée. La petite municipalité compose aujourd’hui avec des problèmes qu’elle n’avait pas en 2007. Comme la crise du logement et même des problèmes d’itinérance. En mai, Mme Duchaine a aidé un homme âgé à déménager après avoir découvert qu’il logeait dans le vide sanitaire d’une maison. Le propriétaire lui demandait 100 $ par mois.
Pour elle, la crise du logement et le financement des organismes communautaires sont des enjeux clés. Les affiches du mouvement Le communautaire à boutte étaient toujours dans l’entrée de son immeuble lors du passage du Devoir cet été.
Les enjeux sont très différents quand on se déplace vers le nord de la circonscription, dans le secteur de la base militaire de Valcartier et à Shannon, une municipalité jeune, sans immeubles d’appartements, tapissée de maisons unifamiliales qui se vendent à bon prix.
« Je n’ai pas d’enjeux de pauvreté. J’ai des enjeux de population, de transport, d’écoles », explique la mairesse, Sarah Perreault, qui a été députée libérale du secteur entre 2003 et 2007, à l’époque où Shannon faisait partie de la circonscription de Chauveau.
Élargissement de boulevards et de routes demandé
Le portrait est similaire dans le district de Val-Bélair, qui se trouve sur le territoire de la ville de Québec. La population a crû à vitesse grand V depuis deux décennies, note le conseiller municipal Stéphane Lachance, qui est également chef de l’opposition à la Ville de Québec.
« On est passés de 20 000 à 31 000 habitants sans que les infrastructures provinciales soient ajustées », déplore-t-il en soulignant que les écoles débordent. « On est obligés d’utiliser des roulottes pour augmenter la capacité des écoles. »
En 2022, c’est lui qui a affronté Éric Caire dans La Peltrie sous la bannière des conservateurs. Arrivé deuxième, il avait obtenu près de 30 % des suffrages.
Pendant la campagne, les deux candidats s’étaient beaucoup affrontés sur le dossier du troisième lien, le Parti conservateur du Québec (PCQ) reprochant à la CAQ d’avoir largué le projet alors qu’Éric Caire en avait été l’un des grands défenseurs auparavant.
Ironiquement, les électeurs de La Peltrie sont à l’ouest du territoire de Québec et ne bénéficieraient pas directement du projet, surtout de sa déclinaison à l’est promue par le PCQ.
Mais la congestion automobile en soi est un dossier incontournable à Shannon et à Val-Bélair. C’est encore pire vers l’ouest à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier et à Fossambault-sur-le-Lac, mais ce territoire a été exclu de la circonscription lors de la dernière refonte de la carte électorale pour être incorporé dans Portneuf.
À Shannon, la mairesse milite pour l’élargissement de la route de la Bravoure, qui relie Val-Bélair et le secteur de la base militaire. D’autant plus qu’avec les investissements massifs en défense au fédéral, sa ville de 7000 habitants va devoir absorber 1000 foyers supplémentaires au cours des cinq prochaines années.
Stéphane Lachance veut qu’on élargisse le boulevard Pie-XI qui traverse Val-Bélair du nord au sud et qu’on ajoute une nouvelle sortie vers l’autoroute voisine.
Signe de sa proximité avec M. Lachance, Éric Duhaime a fait une annonce précisément là-dessus, dès les premiers jours de la campagne, en compagnie de sa candidate, Maïté Blanchette Vézina.
La CAQ, de son côté, présente Véronique Laprise, une ancienne officière des Forces armées canadiennes qui a ses antennes à Valcartier, dans le secteur de Shannon. Le Parti québécois (PQ) a pour sa part choisi Julie Vignola, l’ancienne députée du Bloc dans Beauport-Limoilou (2019-2025). La dernière fois que le PQ a fait élire un député dans ce coin de la région de Québec, c’était en 1998. Mais c’est aussi dans La Peltrie que Pauline Marois a fait ses premiers pas en politique comme première députée du secteur en 1981, après la création de la circonscription.
Québec solidaire, qui n’a jamais eu beaucoup de succès dans ce secteur, est représenté cette fois par un jeune employé de son équipe parlementaire, Frédéric Aubé. Le Parti libéral du Québec, de son côté, présente un des candidats vedettes de son équipe économique, l’ancien p.-d.g. de l’Institut national d’optique (INO) Alain Chandonnet.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.