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Tuesday, October 20, 2026

« J’ai un peu de cyberpsychose » : ce que cache l’étrange confidence d’Elon Musk

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Lors d’un événement organisé par des fans de Tesla, Elon Musk a confié avoir « un peu de cyberpsychose » et vécu plusieurs « psychoses IA » cette année. Une expression devenue à la mode dans la Silicon Valley, mais qui recouvre pour les psychiatres des cas bien réels, qu’ils commencent tout juste à documenter.

« J’ai un peu de cyberpsychose. Peut-être beaucoup, en fait. » La phrase est d’Elon Musk et elle a été prononcée lors de l’X Takeover, le rassemblement annuel des fans de Tesla, auquel il participait à distance. Le patron de Tesla, SpaceX et xAI y a ajouté avoir vécu une « psychose IA ou SI » « probablement une demi-douzaine de fois » au cours de l’année, rapporte Business Insider. Le « SI » renvoie à la « super intelligence », le nom que Donald Trump veut désormais donner à l’intelligence artificielle.

À quoi faisait-il référence ? Sans doute à sa conviction que l’IA peut avoir du goût. Juste avant son aveu, Elon Musk s’extasiait sur des clips musicaux générés par intelligence artificielle. « Vous vous dites : ‹ Waouh, l’IA peut avoir bon goût ? C’est dingue › », a-t-il raconté. Rien dans ses propos ne ressemble à une confidence sur sa santé mentale : le milliardaire reprend surtout une expression devenue à la mode dans la Silicon Valley.

Elon Musk at @theXtakeover: “At various points this year, I’ve had AI or SI psychosis probably like half a dozen times.” @elonmusk https://t.co/iu0PqpcGTm

— Tesla Owners Silicon Valley (@teslaownersSV) October 15, 2026

Une boutade dans la Silicon Valley

Dans les milieux de la tech, la « psychose IA » est en effet devenue un signe de ralliement, presque un badge d’honneur pour ceux qui utilisent l’IA de manière intensive. En mars, Garry Tan, le patron de l’incubateur Y Combinator, plaisantait : « J’ai la cyberpsychose, mais je crois qu’un tiers des PDG que je connais l’ont aussi. » Et lors d’une fête organisée en mai à New York, les participants scandaient « Un, deux, trois, psychose IA ! ». Même la musicienne Grimes, mère de plusieurs enfants d’Elon Musk, s’en amusait en décembre dernier sur X : « Le truc avec la psychose IA, c’est que c’est plus drôle que de ne pas l’avoir ».

Un phénomène bien réel pour les psychiatres

La plaisanterie tranche avec ce que décrivent les soignants. La « psychose IA » n’est pas un diagnostic médical reconnu. L’expression désigne des cas où des conversations prolongées avec un chatbot alimentent ou renforcent les idées délirantes d’une personne, l’IA validant ses croyances au lieu de les contredire. « Ce n’est pas aussi simple que de tracer une ligne entre l’IA et la psychose, mais nous voyons des cas de psychose mêlés à l’usage de l’IA », explique Julia Sheffield, professeure adjointe de psychiatrie au Vanderbilt University Medical Center, dans la revue de l’American Psychological Association. « Pour ces patients, l’IA semble renforcer les pensées délirantes et amplifier l’expérience du délire. »

Son équipe a passé au crible les dossiers médicaux de l’hôpital entre décembre 2022 et avril 2026. Elle a identifié 28 patients dont les troubles psychotiques étaient liés à l’usage d’un chatbot, ChatGPT dans plus de la moitié des cas. Pour six sur dix d’entre eux, il s’agissait d’un tout premier épisode psychotique, selon cette étude publiée en juin, qui n’a pas encore été relue par d’autres chercheurs. Ragy Girgis, professeur de psychiatrie clinique à l’université Columbia, considère l’IA comme une source de renforcement « plus puissante » que les autres, parce qu’elle répond et s’adapte à chacun.

Le phénomène reste rare en proportion, mais pas en volume. En octobre 2025, OpenAI estimait que 0,07 % des utilisateurs actifs de ChatGPT sur une semaine montraient des signes possibles de psychose ou de manie, soit des centaines de milliers de personnes à l’échelle du service. Le même rapport indiquait que plus d’un million d’utilisateurs évoquaient chaque semaine des pensées suicidaires avec le chatbot. Depuis, OpenAI a aussi déployé un système qui estime l’âge de ses utilisateurs afin d’appliquer automatiquement des protections aux mineurs, actif en Europe depuis la fin août.

Concernant Elon Musk, il est bien sûr impossible de tirer la moindre conclusion médicale. Cette sortie de l’un des patrons les plus influents de l’IA ravive néanmoins le débat sur un phénomène que les psychiatres prennent de plus en plus au sérieux.

Si vous traversez une période difficile ou avez des pensées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 heures sur 24.

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