Quand la vérité est déchiquetée par l’usine à mensonges de Trump

(Ottawa) Vérifier l’exactitude des propos du président des États-Unis Donald Trump et de certains membres de son administration est devenu au fil des années un emploi à temps plein pour certains scribes qui couvrent la Maison-Blanche.
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C’est le cas notamment du journaliste canadien Daniel Dale, qui a été correspondant du Toronto Star à Washington avant d’être embauché par le réseau américain CNN. Sa principale tâche : débusquer les mensonges du président américain.
Durant son premier mandat, Donald Trump a raconté 30 573 faussetés en quatre ans, selon une enquête du Washington Post, soit une moyenne de 21 tromperies par jour. Son deuxième mandat pourrait marquer un nouveau record, selon l’organisme Politifact, qui a déjà désigné 2025 comme « l’année des mensonges ».
« Le président Trump continue d’attaquer le Canada en utilisant la fiction plutôt que les faits », a écrit M. Dale cette semaine en relevant les déclarations fausses qui sont sorties de la bouche du locataire de la Maison-Blanche depuis l’échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis, vendredi dernier.
Depuis la fin abrupte de ces négociations – qui a mené à l’imposition de droits de douane américains de 50 % sur quelque 28 milliards de dollars de produits canadiens et à une réplique équivalente du Canada –, des versions contradictoires émanent de Washington et d’Ottawa sur les causes de l’impasse. Qui croire ?
Samedi, le premier ministre Mark Carney a expliqué qu’il avait mis fin aux pourparlers pour trois raisons principales.
Primo : l’administration tenait à imposer des droits de douane trop élevés et des conditions restrictives qui auraient tué l’industrie automobile au pays.
Secundo : Washington souhaitait avoir un droit de regard sur les ententes commerciales que le Canada pouvait conclure avec d’autres pays.
Tertio : les États-Unis cherchaient à affaiblir les politiques visant à protéger la langue française, plus particulièrement en matière de découvrabilité du contenu francophone sur les services offerts par les géants du web américains.
Version américaine
Le président Trump a accusé Mark Carney d’avoir saboté une bonne entente pour le Canada et assuré que son administration n’avait jamais remis en cause l’avenir du français. « Ce mensonge a été fabriqué par un premier ministre faible et inefficace pour regagner des appuis qu’il a totalement perdus des gens du Québec. J’aime les Canadiens français », a-t-il écrit sur le réseau Truth Social mardi.
PHOTO MARIAM ZUHAIB, ASSOCIATED PRESS
Howard Lutnick, secrétaire au Commerce des États-Unis
Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, a repris le même refrain jeudi, affirmant devant les caméras qu’il n’avait rien contre la langue française et que Mark Carney avait inventé de toutes pièces cette controverse linguistique uniquement pour empêcher les souverainistes de remporter la victoire aux élections provinciales du 5 octobre.
Howard Lutnick, faut-il le rappeler, a été pris en flagrant délit de mensonge devant un comité du Congrès sur la nature de sa relation avec le pédocriminel et trafiquant sexuel Jeffrey Epstein, retrouvé pendu dans une cellule de prison de New York en août 2019.
M. Lutnick est aussi celui qui est intervenu pour retarder l’ouverture officielle du pont international Gordie-Howe, à la demande de la famille Moroun, propriétaire du pont concurrent Ambassador et qui compte parmi les grands donateurs du Parti républicain.
Sa croisade a forcé le gouvernement Carney à accepter de partager les recettes provenant des postes de péage, même si une entente préalable prévoyait que le Canada empocherait tous ces revenus au départ en compensation pour avoir payé l’ensemble des coûts de construction de 6,4 milliards de dollars.
Qui croire ?
Le représentant au Commerce, Jamieson Greer, a mis son grain de sel, qualifiant de « fake news » les informations sur les demandes américaines concernant le français dans une entrevue à Fox News.
Au réseau CBC, il a tenu des propos plus nuancés. Il a reconnu que « les États-Unis ont toujours eu des questions » sur la découvrabilité et sur les lois canadiennes qui imposent des redevances aux diffuseurs de contenu en ligne.
PHOTO MARK SCHIEFELBEIN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer
Nous en avons discuté, mais nous avons fait preuve d’une grande souplesse. Et nous estimons qu’il est hors de question de laisser passer un bon accord pour quelque chose comme ça.
Sauf que Jamieson Greer oublie volontiers ses écrits. Dans son rapport annuel au Congrès, il est écrit noir sur blanc que Washington juge que la « loi 96 » (Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français) et la « loi 109 », qui oblige les plateformes de diffusion en continu (comme Netflix, Spotify ou Disney+) à mettre en valeur et à recommander plus facilement les contenus culturels francophones, sont des barrières non tarifaires qui imposent des coûts supplémentaires aux entreprises américaines. Ces lois irritent Washington au plus haut point.
Qui croire, donc ? Le Parti conservateur du Canada semble faire sienne la version américaine des évènements, du moins en ce qui concerne la protection de la langue française.
« Le négociateur commercial en chef des États-Unis, Jamieson Greer, affirme que toute cette histoire est une “fake news”. Alors, qui dit vrai, Dominic LeBlanc ? », a écrit cette semaine sur le réseau X le député conservateur Pierre Paul-Hus, qui est le lieutenant politique de Pierre Poilievre au Québec. Il s’est demandé au passage si toute cette histoire n’était pas une « tactique politique » des libéraux pour remporter la victoire à l’élection partielle qui a lieu lundi dans Chicoutimi–Le Fjord.
Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a pour sa part affirmé que Mark Carney « ne dit pas toute la vérité » sur les exigences des Américains en matière d’affichage linguistique.
Qui croire quand l’usine à mensonges qu’est devenue la Maison-Blanche sous la houlette de Donald Trump fonctionne à plein régime ?
Au Québec, les électeurs de la circonscription fédérale de Chicoutimi–Le Fjord rendront leur verdict lundi. Et les électeurs de tout le Québec en feront autant lors des élections provinciales le 5 octobre.
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