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Sunday, October 4, 2026

Les Bosniens votent aux élections générales dans une profonde division

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Les favoris proposent des visions très divergentes du pays, les Bosniaques étant favorables à un État central fort, les Serbes attachés à leur autonomie et les Croates exigeant une meilleure représentation politique.

Sara Tusevljak, 29 ans, militante écologiste de Sarajevo-Est, dans l’entité serbe, dit ne saisir "aucun message attrayant" et estime que "la situation n’a jamais été pire".

"Je connais pas mal de jeunes qui ont quitté la Bosnie parce qu’ils ont ressenti que leur État, les gens au pouvoir, n’avaient rien à leur offrir pour qu’ils restent", dit-elle à l’AFP.

Le salaire moyen a augmenté de 570 à 885 euros depuis 2022, mais le coût de la vie a aussi crû de plus de 50% durant la même période, selon l’union syndicale.

Dans ce pays fragmenté, un des plus pauvres d’Europe, ce scrutin est un test pour le dirigeant serbe bosnien, Milorad Dodik.

Au pouvoir depuis 2006, ce tacticien chevronné de l’échiquier politique local a été démis en 2025 de ses fonctions de président de la Republika Srpska (RS), l’entité serbe de Bosnie, pour le non-respect de l’autorité du Haut représentant international, chargé de faire respecter l’accord de paix.

Interdit par une décision en justice d’être président de la RS pendant six ans, M. Dodik, 67 ans, que son entourage qualifie toujours tout simplement de "président", a néanmoins continué à être aux manettes de l’entité, grâce au poids de son parti (Union des sociaux-démocrates indépendants, SNSD), dont il a dirigé la campagne.

Connu pour sa politique séparatiste, il n’a pas dévié de son discours habituel. "La Bosnie-Herzégovine est morte, c’est un pays impossible, elle n’a aucun sens", a-t-il déclaré vendredi soir, lors du dernier rassemblement de sa formation.

Son candidat à la présidence de la RS, Savo Minic, est défié par Branko Blanusa, candidat du Parti démocratique serbe (SDS), également une formation nationaliste mais qui semble chercher un apaisement politique dans le pays dont le rapprochement avec l’Union européenne est à l’arrêt, pour des raisons de crise politique permanente et de manque de réformes.

"Pour la première fois depuis 2006, il existe une chance réelle que le président de la Republika Srpska soit quelqu’un qui n’appartient pas au SNSD et qui n’est pas loyal envers Dodik", estime Adnan Cerimagic, analyste au sein du groupe de réflexion European Stability Initiative (ESI).

La Bosnie est divisée en deux entités autonomes, chacune avec son gouvernement : la RS et la fédération croato-bosniaque, elle-même morcelée en dix cantons, avec leurs propres gouvernements. Tout est chapeauté par un gouvernement central et une présidence tripartite.

Les électeurs vont voter de 05h00 à 17h00 GMT pour élire plus de 500 députés et autres responsables, dont les membres de la présidence. Dans un pays où les accusations de fraudes sont régulières, les bulletins seront pour la première fois scannés dans les bureaux de vote et le comptage sera automatique.

Les formations bosniaques se présentent en défenseurs de l’État central et de l’intégrité du pays.

Se targuant des "victoires" en justice "contre les séparatistes", le membre bosniaque sortant de la présidence, Denis Becirovic, cadre du Parti social-démocrate (SDP) qui brigue le même poste, a appelé à l'"unité pour l’État de Bosnie-Herzégovine".

Son adversaire pour la position à la présidence, Bakir Izetbegovic, dirigeant du Parti de l’action démocratique (SDA, nationaliste), affirme que "la chute libre" du pays ne peut être arrêtée que par sa formation et promet de "redonner la force aux Bosniaques".

"Ces élections ne changeront rien, parce que l’offre se limite à des partis politiques qui sont là depuis trente ans déjà et qui récoltent des voix sur les thèmes de la guerre, des tensions et des divisions", déplore Adi Selman, 34 ans, un des leaders du mouvement citoyen "Karton Revolucija" (Révolution des cartons) de Tuzla (nord), dans l’entité croato-bosniaque.

"Les jeunes voient tout simplement dans le départ du pays le seul moyen de résister à tout cela. Et parfois, ce ne sont même plus des raisons économiques ou le chômage. C’est tout simplement le climat", dit à l’AFP la sociologue Sarina Bakic, professeure à la Faculté des sciences politiques de Sarajevo.

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